LES EAUX PÉTRIFIANTES
bles de travertin et de tuf calcaire en ont été extraites. »
On accepta avec remercîments cette invitation gracieuse, et, après avoir fait le tour des ruines comme on a coutume de le faire, on revint à l'étranger, qui nous servit de guide et nous conduisit hors la ville aux bords d'un étang ou d'un lac à peu de distance. On marcha jusqu'aux rives sur une masse de tuf calcaire, et on put voir que même les roseaux qui le bordent s'étaient incrustés de cette substance. Il y avait quelque chose de très-mélancolique dans le caractère de cette eau: autour d'elle, toute la verdure était grise et comme incrustée de marbre; quelques buffles qui s'y abreuvaient disparurent rapidement à notre approche, et semblèrent se retirer dans une excavation de rocher, ou dans une carrière située au bout du lac. Nous remarquâmes à la surface du lac une grande quantité d'oiseaux, et en les examinant nous vîmes que c'étaient des hirondelles de mer. Elles effleuraient la surface et paraissaient fort occupées à détruire, en compagnie de la libellule, des myriades de cousins qui s'élevaient du fond, et dont les tourbillons voltigeant autour de nous commençaient à nous être désagréables.
« Voici, fît l'étranger, à quoi j'attribue la formation de ces pierres massives et durables qu'on voit là-bas dans la plaine. Cette eau fait rapidement des dépôts calcaires ; si même on y jette un bâton, il se couvre de cette substance en quelques heures. Quel que soit le point du rivage vers lequel on dirige ses regards, on aperçoit des masses, de ce marbre récemment produit par le débordement du lac pendant les inondations dé l'hiver; et dans cette grande excavation où tout à l'heure les buffles sont disparus, on peut observer le déplacement de masses immenses de ces pierres évidemment opéré par la'main de l'art dans le temps passé. Le marbre qui est actuellement dans la carrière est de la même qualité et du même grain que celui qu'on voit employé dans les ruines de Paestum , et je pense qu'il est presque impossible de douter que l'on ait tiré en grande partie de cet endroit les matériaux dont on s'est servi pour construire ces singuliers monuments. »
Ambrosio était du même avis. Je me permis alors de questionner notre savant guide sur la quantité de matière calcaire en dissolution que pouvait contenir le lac, remarquant que, selon moi, pour obtenir des effets de dépôt aussi considérables et aussi rapides, il faudrait une quantité