L'UNION DE L'AME ET DU CORPS
raffiné et indestructible de la faculté pensante n'adhère, même dans un autre état, au principe sensitif. Car, malgré la destruction par la mort des organes matériels, tels que les nerfs et le cerveau, l'âme peut, sans doute, garder indestructiblement quelque chose de cette nature plus éthérée. Parfois je pense que les facultés appelées instinctives appartiennent à cette nature raffinée. La conscience paraît avoir une source insaisissable et rester en relation occulte avec une existence antérieure.
Eubathès. — Toutes ces suppositions sont trèsbelles, mon cher métaphysicien ; mais je n'y crois guère. D'ailleurs, si vous êtes chrétien, vous devez réfléchir que la révélation n'autorise en rien vos idées sur la nature spirituelle ; l'immortalité enseignée par le christianisme se base sur la résurrection du corps.
L'Inconnu. — S'il en était nécessaire, je pourrais trouver, dans l'Ancien ou le Nouveau Testament, des arguments en faveur de la théorie spiritualiste que j e viens de vous exposer. Dire que l'homme a été créé à l'image de Dieu, c'est dire que son organisation a été établie pour l'intelligence. Le Christ n'a-t-il pas dit lui-même, en parlant du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob : « Il n'est
• pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants?» Saint Paul ne représente- t-il pas l'âme se vêtant d'un corps nouveau et purifié, et ne rappelait-il pas l'analogie du germe vivant dans le grain de la plante, qui n'est vivifié qu'après la mort apparente? D'autre part, la destruction de notre planète par le feu, afin quelle soit purifiée et rendue digne de servir de demeure aux élus, n'est-elle pas en parfaite harmonie avec les vues que j'ai hasardé de vous transmettre ?
Eibathès. — Je ne puis pas faire coïncider vos idées avec l'interprétation que j'ai eu l'habitude d'entendre sur les Écritures. Vous admettez que tout ce qui appartient à la vie matérielle dépend de l'organisation du corps. Cependant vous voulez qu'après la mort l'âme soit revêtue d'un corps nouveau ; que ce corps soit rendu heureux ou malheureux par un système de récompenses et de châtiments en rapport avec les actions commises par un autre corps fort distinct de celui-là. 11 peut se faire qu'une organisation particulière ait une tendance vers le mal. Supposer que le corps ressuscité soit châtié pour des crimes commis par un organisme désormais dissous et détruit me paraît contraire à tout principe de justice éternelle.
L'Inconnu. — Rien n'est plus absurde, — je