‹ Les derniers jours de JérusalemChapitre 131 sur 147 · TIENNE · texte numérisé non relu

TIENNE

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Juillet

Gorpiaeus . . .

Les aggeres contre la ville haute soat terminés.

Au moment où les machines étaient amenées pour battre les murailles, une partie des séditieux, desespérant du salut de la ville, l'abandonnèrent et se répandirent dans Akra; d'autres se cachèrent dans les souterrains; et tous les autres, se tenant bravement à leur poste pour continuer la défense, s'efforcèrent de repousser ceux qui conduisaient les hélépoles. Mais les Romains, beaucoup plus nombreux et plus vigoureux que ces infortunés, en eurent facilement raison; car les vainqueurs, pleins de joie, n'avaient plus affaire qu'à des adversaires tristes et exténués. Aussitôt qu'une partie de la muraille se fut écroulée , et que quelques tours eurent cédé aux coups des béliers, les défenseurs prirent la fuite, et les tyrans eux-mêmes furent saisis d'une terreur plus grande encore que le mal qui la causait ; avant même que les Romains ne montassent à l'assaut, ils furent accablés de stupeur, et ne pensèrent plus qu'à se sauver. Il était curieux de voir ces hommes, naguère si arrogants et si fiers de leurs crimes

impies, maintenant si humbles et si tremblants, que ce changement d'attitude était digne de pitié, môme lorsqu'il s'agissait d'aussi grands coupables. Ils s'eiïorcèrent pourtant de se jeter sur la ligne de contrevallation, d'en chasser les gardes et de s'évader en la franchissant. Ne voyant plus auprès d'eux leurs fidèles compagnons dans tant de combats, car tous s'étaient dispersés comme dans un sauve qui peut général, les rumeurs les plus cruelles commencèrent à courir parmi eux ; les uns disaient que toute la muraille occidentale était renversée; d'autres que les Romains étaient entrés dans la ville; d'autres que ceux qui les poursuivaient étaient sur leurs talons; d'autres enfin affirmaient qu'ils apercevaient les ennemis sur les tours, tant la terreur altérait la vue de tout le monde. Se jetant alors la face contre terre, ils déploraient leur folie, et se sentant comme énervés, ils ne trouvèrent plus la force nécessaire pour fuir.

Exemple bien fait pour prouver le pouvoir de Dieu sur les scélérats, et pour mettre au grand jour la fortune des Romains! Les tyrans s'enlevèrent à eux-mêmes toute chance de salut, et ils descendirent spontanément du haut des tours dans lesquelles, à l'abri de la force, ils ne pouvaient succomber que vaincus par la faim. Et les Romains, qui avaient eu tant de peine à venir à bout de murailles infiniment plus faibles, devinrent par hasard les maîtres de ces véritables forteresses, contre lesquelles les machines fussent peut-être restées impuissantes. En effet, les trois tours dont nous avons parlé plus haut n'avaient rien à redouter du bélier*.

Évacuant donc ces tours formidables, ou plutôt expulsés par la volonté de Dieu, ils s'enfuirent incontinent dans la vallée

i . Bell. Jud,s VI, vni, 4.

placée au-dessous de Siloam. Reprenant alors un peu d'assurance, ils marchèrent sur la ligne romaine passant en ce point. Mais comme leurs courages étaient brisés par la crainte et par le malheur, ils ne développèrent pas l'ardeur virile que la conjoncture exigeait, et ils furent repoussés par les hommes de garde ; fuyant alors en sens divers, ils coururent se réfugier dans les souterrains.

Pendant ce temps-là, les Romains, maîtres des murailles de la ville, plantèrent leurs étendards sur les tours, et célébrèrent leur victoire par des applaudissements et des clameurs joyeuses, tout heureux d'avoir eu à soutenir une lutte bien moins sérieuse à la fin du siège, qu'au commencement. Arrivant sans obstacle jusqu'à la partie la plus reculée des murailles, ils commencèrent à se méfier, et n'ayant personne qui leur disputât le passage, ils se trouvèrent dans un grand embarras. Ils se décidèrent pourtant bientôt, et se répandant à travers les ruelles l'épée à la main, ils égorgèrent, jusqu'à en être fatigués, tous ceux qu'ils parvinrent à saisir; puis ils mirent le feu à toutes les maisons où les fuyards se retiraient. Dévastant un grand nombre d'édifices dans lesquels ils s'étaient introduits pour piller, ils y trouvèrent des familles entières mortes de faim, et des chambres encombrées de cadavres. Devant cet horrible spectacle, ils reculaient; mais ils n'avaient pas pour les vivants le môme sentiment de commisération que pour ceux qui avaient péri de la sorte; passant au fil de l'épée tous ceux qu'ils rencontraient, ils obstruèrent de cadavres les rues étroites, et ils répandirent tant de sang dans la ville, que souvent ce sang éteignit les incendies. Le massacre dura jusqu'au coucher du soleil, et lorsque la nuit arriva, le feu régna seul en maître dans la ville. Le huitième jour du mois de Gorpiœus vint éclairer Jérusalem en feu. Malheureuse ville qui avait souffert autant de calamités

pendant le siège, qu'elle avait goûté de bonheur depuis le jour de sa fondation, en devenant un sujet d'envie pour tous les peuples. Ville qui n'avait d'ailleurs mérité son malheur, que parce qu'elle avait donné le jour à la génération qui

causa sa ruine*.

Nous ne pouvons préciser si c'est à ce moment que périt le président du Sanhédrin, ou Naci, Siméon II, fils de Gamaliel P'. Voici ce que nous savons de lui :

« Rabban Siméon II, fils de R. Gamaliel l'ancien, et « arrière-petit-fils de Hillel, succéda à son père dans la « dignité de Naci, vers l'an 50 de l'ère vulgaire. Il périt par « le glaive romain à la prise de Jérusalem, et fut le premier « des dix martyrs. » (Recueil des noms cités dans le traité d'Aboth, par M. Ulmann.)

Quelque peu précis que soit ce renseignement, il m'a paru bon de le consigner. D'ailleurs, le président du Sanhédrin n'était pas un personnage secondaire, et je m'étonne que Josèphe n'ait pas mentionné sa mort, ou plutôt, je ne m'en étonne pas trop. Josèphe cite complaisamment les meurtres commis par les défenseurs de Jérusalem, dans l'intérêt de la défense; il oublie avec soin tous ceu\ qui sont imputables à Titus, son héros.

Le Naci Siméon était-il au nombre des personnages qui s'étaient réfugiés sur les larges murailles du naos, et qui furent mis à mort lorsqu'ils se virent obligés d'abandonner ce triste refuge? C'est fort possible.

Quand Titus eut franchi les murailles, il admira par-de^ssus tout la ville, à cause de la solidité des fortifications et des tours que les séditieux avaient abandonnées, par un véritable acte de démence. Remarquant donc la hauteur de la

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