LA PLURALITÉ DES MONDES
blissement généra], il n'en est pas de même de ses applications spéciales. Ce sont là des problèmes sur lesquels l'imagination seule aura prise d'ici à de longs siècles.
En plaçant cette vision après la discussion du catholique et du protestant, l'auteur a magnifiquement montré ainsi combien la contemplation générale de la nature surpasse dans sa poétique grandeur toutes les dissertations métaphysiques et surtout dogmatiques.
Mais ce n'est pas seulement au point de vue astronomique que nous devons faire remarquer l'opinion mûrie du savant président de la Société royale d'Angleterre. On n'aura pas manqué de constater dans les pages qui précèdent la doctrine de la transmigration des âmes do mondes en mondes à travers l'infini des cieux. Nous n'hésitons pas ici à proclamer de nouveau que c'est la seule forme rationnelle sous laquelle la science moderne puisse nous autoriser à définir l'état de l'immortalité de l'âme et les régions de la vie éternelle, c. p.
SECOND DIALOGUE
SECOND DIALOGUE
La iidiure. — Conversation au sommet du Vésuve au lever du soleil. Discussion sur la vision du Cotisée Les rêves. — Reprise du problème de l'état primitif de l'humanité. Revendication de la loi du progrès et de la puissance de la raison Immaine. Arguments du catholicisme. — Les religions et la religion. La foi en l'action miraculeuse de Dieu est une idée dans l'homme. Christiauisme et libre examen. Dieu et l'immortalité.
Les mêmes amis, Ambrosio et Onuphrio, qui m'avaient accompagné à Rome pendant l'hiver, à 1 époque de la vision précédente, m'accompagnèrent à Naples pendant le printemps. Diverses conversations philosophiques s'engagèrent de temps à autre entre nous pendant le cours de notre voyage, conversations souvent importantes et auxquelles la diversité de nos opinions imprima un caractère de discussion sérieuse. Il sera intéressant de rapporter ici l'un de ces entretiens, qui eut lieu un soir sur le sommet du Vésuve. La nature de ces méditations se trouve en connexion
avec la vision du Colisée, et présente un double aspect scientifique et philosophique.
Nous avions atteint avec quelque difficulté le bord du cratère, et nous admirions la scène merveilleuse qui nous entourait. Bientôt nous nous trouvâmes installés sur la cime, comme sur la terrasse d'un observatoire, et la conversation s'engagea sur le grand spectacle déployé sous nos regards.
« 11 est difficile de dire si c'est la sublimité ou la beauté qui domine dans ce spectacle, fit d'abord remarquer Philalélhès 1 . La nature apparaît tantôt souriante et tantôt sombre, dans son activité comme dans son repos. Volcan terrifiant ! quelles forces sont enfermées dans ce colossal laboratoire de la nature, avec ses feux incessants, son tonnerre et ses éclairs souterrains, ses tourbillons de fumée, ses pluies de pierre, ses fleuves de lave en fusion ! Quel contraste entre l'obscurité du cratère, les ruines et la désolation qui l'entourent, et la scène luxuriante de là-bas ! Là, nous voyons de riches campagnes couvertes de houblon, de maïs, de millet, traversées par des allées d'arbres qui
1. Ce troisième personnage parait représenter sir Humphry Davy lui-même.
supportent de gracieuses et verdoyantes guirlandes de vignes; les orangers et les citronniers couverts de fruits d'or tapissent les vallons abrités; les oliviers s'étendent sur les côtes ; des îles empourprées dans les rayons du soleil couchant parsèment la mer à l'occident, et le ciel est coloré d'une teinte rougeâtre qui, insensiblement, se fond dans la pure lumière de J'azur ; les montagnes lointaines gardent encore une partie de leurs neiges de l'hiver, mais il semble qu'on voie ces neiges se fondre, lorsqu'elles réfléchissent ainsi les rayons du soleil couchant, brûlant comme une flamme sur la mer. Devant ce grand spectacle même, l'homme ne paraît-il pas être encore l'émule de la nature? La ville étendue à nos pieds est toute en activité ; la baie est couverte de barques, une foule affairée se coudoie sur la plage; de toutes parts on voit en action les œuvres de la société civilisée : ici des maisons en construction, là des navires au chantier, plus loin une fabrique de cordages, et dans la campagne lointaine les travaux du cultivateur; non-seulement nous apercevons d'ici ce vaste ensemble d'arts utiles, mais on peut même encore deviner, d'où nous sommes, les amusements d'une capitale un peu frivole. Ne voyez-vous pas là-bas ce peuple
mélangé qui entoure un polichinelle, ces groupes qui se pressent autour des baraques, et ceslazzaroni qui font consister leur bonheur à manger et surtout à boire ?
Ambrosio. — Nous n'avons pas seulement sous les yeux la puissance et l'activité de l'homme tel qu'il existe en notre siècle, puissance dont le bateau à vapeur qui part en ce moment pour Palerme nous présente un magnifique symbole ; mais nous pourrions aussi voir des scènes capables de nous transporter au sein de l'antiquité, et, pour ainsi dire, de nous faire revivre au temps des âges disparus. Ces petits bâtiments carrés, à peine visibles dans le lointain, sont les tombeaux des hommes qui furent illustres parmi les premiers colons grecs du pays ; et ces rangées de maisons sans toits, qui paraissent en construction, forment une ville romaine restaurée de ses cendres, cité qui pendant des siècles est restée comme effacée de la terre 1 . Lorsqu'on l'étudié en détail, on a de la peine à éviter l'illusion que ce ne soit pas une ville nouvelle qui s'élève ; on est tenté de se demander où sont les ouvriers, tant les murailles sont bien conservées, tant les couleurs sont res-