‹ Les derniers jours d'un philosophe entretiens sur la nature, les sciences, les métamorphoses de la terre et du ciel, l'humanité, l'âme et la vie éternelle Humpry DavyChapitre 49 sur 145 · VOYAGE A LA PLANETE SATURNE · texte numérisé non relu

VOYAGE A LA PLANETE SATURNE

— J'ai quitté une demeure triste, obscure et froide, répondis-je; à présentée suis dans une région où tout est splendeur, lumière et vie. Avant de redescendre, laissez-moi contempler au moins, comme vous me l'avez promis, un aperçu de ces natures supérieures, de leurs manières d'être et de leurs jouissances.

; — Dans cette partie du système qui est actuellement devant toi, sur ce monde gigantesque de Saturne, sur ses lunes et ses anneaux, il y a des ' créatures dont ton. imagination n'a pu en aucune façon te donner la moindre idée, me répliqua le Génie. Je vais t'amener au bord de l'immense atmosphère de cette planète. Tu auras devant toi un çhamp assez vaste et assez peuplé pour t'émerveiller, et beaucoup plus que tu ne pourras même en comprendre avec ton organisation actuelle. »

Un mouvement de translation m'emporta aussitôt, et s'arrêta en peu de temps. Je vis sous mes regards une surface infiniment diversifiée, offrant quelque ressemblance avec un immense glacier. Ce champ était couvert de nombreuses colonnades qui paraissaient être de verre, et auxquelles étaient suspendues certaines formes rondes de diverses grandeurs, que j'aurais prises pour autant de fruits, si elles n'eussent été trans-

m LA VISION.

parentes. Des fleuves d'un rose tendre et de couleur pourpre éclatante sortaient de monticules en apparence analogues à de la glace, dont le teint était d'un bleu vif, et tombaient dans des bassins où se formaient des lacs de la même couleur.

Tournant mes regards vers le ciel, je vis à travers l'atmosphère des nuages bleus resplendissants comme du saphir, suspendus dans le vide et réfléchissant la lumière du soleil ; cet astre offrait à mes yeux un aspect nouveau, et paraissait beaucoup plus petit que sur la terre, comme s'il eût été voilé d'un brouillard bleu.

Dans l'espace déployé devant moi, je vis en mouvement des êtres gigantesques d'une forme indescriptible; ils paraissaient munis d'un système de locomotion analogue à celui du cheva! marin, mais je m'aperçus avec une grande surprise que leurs mouvements s'effectuaient h l'aide de six membranes extrêmement minces, dont ils se seraient comme si c'eussent été des ailes. Leurs couleurs étaient belles et variées, les nuances dominantes étaient l'azur et le rose. La partie antérieure de leur corps était munie d'un grand nombre de tubes enroulés mobiles, dont la forme rappelait plutôt celle de trompes d'éléphants, que tout autre objet terrestre; je ne

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