‹ Les derniers jours d'un philosophe entretiens sur la nature, les sciences, les métamorphoses de la terre et du ciel, l'humanité, l'âme et la vie éternelle Humpry DavyChapitre 129 sur 145 · SUPÉRIORITÉ DES SCIENCES · texte numérisé non relu

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périmentations variées. Mais, mettant de côté toute utilité commune et toute application vulgaire, c'est évidemment déjà quelque chose de respectable et d'agréable à la fois que de savoir et de comprendre les opérations de la nature ; c'«est, sans contredit, un véritable bonheur que de pouvoir contempler Tordre et apprécier les harmonies de la création terrestre. Dans la poésie il n'y a pas d'utilité absolue; cependant on y trouve un certain plaisir, car elle tend à élever l'esprit. Il en est de même, à plus forte raison, des études scientifiques qui ont une utilité indépendante et élevée. Une double cause soutient l'ardeur studieuse de celui qui se livre à ces vastes investigations, un double résultat captive son espérance : si, d'une part, dans leurs spéculations transcendantes, ces grandes études tendent vers le ciel, d'autre part, elles appartiennent à la terre par leurs applications matérielles. Elles purifient l'intelligence, et elles donnent en même temps à nos besoins ordinaires leur aliment substantiel. C'est ainsi qu'elles tendent à développer les plus nobles aspirations et les vues les plus hautes de notre nature.

La grandeur de cette science ne ressemble en rien à celle des temples antiques, dans lesquels

les statues des dieux, après avoir reçu l'encens et les sacrifices, étaieot présentées à la foule pour recevoir une adoration fondée sur la superstition. Au contraire, le monument scientifique est semblable aux palais des modernes, que Ton admire tout en s'en servant, et aux statues actuelles .qui, au lieu de donner naissance à des sentiments d'adoration et de mystère, éveillent le sentiment du beau et servent à perfectionner notre goût.

Il y a assurément un plaisir ineffable à savoir par quels procédés cette terre a le don de se revêtir de la verdure et de la vie ; comment se fÔrment les nuages, les brouillards et les pluies; quelles sont les causes de tous les changements qui s'opèrent dans le système de notre monde, et par quelles lois divines Tordre se conserve toujours à travers un apparent désordre. N'est-ce pas une recherche sublime que celle de s'élever à la cause de la tempête, d'approfondir le foyer du volcan, et de signaler leur utilité dans l'économie des choses;, de soustraire le flamboyant éclair au nuage orageux, et de rendre l'électricité esclave de nos expériences; — de produire pour ainsi dire un microcosme dans le sanctuaire de nos laboratoires ; — de mesurer enfin et de peser ces atomes

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invisibles qui, par leurs mouvements et leurs successions, selon des lois ordonnées par l'Intelligence suprême dont ils portent l'empreinte, constituent l'état de l'univers.

Le véritable philosophe chimiste voit le bien dans toutes les formes diversifiées du monde extérieur. Pendant qu'il cherche à discerner les œuvres d'une puissance infinie guidée par une infinie sagesse, son esprit se dépouille de toute petitesse, de toute superstition. Il regarde l'homme comme un atome perdu parmi des atomes, fixé sur un point dans l'espace, et pourtant modifiant les lois qui l'entourent par sa connaissance de leur nature ; dominant sur le temps et prenant un empire dans l'espace matériel ; exerçant, dans un ordre infiniment petit, une puissance qui paraît offrir l'ombre du reflet d'une véritable force créatrice; témoignant enfin, dans le fécond exercice de ses facultés intellectuelles, que ce faible corps est animé par une étincelle de l'esprit divin.

Les études scientifiques en général, les expérimentations chimiques en particulier (je puis le dire), élèvent l'intelligence, n'atrophient point l'imaginatipn, et n'affaiblissent pas le sentiment du beau et du bien. Les travaux de cet ordre donnent à l'esprit des habitudes d'exactitude, en l'obligeant

à s'occuper des faits, et ils l'engagent encore à trouver des analogies; quoiqu'ils fassent descendre leurs adeptes dans Tinfiniment petit, ils ont néanmoins pour fin dernière les grandeurs les plus hautes de la nature. Ces études nous amènent à saisir la formation des cristaux, la construction des pierres, la nature des argiles et des terres ; sous une forme plus générale encore, elles nous font approfondir les causes de la diversité des chaînes de montagnes, et môme nous conduisent à apprécier la nature des vents, de la foudre, des météores, des tremblements de terre, • des volcans et de tous ces merveilleux phénomènes qui offrent des images si belles et si frappantes au poëte et au peintre. L'étude de la chimie excite cette soif intarissable du savoir, qui est un des traits les plus prononcés de notre nature, car chaque découverte ouvre un champ nouveau à la recherche des faits, et nous montre l'imperfection de nos théories. On a remarqué avec justesse que plus le cercle de lumière e$t grand, plus grande aussi est l'ombre qui l'entoure. Ceci s'applique parfaitement aux recherches chimiques, et ainsi cette science est merveilleusement adaptée à la nature progressive de l'intelligence humaine, qui s'efforce incessamment d'acquérir un plus haut

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