‹ Les derniers jours de JérusalemChapitre 119 sur 147 · Ihid., VI, IV · texte numérisé non relu

Ihid., VI, IV

Voyez ci -dessus les renseignomenls à peu près identiques que nous fournissent Tacite et Suétone.

Genèse (xlix, 10) les paroles suivantes que Jéhovah adresse à Jacob :

Dans la Vulgate ce verset est ainsi traduit : Non auferetur sceptrum de Juda, et dux de feinore ejus, donec veniat qui inittendus est, et ipse erit expectatio gentium.

Cette interprétation est loin de me satisfaire, car voici ce que le texte hébraïque signifie rendu mot à mot :

Le sceptre ne s'éloignera pas de lehouda, et le législateur d'entre ses pieds, jusqu'à ce que vienne Schiloh, et à lui (sera) l'obéissance des nations.

Qu'est-ce que l'écrivain sacré entend par le mot nb^v? Nous n'en savons absolument rien; c'est bien le nom de Schiloh, la localité sainte où fut déposée l'arche d'alliance, mais ce nom n'a évidemment que faire ici. Les commentateurs se sont évertués pour donner les explications les plus invraisemblables de ce terme obscur. Ils n'ont réussi à rien, et je ne les imiterai pas, assuré que je suis à l'avance d'arriver au même résultat. Je me contenterai de citer, d'après Cahen, l'opinion d'Onkelos et des Talmudistes, qui prétendent qu'il s'agit du Messie. Et voici la belle raison qu'ils donnent pour justifier leur opinion. La somme des lettres renfermées dans les deux mots n*?'»^ K3% prises numériquement, est égale k trois cent cinquante-huit ; or, la somme des valeurs numériques des lettres du mot n'»c?D, le Messie, est identique. Donc, etc., etc., etc. C'est tout simplement de l'absurdité transcendante !

Le seul argument à peu près passable, à mon avis, que l'on puisse invoquer en faveur du sens qui mittendus esl^ de la Vulgate, se trouve dans l'Exode (iv, 13). Moïse est envoyé par

Jéhovah devant le Pharaon; il se méfie de lui-même et invoque Dieu :

Vulgate : At ille : Obsecro, inquit, Domine, mitte quem missurus. Sens littéral : 11 dit : De grâce , ô mon Seigneur, envoie, je te prie, (celui que) par la main tu enverras.

Évidemment il manque quelque chose ici pour que le sens soit rationnel, et il faut suppléer le mot nc^K , celui que, devant le mot n^c;n.

Mais malheureusement n'?''^^ «écrit avec un n, he, n'est pas rhv écrit avec un n, khet, et il n'y a d'autre moyen de se tirer de cette difficulté, qu'en admettant que, dans le texte de la Genèse, une de ces deux lettres a pu être tracée à la place de l'autre. Pour ma part, je ne vois absolument aucune raison pour ne pas admettre ce fait.

Revenons au verset de la Genèse : la fin ne me plaît guère, grammaticalement parlant. A mon avis, il devrait y avoir dans le texte : D^u:^n nnp'» ih). Cela est si vrai, que dans le texte chaldéen, le mot rinp"» est remplacé par le jiiot î'iyDne;'' : ils obéiront. Avec l'introduction de ce mot, la phrase devient plus régulière, et l'on n'est plus obligé de s'étonner de l'absence de l'article, devant le pluriel d'^d^.

Je demande pardon au lecteur de cette digression tant soit peu aride, et qu'il lui est d'ailleurs loisible de ne pas lire, et je conclus, en répétant que la prédiction à laquelle Josèphe fait allusion, est certainement tirée du verset 10 du chapitre xlix de la Genèse.

Ce passage de Josèphe est pour nous du plus haut intérêt, et il mérite que nous nous y arrêtions un instant. D'abord il nous fournit un renseignement topographique qu'il ne nous est pas permis de négliger. Il résulte invinciblement du

contexte, qu'avant la destruction d'Antonia, Taire du hiéron extérieur n'était pas un quadrilatère, dans toute l'acception du mot, et qu'Antonia empiétait sur le parvis de ce hiéron extérieur, c'est-à-dire sur le Lithostrotos.

Si nous étudions sur place la face nord actuelle du Haramech-Chérif, nous trouvons à l'angle nord-ouest deux escarpes verticales taillées dans le roc vif qui a certainement sei^vi d'assiette à Antonia, et formant un angle rentrant, dont le côté ouest est d'assez médiocre longueur, de quelques mètres seulement. Nous savons, d'un autre côté, que tout le rocher d' Antonia avait ses faces revêtues de maçonnerie en gros blocs bien appareillés. Ce parement n'a pas été détruit partout, et sur la face nord du Haram , au point où l'escarpe de roc cesse de se montrer, on lui voit appliquées une série de belles assises de blocs judaïques, d'une trèsgrande antiquité, et qui sont certainement bien antérieures à Hérode.

Antonia avait été précédée par une forteresse nommée Baris, que Josèphe attribue aux Asmonéens, et que je me permets de croire beaucoup plus ancienne, par une simple considération militaire. En effet, la face nord du hiéron extérieur, ou si l'on veut, du plateau artificiel construit au sommet du mont Moriah, n'était pas couverte, et l'enceinte sacrée du temple n'eût été capable d'aucune résistance du côté du nord, si des ouvrages spéciaux n'eussent été créés pour la défendre.- Or, l'Écriture nous parle à plusieurs reprises des deux tours de Méah et de Hananéel, qu'il faut de toute nécessité placer vers la région nord du temple. J'ai essayé de prouver ailleurs que Méah n'est que la magnifique tour carrée qui était à l'angle nord-est du Haram-ech-Chérif actuel, et dont les restes imposants se voient à droite en sortant de la porte de Setty-Maryam ou de Saint-Étienne, les débris de

la face de retour dominant le Birket-Israïl, qui est la Piscine Probatique, ou Bethesda.

A quoi bon, je le demande, avoir laissé subsister, dès la plus haute antiquité, un pâté de rochers tel que celui d'Antonia, dominant tous les saints parvis? Si on ne voulait pas en tirer prti , il était tout simple et tout naturel de le raser. On ne Ta pas fait, donc ce pâté de roc avait une destination. Cela posé, il n'en pouvait avoir d'autre que celle de couvrir l'angle nord-ouest de l'enceinte sacrée du temple, comme la tour Méah en couvrait l'angle nord-est. Il n'y a pas possibilité de se rendre autrement compte de l'existence de ce rocher isolé, qu'en y voyant la base d'une fortification quelconque. Or, cette fortification, son utilité était marquée bien avant les Asmonéens, qui ont construit Baris en ce point, et qui apparemment n'ont pas construit un pâté naturel de roches. Donc cette roche, bien avant les Asmonéens, supportait une forteresse. Je défie qu'on me nie cela. Dès lors, je n'hésite pas à placer en cet endroit la tour Hananéel, à laquelle la Baris des Asmonéens aura succédé, comme plus tard l'Antonia d'Hérode a succédé à Baris.

Maintenant nous avons vu que les soldats de Titus, auxquels fut donné la corvée d'abattre les fondations d'Antonia, mirent sept jours entiers à accomplir cette œuvre de destruction. Sept jours pour jeter bas un simple parement, quelque gros qu'aient été les blocs qui le composaient, c'est trop.

Je suis donc très-porté à croire que du côté du sud, le rocher supportant Antonia était couvert par une plate- forme de maçonnerie en gros blocs venant s'adapter à l'angle rentrant du rocher naturel que nous avons reconnu, et dont la dimension était telle, que sa face méridionale empiétait notablement sur le parvis du Lithostrotos. S'il en est ainsi.

on comprend qu'il ait fallu sept jours, même à des Romains, pour démolir cette puissante maçonnerie, de façon à en faire une rampe ou descente praticable pour la cavalerie, ainsi que nous Tavons vu dans le récit de Josèphe. Quant à la montée vers Antonia, c'était une autre rampe dont la base était un des aggeres constmits par l'ordre de Titus, et que l'avantmur écroulé spontanément avait recouvert et renforcé. Je le répète, pour rendre praticables ces deux rampes opposées, il n'y a rien que de très-naturel à ce qu'il ait fallu dépenser sept jours entiers.

Tout cela posé, une fois cette plate-forme de maçonnerie abattue, le hiéron était débarrassé de ce qui l'empêchait d'être un tétragone régulier, et la prétendue prophétie rapportée par Josèphe avait sa première condition satisfaite. Mais où notre historien a-t-il trouvé cette prophétie? Je l'ignore complètement. Où a-t-il trouvé celle qu'il cite ensuite et qu'il dit tirée des livres saints? Je ne le sais pas mieux.

Lorsque les séditieux se furent réfugiés dans la ville, et que le temple et tout ce qui l'environnait fut en feu, les Romains, apportant leurs étendards dans le hiéron et- les plaçant en face de la porte orientale, leur offrirent un sacrifice et décernèrent, avec de grandes acclamations, le titre dWmperator à Titus,

Tous les soldats, sans exception, étaient tellement chargés de butin, que dans la Syrie l'or perdit la moitié de son ancienne valeur ^ .

Pendant que les prêtres réfugiés sur le mur du naos s'obstinaient à y rester, un enfant, qui était avec eux, avoua aux Romains de garde qu'il mourait de soif, et les supplia de lui donner la main en signe de foi ; ceux-ci, touchés autant par son

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