‹ Les derniers jours d'un philosophe entretiens sur la nature, les sciences, les métamorphoses de la terre et du ciel, l'humanité, l'âme et la vie éternelle Humpry DavyChapitre 124 sur 145 · LES CARRIÈRES SCIENTIFIQUES · texte numérisé non relu

LES CARRIÈRES SCIENTIFIQUES

la manière dont son esprit avait progressé. 11 me répondit dans les termes suivants :

— Si je voulais essayer de vous donner une idée de la formation de mon caractère, je serais amené à vous raconter l'histoire de ma jeunesse, ce qui ressemblerait trop à un roman. Le peu d'intelligence et de savoir que je possède, je le dois à une grande activité d'esprit, àl'amour de la gloire, qui m'était naturel dès mes premières années, et à une sensibilité facile à exciter et difficile à contenter. Je suis né d'une humble famille ; cependant j'ajoute une certaine foi à une tradition de mon aïeule paternelle, que notre famille était d'origine normande. J'y crois, parce que ce n'est qu'à une cause héréditaire que je puis attribuer la fierté, la délicatesse et le tact que je montrai dès mon enfance; qualités que je considère comme inconciliables avec une origine paysanne. Le hasard m'a offert, dès ma première jeunesse, une carrière scientifique; je l'ai suivie avec succès. Vers ma majorité, la fortune me sourit et m'accorda des moyens indépendants; alors je pus entrer désormais dans la véritable vie du philosophe, et je commençai à voyager, dans le but de m'instruire et de servir en même temps au progrès de l huma- 111 té. J'ai vu presque toutes les parties de l'Eu-

rope, et j'ai parle, je crois, avec tous les hommes illustres de la science, dans chaque pays.J'ai pu les voir de près, en France surtout, dt tracer pour mon j ugement personnel une esquisse du caractère de mes principaux contemporains 1 . Ma vie a été en quelque sorte semblable à celle des philosophes

1 . Davy avait séjourné entre autres six mois à Paris, en 4813. Il en avait profité pour faire le portrait des sa vants avec lesquels il était en rapport. Ces croquis biographiques, qui n'étaient pas destinés à voir le jour, furent publiés, en 1839, par John Davy, qui les avait trouvés dans les papiers de son frère. Nous allons reproduire ici quelques-uns de ces croquis, pour montrer comment l'illustre savant jugeait les chimistes, ses pairs.

« Guyton de Morveau était très-vieux quand je fis sa connaissance. Bien qu'il eût été un violent républicain, il était directeur de la Monnaie et baron de l'empire. Ses manières étaient douces et conciliantes. Une preuve de son caractère, c'est qu'ayant promis son vote à quelqu'un pour la place de correspondant de l'Institut, il tint sa promesse, et c'est cette seule voix qui m'avait manqué pour réunir l'unanimité des suffrages. Ne m'étant jamais mêlé d'intrigues de ce genre, j'aurais toujours ignoré ce détail, s'il ne m'avait pas été raconté par lui-môme un jour que je dînais chez lui. »

« Berthoîlet était un homme très-aimable. Ami de Napoléon, il était bon, conciliant, modeste et franc. Son cacaractère n'avait rien de hautain; inférieur à La place comme puissance intellectuelle, il lui était supérieur pour les qualités morales. Berthoîlet n'avait aucune apparence d'un homme de génie; maison ne pouvait pas regarder la

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