DÉPOTS CALCAIRES .PAR LES EAUX
extraordinaire de matière solide dissoute soit directement par l'eau, soit par quelque procédé spécial, a Cette eau, me dit-ii, est semblable à celle de la plupart des sources qui prennent naissance au pied des Apennins; elle contient de l'acide carbonique en dissolution, car elle;a dissous une portion de la matière calcaire des rochers entre lesquels elle est passée ; cet acide carbonique se dissipe dans l'atmosphère , et le marbre descendant lentement prend une forme cristalline et se dépose en pierres cohérentes. Le lac qui s'étend devant nous n'est pas particulièrement riche par une énorme quantité de matière calcaire, car, d'après mes expériences , on n'en trouve dans un demi-litre que 5 ou 6 grains 1 ; cependant la quantité d'eau d'une part et la longueur du temps de l'autre suffisent pour expliquer les bancs immenses de tuf et de roches qui , pendant la marche des siècles, se sont accumulés ici.
— Puis-je vous demander si l'on a quelque idée de la cause de cette grande quantité d'acide carbonique qui existe dans les eaux de ce pays ? hasarda Onuphrio, dont la curiosité se réveillait.
— Je n'ai pas manqué de me former une opinion
i. A peu près quatre déci grammes.
là-dessus, répondit l'étranger, et je me ferai un plaisir de vous la transmettre. Je tiens pour hautement probable qu'il y a une source de feu volcanique sous la surface de l'Italie, dans toute la région du sud, et que l'action de ce feu sur les rochers calcaires dont les Apennins sont composés en isole constamment de l'acide carbonique, lequel s'élevant vers ces sources déposées par les eaux de l'atmosphère , doit les imprégner assez vite et les rendre capables de dissoudre la matière calcaire. Je n'ai pas besoin de vous citer l'Etna, le Vésuve, les îles Lipari pour prouver que des feux volcaniques existent encore; mais de plus on ne peut douter que dans le passé toute l'Italie n'ait été ravagée; Rome même, la ville éternelle, repose sur les cratères des volcans éteints. L'histoire traditionnelle de l'incendie allumé par Phaéton conduisant mal le char du soleil, et la chute dans le Pô de ce petit dieu doit, j'imagine, remonter à quelque éruption volcanique terrible, qui aurait couvert l'Italie entière, et ne se serait terminée qu'au pied des Alpes, près du fleuve. Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, les sources d'acide carbonique sqnt nombreuses, non-seulement dans les États napolitains, mais encore dans les États romains et dans la Toscane.