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t. Voilà incontestablement un miracle ! Une vache qui met bas un veau, cela se voit, mais un agneau! ce doit être plus que rare. crédulité humaine!
ev^oTEpou) était tout entière de bronze et d'un poids immense. Vingt hommes avaient grand'peine à la fermer le soir; elle était munie de grands verrous de fer et de gonds épais, profondément enfoncés dans le seuil cpii était fait d'une seule pierre ; cette porte fut trouvée la nuit, vers la sixième heure (à minuit) , ouverte spontanément. Les gardiens du temple coururent tout émus annoncer cet étrange événement au préteur. Celui-ci se hâta de monter au temple et eut grand' peine à faire fermer la porte * .
Ce fait aussi parut de bon augure aux ignorants et aux simples d'esprit. Pour eux. Dieu avait ouvert la porte des bienfaits. I^es docteurs et les savants comprenaient que la sûreté du temple avait disparu et que la porte en avait été ouverte aux ennemis, sans qu'il leur en coûtât rien, et entre eux, ils se disaient tout bas que c'était le signe de la désolation.
Peu de jours après la solennité, le 21 du mois d'Arlemisius (14 avril), on vit un merveilleux prodige, qui passe toute croyance. Ce que je vais raconter paraîtrait une fable, j'en suis certain, si la mémoire n'en avait été conservée par ceux-là mêmes qui en furent les témoins oculaires, et si le^ malheurs qui suivirent n'avaient pas été en rapport avec un semblable présage. Voici ce qui eut lieu. Avant le coucher du soleil on vit en l'air, et dans tout le pays, des chars passer, des phalanges en armes courir à travers les nuages et bloquer les villes. Le jour de la fête, qui s'appelle la Pentecôte, les prêtres entrés pendant la nuit dans le hiéron intérieur (et; To ev^ov Upov) comme cela avait lieu d'habitude pour les cérémonies du culte, entendirent d'abord, suivant leur récit , un grand tumulte et un grand bruit , puis une
1 . Il s'agit évidemment ici de la porte d'airain de Corinthe dont il a él^ amplement question plus haut.
voix, semblable à celle de la multitude, s'écrier : Partons d'ici M
Mais, ce qui est plus effrayant que tous ces présages, c'est le fait suivant : Quatre ans avant que la guerre n'éclatât, la ville vivant dans la paix et dans l'abondance, un certain Jésus fils d'Ananus, homme du peuple et sans éducation, vint assister à la fête pendant laquelle la coutume générale est de planter des tentes, en l'honneur de Dieu, dans le hiéron. Tout d'un coup, il se mit à crier : Voix de l'Orient! voix de l'Occident! voix des quatre vents! voix contre Jérusalem et contre le temple ! voix contre les maris et les femmes ! voix contre le peuple entier! Jour et nuit il parcourait toutes les rues de la ville en faisant entendre ces imprécations. Quelques-uns des principaux personnages de la ville, irrités par cette fatale prédiction, se saisirent de l'homme et l'accablèrent de coups. Jésus ne dit pas un mot pour lui-même et n'im-
1 . Nous trouvons dans Tacite la contre-partie de ce passage. En voici le texte {FlisL, lib., V, cap. xiii) :
(( Evenerant prodigia, quœ neque hostiis neque votis piare fas habet gens, superstitioni obnoxia, religionibus adversa. Visae per cœlum concurrere acies, rutilantia arma, et subito nubium igné collucere templura ; exapertœ repente delubri fores et audita major humanâ vox excedere deos; simul ingens motus excedentium ; quae pauci in metum trahebant; pluribus persuasio inerat antiquis sacerdotum litteris contineri, eo ipso tempore fore ut valesceret Oriens, profectique Judaeâ rerum poterentur: qucB ambages Vespasianum ac Titum praedixerant. Sed vulgus, more humante cupidini.-î, sibi tantam fatorum magnitudinem interpretati , ne adversis quidem ad vera mutabanlur. »
Tout ce passage de Tacite me paraît évidemment emprunté au récit de Josèphe. Mêmes faits, mômes interprétations, mômes conséquences ; tout est identique de part et d'autre.
Au reste Suétone, dans sa vie de Vespasien (chap. iv), constate de même l'existence de cette prédiction transmise, de génération en génération, dans tout l'Orient. Voici les termes mômes dont il se sert :
Percrebuerat Oriente toto vêtus et constans opinio : esse in fatis, ut eo tempore Judœâ profecti rerum poterentur.
Tout cela n'est évidemment que le reflet des prophéties bibliques.
plora pas la pitié de ceux qui le frappaient, mais il ne cessa de proclamer les mêmes paroles qui lui avaient \alu ces mauvais traitements.
Les magistrats des Juifs, pensant que cet homme, comme cela était en réalité, agissait sous l'empire d'une agitation surnaturelle , l'amenèrent devant le gouverneur romain (eiroppv, procurateur). Celui-ci le fit battre de verges, à lui couper les chairs jusqu'aux os ; Jésus ne versa pas une larme, ne fit pas entendre une seule supplication, mais, à chaque coup qu'il recevait, il s'écriait de la voix la plus retentissante et la plus lugubre qu'il pouvait : Malheur, malheur à Jérusalem! Albinus, qui était alors procurateur, lui demanda qui il était, ce que signifiaient ses paroles, et pourquoi il les proférait; il n'obtint aucune réponse, et le malheureux continua ses lamentations sur le sort de la ville, jusqu'à ce qu' Albinus, le croyant fou, le fit mettre en liberté.
A partir de ce moment, notre homme n'accosta plus un seul des habitants de Jérusalem et n'adressa plus la parole à personne ; mais chaque jour, après avoir longuement médité, il s'écriait : Malheur, malheur à Jérusalem ! Jamais il ne fit entendre un seul mot de plainte contre ceux qui journellement le battaient; jamais un mot de remercîment à ceux qui lui donnaient charitablement sa nourriture ! Son unique réponse à tous était sa triste prédiction. C'était à. l'époque des fêtes surtout qu'il proférait son cri sinistre. Après sept années et cinq mois de cette vie, sa voix ne s'était pas affaiblie et il n'était pas fatigué. Mais au moment où le siège commença, voyant son oracle s'accomplir, il se reposa. A cetl« époque, il parcourait les murailles, en criant à haute voix : Malheur, malheur à la ville! et au temple! et au peuple! Une fois il ajouta : malheur à moi aussi ! et à l'instant une pierre
lancée par une baliste l'atteignit et le tua. Il rendit le dernier soupir en répétant les mêmes paroles*.
Celui qui voudra réfléchir à ces différents faits, ajoute Josèphe, comprendra certainement que Dieu s'occupe des hommes et ne néglige aucun moyen pour leur montrer ce qui leur est salutaire; il comprendra aussi que c'est à leur aveuglement et au mal qu'ils font volontairement, qu'ils doivent leur perte. Ainsi les Juifs, par exemple, lorsqu'ils eurent ruiné Antonia, rendh^ent le hiéron tétragonal, et il était écrit dans les prophéties que la ville et le naos seraient détruits, quand le hiéron deviendrait tétragonal. Ce qui les avait surtout excités à soutenir la guerre, c'était une prédiction ambiguë trouvée également dans les livres saints et qui annonçait qu'à cette époque, quelqu'un sortant de leur pays deviendrait maître de l'empire du monde. Ils supposaient que cette prophétie s'appliquait à eux-mêmes, et beaucoup de sages acceptèrent cette interprétation ; tandis que l'oracle en question désignait le règne de Vespasien qui fut élevé à l'empire, étant en Judée. C'est ainsi que les hommes ne peuvent se soustraire à leur destinée, quand bien même il leur serait donné de la prévoir. De tous les présages que nous venons de rapporter, les Juifs expliquèrent les uns suivant leur fantaisie, et ils ne s'occupèrent pas des autres, jusqu'au moment oii la ruine de la patrie et leur propre perte vinrent les punir de leurs crimes ^
Quelle était cette prédiction ambiguë trouvée dans les livres saints, et à laquelle Josèphe fait ici allusion? C'est ce qu'il est très -facile de reconnaître ; nous trouvons dans la