‹ Les derniers jours d'un philosophe entretiens sur la nature, les sciences, les métamorphoses de la terre et du ciel, l'humanité, l'âme et la vie éternelle Humpry DavyChapitre 43 sur 145 · LE PROGRÈS DANS L'HUMANITE · texte numérisé non relu

LE PROGRÈS DANS L'HUMANITE

du progrès dans la chimie, tu remarqueras de nouvelles substances d'une nature fort extraordinaire, trouvées par des travaux scientifiques d'un nouveau genre; tu remarqueras aussi des expériences en électricité conduisant à la conquête audacieuse de la foudre, à la faculté de désarmer de son pouvoir terrifiant le nuage chargé d'éclairs ; enfin, tu peux maintenant prendre en mains des appareils doués par la sagacité humaine des mêmes facultés que les organes électriques de certains êtres vivants. De quelque côté du panorama historique que tu diriges tes regards, tu trouveras partout des marques de perfectionnement. Je veux aussi te convaincre que le résultat du travail intellectuel et l'esprit sientifique possèdent désormais la permanence et sont incapables de se perdre. Les dynasties changent leurs projets, les triomphes militaires et les gloires maritimes s'arrêtent, s'évanouissent, et ne deviennent bientôt qu'un souvenir; mais vois : l'aiguille aimantée conservera éternellement sa puissance, perpétuant à l'homme la faculté de dominer TOcéan insondable. Dans une ère nouvelle, on verra peut- être les armées des côtes de la Baltique descendre sur les rivages de l'Euxin , et l'empire de Mahomet tomber sous la domination d'un

peuple du Nord; le pouvoir britannique en Asie peut avoir le même sort que celui de Tamerlan ou de Zengiskhan; mais le bateau à vapeur qui monte les fleuves du nouveau monde continuera r^on action, et apportera la civilisation perfectionnée dans les forêts de l'Amérique du Nord et dans les pays incultes du Canada.

«'Dans l'histoire générale du monde, presque tous les grands changements de nations sont confondus avec les dynasties, et Ton a coutume d'attribuer ces événements aux souverains et à leurs armées, tandis qu'en réalité ils tiennent leur origine de causes morales et intellectuelles Les gouvernements dépendent plus qu'on ne le suppose de l'état des peuples, et de l'esprit national de l'époque. Parfois il arrive qu'un esprit gigantesque supérieur à son temps se lève, tel que Pierre de Russie ou Alfred d'Angleterre ; mais ordinairement les grands bienfaiteurs de l'humanité n'appartiennent ni aux souverains, ni à la haute classe de la société. Les œuvres qui ont porté à la postérité les noms aujourd'hui les plus

illustres, furent en leur propre temps négligées et

1. On ne saurait trop insister aujourd'hui sur cette grande vérité, qui mérite par son importance capitale d'être érigée en principe d'économie politique, c. F.

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