‹ Les derniers jours d'un philosophe entretiens sur la nature, les sciences, les métamorphoses de la terre et du ciel, l'humanité, l'âme et la vie éternelle Humpry DavyChapitre 122 sur 145 · L'AME · texte numérisé non relu

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numents funéraires de ceux qui nous ont laissé les traces de leur vie glorieuse je retrouve encore le décret de l'indestructibilité de l'intelligence.

Cette conviction, quoique généralement considérée comme sentimentale et poétique, est, je crois, un argument d'une valeur très-philosophique en faveur de l'immortalité de l'âme, Dans les habitudes et les instincts des jeunes animaux on peut tracer, dans leurs mouvements et leurs penchants,' un rapport intime avéc le perfectionnement de leur état. Leurs passe -temps ont toujours quelque affinité avec leur manière de chasser ou de saisir leur proie; et les jeunes oiseaux, dans le nid même, montrent une certaine tendresse qui, plus tard, lorsque leur corps sera développé, sé présentera sous les formes gracieuses qui accompagnent l'instinct de la reproduction et de la conservation de l'espèce. Le désir de la gloire, des honneurs, de la renommée immortelle, la poursuite constante du savoir, si habituelle chez tous les jeunes* esprits ardents et curieux, sont pour moi autant d'indices de la nature progressive et infinie de l'intelligence. — Nos espérances, qui souvent restent infructueuses ici-bas, appartiennent à une nature plusélevée, qui ne peut avoir

son complet développement que dans une existence meilleure.

L'Inconnu. — Le sentiment religieux, la vraie philosophie exercent toujours une influence bienfaisante sur l'esprit. Dans la jeunesse, dans la santé et dans le bonheur, l'idée de Dieu éveille au fond de l'âme un sentiment de reconnaissance et de dévouement, et elle purifie en même temps qu'elle élève. Mais c'est au jour du malheur, dans les heures de souffrance et sous le poids de la vieillesse, qu'on ressent les vraiês consolations des préceptes religieux. Lorsqu'une soumission complète à la Volonté divine présente les devoirs sous l'aspect de plaisirs intellectuels, l'espérance de l'immortalité fait renaître des facultés que l'on croyait éteintes, et donne un nouvel élan à l'esprit jadis abattu. Cette espérance est comme le phare qui, par son brillant éclat, guide vers son foyer bien-aimé le marin ballotté sur la mer orageuse; elle nous charme, et nous nous confions à cette douce espérance, de môme qu'à l'approche de ces fiords calmes et délicieux, entourés de bosquets admirables et de riches pâturages, le pilote norvégien, exposé à la fureur de l'ouragan dans la mer du Nord, se réfugie tranquillement dans ces eaux limpides qui lui sourient. La certitude scien-

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tifique de l'immortalité de l'âme et la contemplation anticipée de cette vie future analogue à la nôtre, mais plus élevée et plus belle, me paraissent offrir à nos pensées, parmi les déserts arides de la vie, une des oasis verdoyantes où jaillissent des eaux rafraîchissantes et pures, où le voyageur, accablé de soif et de fatigue, vient trouver le repos et la fraîcheur. Son influence survit à toutes les jouissances de ce monde et s'accentue plus vivement que j amais , lorsque viennent la décadence des organes et le dépouillement du corps. Sa présence sur l'horizon de la vie est semblable à celle de l'étoile du soir, dans laquelle on salue d'avance le même astre qui deviendra bientôt l'étoile du matin, et dont la lumière amicale succédera aux ombres de la mort.

Sir Humphry Davy est revenu très-souvent sur la démonstration scientifique de l'existence de l'âme et oe Pimmortalité. Les pages précédentes renferment les principaux arguments de ce grand problème, — pour et contre. Ces arguments viennent d'être rehaussés en ces dernières années par les beaux travaux des physiologistes français, entre autres par ceux do M. Claude Bernard. Les derniers partisans obstinés de la matérialité de l'âme ne peuvent plus s'appuyer maintenant que sur les fantaisies de leur imagination. (V. notre ouvrage Dieu dans la nature.)

[/illustre chimiste d'outre-Manche est parfois allé dans ses conceptions intellectuelles plus loin encore qu'il ne le manifeste ici. Non-seulement il s'est senti l'autorité do proclamer avec conviction l'éternité des âmes, leur réincarnation, leur existence séparée du corps, et, dans ses recherches sur le mode de réunion terrestre de l'âme et du corps, a émis (comme on vient de le voir, p. 27C) l'hypothèse de l'existence d'un corps fluidique, —récemment surnommée « la théorie du périsprit; » mais nous trouvons encore, dans ses Mémoires certains passages significatifs sur l'existence possible d'esprits supérieurs à l'homme. Qu'on médite entre autres sur la réflexion suivante :

« Nous sommes les maîtres de la terre, mais peut-être ne sommes-nous que les serviteurs d'êtres gigantesques qui nous sont inconnus. La mouche que notre doigt écrase ne connaît point l'homme, et n'a point conscience do sa supériorité sur elle. Il peut y avoir de même des êtres pensants, près de nous ou autour de nous, que nous ne pouvons ni voir ni môme imaginer.

« Nous savons peu de chose, et toutefois j'ai la foi que nous savons assez pour espérer l'immortalité, j'entends l'immortalité individuelle, de la meilleure partie de nous-mêmes. »

CINQUIÈME DIALOGUE

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