‹ Les derniers jours de JérusalemChapitre 58 sur 147 · BelLJud,,S, VII · texte numérisé non relu

BelLJud,,S, VII

avaient habituellement l'avantage. Les Romains déployaient d'autant plus d'ardeur qu'ils se sentaient les plus forts et les plus habiles, et qu'ils comptaient sur une prompte victoire. Chez les Juifs c'était tout à la fois l'audace, la crainte, la patience, mais surtout l'espoir du salut qui animaient les combattants. Ni d'un côté ni de l'autre on ne prenait de relâche; c'étaient chaque jour des sorties, des assauts sans cesse renouvelés ; il n'y avait pas de genre de combat qui ne fût tenté. A peine ceux qui étaient aux prises depuis le point du jour avaient-ils la faculté de prendre quelque repos pendant la nuit, et encore la nuit était-elle plus pénible que le jour, pour les deux partis en présence, parce que les Juifs craignaient sans cesse qu'on ne s'emparât de leurs murailles, et les Romains, qu'on n'envahît leurs retranchements. On attendait donc sous les armes le retour du jour, et l'aube retrouvait tout le monde prêt au combat. Parmi les Juifs régnait une noble émulation ; thacun voulait courir le premier au danger, chacun voulait mériter les éloges des chefs; l'amour et la crainte de Simon tenaient à la fois tous les cœui*s; et ceux auxquels il commandait avaient une telle déférence pour lui, que tous ils se fussent donné la mort, s'il le leur eût ordonné.

Quant aux Romains, l'habitude de la victoire, l'expérience des armes, la discipline et l'illustration du commandement auquel ils étaient soumis, les poussaient à se montrer braves. Mais ce qui surtout doublait leurs forces, c'était la présence de Titus qui était partout, toujours, et près de tous. Chacun eût regardé comme un opprobre de faire preuve de faiblesse pendant que le jeune César était présent à l'action et y prenait part en personne, se faisant ainsi le témoin des belles actions qu'il devait récompenser. Du reste, la plus belle récompense à laquelle aspiraient les hommes de cœur, était d'être connus de lui. Aussi beaucoup des soldats déployaient-ils le plus grand entrain. Un

DE JÉRUSALEM. tV'y

jour, par exemple, que les Juifs étaient rangés en bataille au pied de leurs murailles, et en face des Romains avec lesquels ils échangeaient des nuées de javelots, un certain cavalier nommé I^nginus, s'élançant hors des rangs, vint se jeter avec furie sur les Juifs; il rompit leur ligne et tua deux de leurs plus braves soldats, le premiei*, en le frappant de sa lance au visage, lorsqu'il accourait au-devant de lui, et le second qui fuyait, en lui perçant le flanc du même fer qu'il avait retiré de la blessure du premier. Après ce double exploit, il réussit à se tirer de là, et à regagner la ligne de ses <*()mpagnons. Ce coup d'audace fut naturellement admiré de tous; aussi beaucoup de soldats brûlaient-ils d'envie d'en faire autant.

Les Juifs de leur côté se montraient peu soucieux du (langer, et n'avaient qu'une seule pensée, celle de faire le plus de mal possible à leurs ennemis * . Pour eux, mourir était une joie, s'ils tombaient après avoir tué un Romain. Mais Titus ne se préoccupait pas moins du salut de ses soldats que de la victoire à conquérir. Il ne pouvait dcmc approuver ces actes de témérité individuelle qu'il qualifiait d'imprudences, et auxquels il mit fin par un ordre formel*.

Ce prince avait fait amener l'hélépole contre la tour placée au milieu de la muraille septentrionale, et le battage avait commencé. Dans cette tour qu'avaient abandonnée tous les soldats juifs, chassés par les flèches romaines, ne se trouvait plus qu'un certain Castor, espèce de magicien (àvr^p yoviç), a\et'

1. Voici un très-curieux passage que nous fournit le traité Abboth de. Rabbi-Nathan (C. 6) et qui prouve à la foi* et la misère et la bravoure des assiégés : « Les hommes de Jérusalem mangeaient de la paille ; l'un de ceux qui combattaient sur les murailles dit : Qu'on mo donne cinq dalles et j'enlèverai cinq tètes. On lui assigna cinq dattes, et il rapporta cinij tèles i\o< hommes de Vespasien. »

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