VOYAGE DANS LES PLANETES
* une haute intelligence sur la Terre, et qui s'élèvent dans leurs transitions à des natures nouvelles et plus célestes. »
La voix cessa. Il me sembla être dans les profondeurs d'une caverne froide et obscure, dont les murs du Colisée formaient les limites. Tout à coup, une brillante lumière rosée apparut en pleine force, dans le haut de cette caverne; et tandis que tout, en bas, resta plongé dans l'obscurité; tout, en haut, devint resplendissant et brilla d'une indicible clarté. lime sembla en ce moment posséder un nouveau sens, et ressentir que la lumière apportait avec elle une douce chaleur; les suaves parfums des fleurs les plus odoriférantes se répandirent dans l'air, et mes oreilles furent charmées par les accords les plus harmonieux de la musique. Une légèreté tout aérienne fut accordée à mes membres,"je me sentis lente- " ment enlevé de la terre et monter graduellement dans la brillante clarté , laissant derrière moi la caverne froide et obscure, et les ruines qui l'encombraient.
Aucun langage ne saurait décrire ce que jo ressentis eri prenant l'essor à travers cette atmo sphèra lumineuse; je ne m'imaginai point muni
d'ailes, comme il arrive souvent dans les rêves de ce genre, mais je montai doucement en sûreté comme si j'eusse fait moi-même partie delà colonne radieuse de lumière. Peu à peu cette atmosphère lumineuse qui était répandue dans tout l'espace devint plus circonscrite, et ne dépassa pas l'endroit qui m'entourait. A travers l'auréole dont j'étais enveloppé, j'aperçus l'azur du ciel, la lune et les étoiles, et je passai près de notre satellite, me sentant doué de la faculté d'aller le toucher de la main. Je vis Jupiter et Saturne comme ils nous paraissent dans nos meilleurs télescopes, et bien plus grossis encore, car on distinguait merveilleusement les bandes et les
satellites. L'anneau double de Saturne m'apparut dans cet état de visibilité que William Herschel aurait tant voulu obtenir un jour, comme il m'en a souvent exprimé le désir. Je me crus sur le bord pour ainsi dire du système solaire, et ma sphère mouvante de lumière maintenant sembla s'arrêter.
De nouveau la douce et mélodieuse voix du Génie sa fit entendre et me dit :
« Tu planes actuellement dans les régions limitrophes de ton système; désires-tu continuer ton voyage, ou revenir à la Terre?