QU'EST-CE QUE LA VIE
L'éléphant approche plus de l'homme en puissance intellectuelle que l'huître n'approche de l'éléphant; et dans le monde de la nature sensitive, on pourrait construire une chaîne depuis le polype jusqu'au philosophe.
Maintenant, chez le polype, le principe sensitif est divisible, et d'un polype ou d'un ver de terre on peut former deux ou trois êtres dont chacun devient un animal parfait, doué de la perception et de la volonté. Il en résulte que le principe sensitif possède au moins, de commun avec la matière, cette propriété d'être divisible. Ajoutez à ces difficultés ce fait incontestable que toutes les hautes facultés de l'esprit dépendent de l'état du cerveau ; souvenez-vous que non-seulement la puissance intellectuelle, mais la sensibilité même sont détruites par la pression d'un peu de sang sur le cervelet, et tâchez de résoudre ce problème. Voulez-vous un argument de plus? Je le prendrai dans la ces» sation accidentelle de la vie, telle qu'elle a eu lieu pour notre ami, — cas singulier où la présence de l'âme ne se manifeste par aucun signe, et où l'animation ne revient qu'avec le retour de l'activité organique. Assurément, tous ces exemples vous montrent une dépendance intime entre les
propriétés de la matière et les facultés que vous considérez comme appartenant à l'esprit.
L'Inconnu. — Les arguments que vous venez d'avancer sont ceux que les physiologistes matérialistes emploient généralement. Vous vous imaginez qu'ils possèdent en eux quelque force ; mais, en réalité, ils en sont totalement dépourvus. Ils prouvent qu'un certain perfectionnement de la machine animée est essentiel à l'exercice des pouvoirs de l'esprit , — mais cela ne prouve pas que l'esprit soit la machine. La fonction de la vue a besoin d'un œil pour s'exercer, ainsi la pensée a besoin du cerveau. Mais le nerf optique et le cerveau ne sont que les instruments matériels d'un pouvoir qui n'a rien de commun avec eux.
Ce que je viens de dire à propos du système nerveux s'applique également aux autres organes. Arrêtez le mouvement du cœur, et il n'existe plus ni sensibilité ni vie ; cependant le principe moteur n'est ni dans le cœur ni dans le sang artériel qu'il envoie à toutes les parties du corps. Un sauvage qui voit la roue d'une machine à vapeur s'arrêter tout à coup peut parfaitement s'imaginer que le principe du mouvement est dans la roue ; il lui sera impossible de deviner aue ce mouvement