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une dizaine d'autres imposteurs de la même trempe, prêts à le seconder pour tendre un piège aux assaillants. Après être restés blottis quelque temps derrière les créneaux de la tour qu'ébranlait rhélépole, ils se dressèrent tout à coup, et Castor tendant les bras, se mit à implorer Titus et à le supplier d'une voix lamentable de l'épargner. Le prince eut la simplicité de se fier à cette comédie, parce qu'il espérait toujours que les Juifs finiraient par capituler; il donna donc l'ordre de suspendre le jeu des béliers, et de ne plus lancer de flèches contre les suppliants; puis il somma Castor de lui dire ce qu'il voulait. Celui-ci répondit qu'il désirait descendre pour traiter; et Titus de le féliciter de cette bonne résolution et de déclarer que si tous voulaient faire comme lui, il était prêt à tendre une main amie a la population. Pendant ce temps-là, cinq des dix compagnons de Castor feignaient d'être de son avis ; les cinq autres criaient que jamais ils ne se feraient les esclaves des Romains, tant qu'il leur resterait la ressource de mourir libres. Ce débat joué se prolongeait, et pendant ce temps-là l'attaque était suspendue; c'était ce que cherchait Castor qui fit avertir Simon de ce qui se passait, en le priant d'aviser à ce qu'il avait à faire pour tirer parti de cette trêve, son intention à lui étant de ne pas se moquer à demi du prince romain.
En même temps qu'il envoyait ce message à Simon, Castor faisait semblant d'exhorter à la paix ceux qui ne partageaient pas son avis. Ceux-ci, comme exaspérés par une pareille proposition, Orent briller leurs épées au-dessus du parapet et en frappant mutuellement leurs cuirasses, ils s'affaissèrent comme blessés à mort. A cette vue, Titus et ceux qui l'accompagnaient furent saisis d'étonnement, et comme, d'en bas, ils ne pouvaient bien juger ce qui se passait au haut de la tour, ils se sentirent autant d'admiration que de pitié pour ces malheureux.
Sur ces entrefaites, une flèche partie du côté des Romains vint frapper Castor en plein visage; celui-ci, arrachant aussitôt le trait qu'il avait reçu, le montra à Titus, en se plaii^nant d'être la victime d'une iniquité. Titus adressa de vifs reproches à l'archer, et ordonna à Josèphe, qui était présent, d'aller donner la main à Castor. Mais Josèphe répondit (|u'il s'en garderait bien, parce que ces prétendus suppliants ne machinaient rien de bon ; il empêcha de bouger tous ceux de ses amis qui étaient tentés de s'approcher de la tour. Alors un déserteur nommé ^Eneas s'offrit k se rendi*e près de Castor; et comme celui-ci criait qu'il vînt aussi quelqu'un pour recevoir l'argent qu'il voulait emporter avec lui, ^Eneas ne mit que plus d'empressement à accourir, sans prendre aucune précaution. Lorsque Castor le vit à portée, il souleva une énorme pierre et la lui lança, mais ^]neas réussit à s'en garer, et la pierre alla blesser un autre soldat qui l'avait suivi. Seulement alors Titus comprit qu'il était joué, et que la cléliience était plus nuisible qu'utile à la guerre. Furieux de s'être laissé duper ainsi, il donna l'ordre de recommencer à faire agir l'hélépole avec toute la force possible. Castor et ses compagnons ressuscites mirent le feu à la tour, au moment où elle allait céder aux coups du bélier, et sautant à travers les llammes dans la chambre souterraine placée à l'étage inférieur, ils inspirèrent de nouveau la plus grande admiration aux Romains qui eurent la simplicité de se figurer que ces fourbes s'étaient pour tout de bon jetés dans le feu*.
On le voit , Titus n'avait pas encore renoncé à son espérance d'entrer par capitulation dans Jérusalem , et il continuait à se laisser prendre aux stratagèmes les plus grossiers, pourvu qu'ils vinssent flatter cette espérance.