Bell. Jud., V, I
ï. Ibid., V, I, 2.
Pour recouvrer ce qu'il avait perdu, et détacher sa fortune de celle de Jean de Giscala , il feignit Tindignation la plus grande contre les crimes que les partisans de celui-ci commettaient quotidiennement. Il entraîna de son côté Judas fils de Chelcias, Simon fils d'Ezron, et Ézéchias fils de Chabar. Tous les trois avaient parmi les Zélotes de nombi*eu\ amis qui constituèrent immédiatement un véritable parti; rompant alors avec leurs anciens compagnons, ils se retranchèrent dans le péribole intérieur du temple (xaTaXaêop.evoi tov èvSo- Tepov Tcù veà) lueptêoXov) , et tournèrent leurs armes contre eux, du haut des portes sacrées et des saintes murailles (ÛTrèp ràç Upà; TuuXaç, èm tûv àyiwv (/.eTwiçwv) . Les vivres ne leur manquaient pas, car ils n'étaient pas gens assez scrupuleux pour se priver des ressources que leur offraient en abondance les magasins du temple ; là donc n'était pas le péril ; mais ils se sentaient en bien petit nombre, et n'osaient franchir les limites de leur forteresse improvisée.
Jean avait beaucoup plus de monde sous ses ordres ; mais la position dominante occupée par ses adversaires rétabUssait en quelque sorte l'équilibre entre les deux partis en présence. Ivre de fureur, il ne cessait de se heurter, non sans perte, contre l'ennemi qui le frappait de haut, sans courir de dangers réels ; ses assauts sans cesse renouvelés restaient donc sans effet ; ses pertes étaient toujours beaucoup plus considérables que celles des assiégés, et chaque jour les saints parvis étaient pollués par le sang des combattants.
De son coté, Simon fils de Gioras, que dans son désespoir le peuple avait appelé à son aide, en lui offrant en quelque sorte la souveraineté, Simon, maître de la ville haute et d'une grande partie de la ville basse , s'acharnait avec d'autant plus de rage à assaillir Jean et ses compagnons, qu'il se trouvait par rapport à celui-ci dans la même position désavantageuse,
militairement parlant. En effet , Simon était dominé par les troupes de Jean de Giscala , comme celui-ci était dominé par les troupes d*Eléazar. Pris ainsi entre deux, feux, Jean recevait d'un côté tout le mal qu'il rendait de l'autre. S'il lui était facile de repousser les assauts de Texiérieur, à cause de sa position dominante, il ne pouvait, qu'à l'aide de machines, répondre aux traits qui lui étaient incessamment lancés du haut du temple. Il était en effet bien muni de scorpions, de catapultes et de balistes, à l'aide desquels il écartait les combattants, en tuant au hasard bon nombre de ceux que leur devoir forçait d'accomplir les cérémonies sacrées. Chose étrange, en effet, et qui à mon sens prouve bien que les prétendus brigands d'Eléazar n'étaient en réalité que des patriotes fanatisés, c'est que tous ceux qui se présentaient pour offrir des victimes sur l'autel des holocaustes étaient admis dans l'intérieur du péribole sacré.
Il est vrai que les gens de la ville qui venaient sous ce prétexte étaient scrupuleusement fouillés avant d'être introduits , tandis que les étrangers obtenaient bien plus facilement l'accès du temple. Les sacrifices n'étaient donc pas interrompus, et il arrivait fréquemment que les hommes pieux accourus de bien loin pour offrir des victimes à Jéhovah tombaient avant elles, écrasés par les projectiles que lançaient les machines de Jean de Giscala. De la sorte, sacrificateurs et dévots périssaient parfois ensemble jusque sur les marches de l'autel. Les cadavres des indigènes et des étrangers, des prêtres et des profanes, étaient entassés pêle-mêle, et leur sang confondu formait de véritables mares sur le pavé sacré du temple.
Les partisans d'Eléazar, maîtres des prémices sacrées emmagasinées dans le temple, se gorgeaient de vin, et ne laissaient de trêve à Jean de Giscala, que lorsque l'ivresse ou
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la lassitude les forçait à quitter le combat. Aussitôt Jean tournait sa fureur contre Simon : quand il pouvait réussir à le repousser loin des murailles extérieures du temple, il se ruait sur la ville, pillant et incendiant toutes les maisons, tous les dépôts de vivres qui se pi*ésentaient sur son chemin. Dès qu'il songeait à la retraite, il avait les soldats de Simon sur les talons; si bien qu'en peu de temps une partie de la besogne que les Romains auraient dû faire se trouva accomplie du fait des Juifs eux-mêmes. En effet, les alentours du temple étaient rasés par l'incendie, et plus rien ne pouvait gêner la mise en bataille d'une armée, entre le temple et la ville, dans l'espace que la guerre civile s'était pour ainsi dire chargée de niveler. Tous les grands amas de blé avaient été brûlés, les petits dépôts seuls ayant échappé à la destruction, parce qu'ils étaient restés inaperçus. Les provisions perdues ainsi eussent été, dit Josèphe, suffisantes pour bien des années de siège ; mais il était écrit que cette malheureuse population périrait par la famine , et cela ne pouvait arriver que par sa propre faute*.
Se figure-t-on ce que devait être le séjour de Jérusalem oii avaient afflué les gens sans aveu de tous les points du pays ; où les vieillards et les femmes sans défense étaient réduits à faire en secret des vœux pour la prompte arrivée des Romains , et à souhaiter ardemment que la guerre étrangère vînt les délivrer au plus vite de la guerre civile; où la consternation et la terreur glaçaient tous les cœurs ; où l'on n'avait même plus la suprême ressource de fuir? Car toutes les issues étaient rigoureusement fermées , et quiconque laissait entrevoir la moindre espérance dans la présence des Romains, ou le moindre désir de s'échapper de cet enfer, était mis à mort sans pitié. Le tableau