Pompéi
tées fraîches et vives. Me permettrez-vous de vous dire que pour moi rien ne manque à cette scène pour en faire un épitome magnifique de tout ce qu'il y a d'admirable dans la nature et dans l'art? mais que pourtant je trouverais cette miniature plus parfaite encore, si l'on pouvait ajouterè toutes . ces richesses une belle rivière et une cascade ! Philaléthès. — Voilà une singulière idée!
Vous éprouvez le besoin de faire des additions à une scène qu'il est impossible d'embrasser en un même coup d'œil, et qui surtout présente à la fois tant de sujets à la mémoire, à l'imagination et aux sens? Eh bien ! il y ajustement une rivière dans la vallée, entre Naples et Castel del Mare ; vous pouvez distinguer d'ici son fil d'argent, et même, dans le lointain, l'écume blanche de sa course torrentueuse. Laissez-moi ajouter à mon tour que, si vous, étiez géologue, vous trouveriez ici un choix tout particulier de sujets d'études, que l'on ne découvre pas à première vue dans le spectacle apparent qui nous entoure. Le paysage de Somma, par exemple, qui est devant nous, offre un exemple remarquable d'une montagne formée de dépôts marins, et qui a été soulevée par le feu souterrain ; et là-bas, à la base, ces veines singulières et larges, que vous voyez d'ici
1ù LA RELIGION.
s'élever à travers la substance des couches, sont composées de porphyre volcanique; elles nous donnent un exemple authentique du mode de gé- . nération des roches et des formations minérales.
Onuphhio. — En passant par Portici, sur le chemin qui contourne la base du Vésuve, il me semble avoir remarqué une pierre, portant une ancienne inscription romaine, et qui se trouve encastrée dans le portail du palais moderne des Barberini.
Philaléthès. — Ce n'estpas là une circonstance bien rare ; la plupart des pierres dont on s'est servi pour construire les palais de Portici avaient déjà été employées, il y a plus de deux mille ans, dans les constructions élevées par les Romains ou les Grecs colons, et c'est un fait digne de remarque que les monuments d'Herculanum, ville couverte de cendres et de lave depuis la première éruption vésuvienne dont on parle dans l'histoire (il y a plus de dix-sept cents ans), doivent avoir été construits de matériaux volcaniques, produits par quelque action antéhistorique de la montagne. C'est encore un intéressant sujet de méditations, de penser que l'homme, n'écoutant ni la voix du temps, ni les avertissements de la nature, devait continuer pendant tant de siècles à bâtir ses cités