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pourrais môme dire plus impie, — que la prétention de l'homme, si borné par les sens matériels, à raisonner sur la justice éternelle ! Dans vos jugements sur un sujet aussi élevé, vous appliquez encore ce même procédé restreint, dont vous vous êtes servi pour essayer de réfuter l'indestructibilité du principe pensant à l'aide, de mauvais arguments tirés de la division apparente du principe vital chez le polype. Vous avez paru oublier que dire qu'une qualité est capable d'être augmentée ou rehaussée ne prouve pas qu'elle puisse être détruite pour cela. Si la connaissance du bien ou du mal appartient constamment au principe pensant de l'homme (ce dont je ne doute pas), alors les récompenses et les châtiments s'ensuivraient comme conséquence naturelle de cette connaissance. Donc, l'indestructibilité de la faculté de penser est nécessaire au décret de la justice éternelle.
D'après votre manière de voir, on ne pourrait infliger dé justes châtiments à des crimes, même dans cette vie; car les substances dont sont composés les êtres humains subissent un renouvellement rapide, et, au bout de quelques années un
i . Moins encore. Dans l'intervalle d'un mois notre corps parait entièrement renouvelé dans toutes ses molécules
seul atome n'existe plus de ceux qui formaient le corps. Cependant le matérialiste lui-même est forcé de souffrir dans sa vieillesse pour les folies de sa jeunesse, et il n'accuse pas le sort d'injustice lorsque son corps dégénéré, complètement changé, souffre pour les plaisirs éprouvés par le corps de sa jeunesse. Je considère la conscience comme une faculté de l'âme, adaptée pour les épreuves de cette existence mortelle. Et ceci s'accorde parfaitement avec le fond du christianisme, qui ne me paraît pas en contradiction avec la science. C'est pourquoi, tout en cherchant à appliquer la science positive à la solution des grands problèmes de l'âme, je ne repousse pas les clartés que .la philosophie religieuse peut nous fournir. Non-seulement l'obéissance aux préceptes de la religion nous prépare un meilleur état d'existence dans l'autre vie, mais elle tend encore à nous rendre heureux dans celle-ci. Par son influence, l'oubli des plaisirs sensuels et la supériorité des jouissances de l'âme s'établissent dans notre es-
constitutives: — ossements, chair, sang, molécules par molécules sont sans cesse chassées et remplacées par de nouvelles, que notre respiration et notre alimentation imposent sans trêve à notre organisme. La substance change: l'âme reste, c. F.
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prit, nous montrant, comme foyer de nos affections, le grand idéal de l'intelligence personnifiée dans l'Être suprême. La possibilité que nous avons de nous former une idée, même imparfaite, de rintelfigence infinie est, je crois, un argument assez fort de notre immortalité, un témoignage qu'il y a, entre notre connaissance finie et la sagesse éternelle une relation médiate.
Philaléthès. — Votre manière de voir sur ce sujet m'est particulièrement agréable. Vos vues s'harmonisent complètement avec celles de la vision du Colisée, qui m'a fait entrevoir l'état de l'âme en ses diverses existences sur les différents mondes de l'espace. Le matérialisme m'a toujours paru, même dans ma jeunesse, une doctrine froide et insuffisante, qui tend nécessairement à l'athéisme. Je porte le même jugement sur le système des physiologistes, qui enseignent que l'accroissement graduel de la matière, devenant par elle-même douée de l'irritabilité et de la sensibilité, obtenant par ses propres forces les organes nécessaires au développement de ses facultés, peut s'élever finalement jusqu'à l'exis tence intelligente; — système que j'ai souvent entendu exposer aux amphithéâtres de médecine. — Mais il ne nous faut qu'une prome-
nade à travers les campagnes fleuries, sous les vertes arcades de la forêt, ou sur les rives d'un fleuve, pour faire évanouir ces pensées et fixer nos contemplations sur l'Auteur de la nature. Dans toutes les propriétés de la matière, j'ai reconnu les instruments de la divinité. Les rayons enflammés du soleil, le souffle tiède du zéphyr, vivifiant et animant les formes végétales qui l'attendent ; le grain insensible, l'œuf inerte, destinés à renaître dans une existence nouvelle, me donnent, aussi bien que les enseignements de la vie, le témoignage d'une intelligence suprême et divine. Jé vois, dans le monde matériel, l'amour comme principe fondateur, et dans cet amour je sens un attribut divin.
Dieu dans la nature : c'est la foi réfléchie <Jg mon âme, c'est le sentiment intime que j'ai de Téternelle présence de la pensée divine agissant sous les formes diverses du grand univers. Devant la sainte et calme nature, au milieu de ces contemplations, je me trouve l'âme émue et élevée par des sensations nouvelles et par des espérances indéfinissables, où pénètre le désir ardent de l'immortalité. Les noms célèbres des âges passés et des pays lointains me semblent prendre une vie nouvelle autour de moi, et dans les mo-