Antiocbus était roi de la Commagène
3. Dureau de la Malle a fait ici une énorme méprise dans sa traduction (le Tacite. 11 a pris ces détachements pour les légions entières.
DE JÉKUSALEM. <85
solito inter accolas odio infensa Judaeis Arabum manus; multi, quos urbe atque Italiâ sua quemque spes acciverat occupandi principem adhuc vacuuni. His cum copiis fines hostium ingressus, composite agmine, cuncta explorans, paratusque decernere, haud procul Hierosolymis castra fecit. »
Il n'est pas sans intérêt, du reste, de comparer ce passage de Tacite avec un passage correspondant que nous trouvons au livre III de la Guerre des Juifs (chap. iv, p. 2). Titus, arrivant d'Achaïe à Alexandrie , prit le commandement des troupes qu'il devait conduire à son père , et se rendit à marches forcées à PtoL'maïs (aujourd'hui Saint-Jean-d'Acre). Maintenant, laissons parler Josèphe : « Ayant trouvé son père dans cette ville, il réunit aux deux légions qui étaient avec lui (c'étaient la cinquième et la dixième, toutes deux des plus illustres) la quinzième qu'il venait d'amener. Dix-huit cohortes étaient rassemblées avec les trois légions ; cinq autres cohortes, accompagnées d'une aile de cavalerie, arrivèrent de Césarée ; puis cin(| auires ailes de cavalerie syrienne. Dix de ces cohortes comptaient mille hommes de pied; les treize autres n'en avaient que six cents, mais elles comportaient chacune cent vingt cavaliers. Les rois alliés avaient aussi levé un nombre considérable d'auxiliaires, Antiochus, Agrippa et Sohem ayant fourni deux mille archers à pied et mille cavaliers. Enfin l'Arabe Malchus avait envoyé mille cavaliers et cinq mille fantassins, dont la majeure partie étaient des archers; de sorte que les forces entières de l'armée, y compris les troupes royales, comptaient, tant en cavalerie qu'en infanterie, soixante mille hommes, en outre des serviteurs qui suivaient en trèsgrande multitude, et qui, en raison de leur habitude de la guerre, ne doivent pas être comptés à part des militaires proprement dits, puisqu'en temps de paix ils assistent à tous
les exercices de leurs maîtres , et partagent avec eux toua^ les périls des combats, de telle sorte qu'ils ne sont surpassés que par leurs maîtres en courage et en habileté. »
Nous venons de constater que l'armée dont Titus disposait, à son arrivée en Syrie, comportait soixante mille hommes ; au moment du siège de Jérusalem, une nouvelle légion était venue rallier cette armée et augmenter notablement son effectif. On le voit, les vingt-trois mille hommes de guerre au service de l'insurrection judaïque (ainsi que nous l'établirons plus loin), avaient affaire à forte partie.
Maintenant faisons la somme des corps distincts des légions, et inscrits dans l'énumération précédente, en comptant l'aile de cavalerie k soixante-quatre hommes, comme d'habitude.
Nous trouvons :
10 cohortes a 1000 hommes 10,000
13 cohortes a 600 hommes 7,800
13 escadrons à 120 cavaliers i ,560
Contingents royaux, infanterie 2,000
id. cavalerie 1,000
Arabes , infanterie 5,000
id. cavalerie 1,000
6 ailes de cavaliers syriens 384
Une aile de cavaliers , venue de Césarée. . 64
Total 28,808
11 resterait donc trente-un mille cent quatre-vingt-douze hommes pour représenter la force des trois légions réunies, soit dix mille trois cent quatre-vingt-dix-sept hommes par légion, ce qui est beaucoup trop considérable. Il devient donc très-probable que les serviteurs ou goujats qui suivaient
Tannée sont compris dans Ténumération totale fournie par Josèphe. En comptant six mille hommes par légion, ce qui est tout à fait raisonnable, il reste treize mille cent quatrevingt-douze pour le chiffre des serviteurs, soit quatre mille trois cent quatre-vingt-dix-sept par légion. Ce chiffre ne parait pas excessif. Il en résulte que, lorsque Titus arriva devant les murs de Jérusalem, où il fut rallié par la douzième légion, il avait une armée d'environ soixante-dix mille hommes de toutes armes.
Maintenant , comparons Ténumération de Tacite avec celle de Josèphe; nous trouvons que le premier désigne les corps suivants :
V* légion.
XIP d\
Détachements des III* et XXII* légions*.
20 cohortes alliées.
8 ailes de cavalerie.
Auxiliaires fournis par Agrippa, Sohem et Antiochus.
Auxiliaires arabes.
Il y a donc pour ainsi dire identité entre les deux récits. Josèphe cite vingt-trois cohortes; Tacite vingt seulement. Si ce dernier estime chaque cohorte à mille hommes, ce contingent est de vingt mille combattants, tandis que les viqgttrois cohortes de Josèphe n'en comptaient que dix-sept mille huit cents, plus treize escadrons de cent vingt cavaliers atta-
4. Ce sont les deux mille hommes d'élite tirés des légions alexandrines, destinés à combler les vides dfs légions employées au.siéfje, et qui formèrent le corps d*armée à la tète duquel Titus' partit d'Alexandrie, suivant le récit de Jo.-èphe ; ils étaient appuyés par trois mille hommes, empruntés au corps d'observation des bords de FEuphrate.
chés aux treize cohortes de six cents hommes. Nous avons donc en tout dix-neuf mille trois cent soixante hommes, équivalant, à six cent quarante combattants près, aux vingt cohortes accusées par Tacite.
Josèphe parle de sept ailes de cavalerie, et Tacite de Imit, ce qui ne donne qu'une diflférence en plus de soixante-quatre cavaliers, différence pour ainsi dire insignifiante. C'est donc avec toute raison que j'ai avancé que les énumérations de l'armée de siège données par Tacite et par Josèphe étaient pour ainsi dire identiques.
Maintenant quittons pour un instant Titus et son armée, et voyons ce qui se passait à Jérusalem , pendant que se formait l'orage qui allait fondre sur cette malheureuse ville.
Titus était auprès de son père à Alexandrie \ tout occupé de régler avec lui les affaires de l'empire qui venait de leur échoir, lorsque les divisions intestines qui désolaient Jérusalem .s'exaspérèrent encore et créèrent trois partis distincts, toujours en armes et prêts à s'entre-déchirer. Les Zélotes, «ces fanatiques qu'Eléazar fils de Simon avait réussi à séparer du peuple, et a renfermer avec lui dans l'enceinte sacrée du temple (eiç To Teaevo;)*, avaient accueilli dans leurs rangs Jean fils de Lévi, de Giscala, et les plus déterminés d'entre eux s'étaient immédiatement constitués les partisans ardents du nouveau venu. Sous les ordres de celui-ci, ils ne cessaient de porter dans tous les quartiers de la ville le meurtre et le pillage, sous le prétexte de châtier la tiédeur de patriotisme de toute la partie saine et inolfensive de la population. Eléazar, qui avait rêvé pour lui seul la souveraine puissance , Eléazar ne pouvait s'accommoder d'un partage d'autorité, et bien moins encore de l'infériorité flagrante que son rival faisait peser sur lui.