‹ Les derniers jours de JérusalemChapitre 61 sur 147 · Bell. Jud„ V, VIII · texte numérisé non relu

Bell. Jud„ V, VIII

de cette muraille , ou si , usant du droit de la guerre, il eût, une fois entré, dévasté et rasé ce dont il s'était emparé, trèsprobablement la victoire n'eût pas été aussi chèrement achetée. Bercé par son espoir opiniâtre de trouver enfin les Juifs sensibles à ce qu'il n'abusait pas des avantages que la force des armes lui procurait, il renonça à élargir la brèche, et à se faciliter ainsi, comme il l'aurait dû faire, les moyens de retraite, en cas de nécessité. Il se flattait d'ailleurs que les hommes envers lesquels il croyait se montrer bienfaisant, finiraient par éprouver de la répugnance à lui tendre des embûches. Lors donc qu'il eut franchi l'enceinte qu'il venait de forcer, il défendit expressément de passer au fil de l'épée les hommes dont on s'emparerait et de mettre le feu aux maisons. Il alla plus loin encore, car il fit offrir aux. séditieux la faculté de combattre en ménageant les intérêts de la population, et il s'engagea formellement à indemniser les habitants des pertes qu'ils auraient souffertes.

Titus, on le voit, tenait par -dessus tout à conserver la ville a l'empire, et le temple à la ville. Des propositions aussi généreuses trouvèrent d'autant plus facilement de l'écho parmi la population inoffensive, que depuis longtemps elle était disposée à les accepter avec empressement; mais les séditieux ne voulurent voir dans cette humanité du vainqueur qu'un indice de faiblesse. Pour eux, Titus n'offrait de pareilles conditions, que parce qu'il se sentait incapable de se rendre maître du reste de la ville. Ils déclarèrent donc que quiconque serait suspect de trahison serait mis à mort, et ils égorgèrent sur le champ ceux qui se hasardèrent à prononcer le mot de paix. Ceci fait, ils attaquèrent incontinent les Romains qui s'étaient introduits dans la place, de front dans toutes les ruelles, du haut des toits et k revers par l'extérieur même de la muraille, à l'aide de sorties effec-

-isa LES DERNIERS JOURS

tuées par les portes éloignées de la brèche. Cette intervention si peu prévue jeta le trouble parmi les postes qui avaient été chargés de la garde des tours conquises. Ceux-ci se hâtèrent de fuir et de regagner le camp. De tous côlés dans la ville retentissaient les cris des soldats qui se voyaient enveloppés, et au dehors les clameui^s des fuyards, épouvantés du sort probable de ceux qu'ils avaient abandonnés. I^ nombre des combattants juifs ne cessait de s'accroître, et leur connaissance du dédale des ruelles dans lesquelles l'action était engagée, leur donnait un très-grand avantage. Les Romains étaient donc repoussés de partout avec des pertes énormes , malgré leur résistance désespérée. Il n'y avait pas en effet de moyen de montrer de la mollesse, la brèche étant beaucoup trop étroite pour permettre de sortir en nombre à la fois de ce coupe-goriçe. Peu s'en fallut que tous ne périssent dans cette funeste tentative, et les survivants ne durent leur salut qu'à Titus. Celui-ci, garnissant d'archers l'extrémité de toutes les ruelles, et se portant de sa personne partout où la presse était la plus grande, réussit à arrc^ter l'ennemi à coups de flèches. Domitius Sabinus , qui [ne le quittait pas et qui fit preuve de la plus grande bravoure en cette occasion , partagea avec le jeune César tout l'honneur de la journée. Titus ne cessa de repousser les assaillants à coups de flèches, que lorsque tous ses soldats furent hors de danger*.

Ce succès momentané qui venait d'expulser les Romains de la seconde enceinte, aussitôt après qu'ils l'avaient forcée, enfla encore une fois outre mesure l'orgueil des Juifs. A partir de ce moment, ils se crurent invincibles, et ils demeurèrent persuadés que jamais plus l'ennemi n'oserait s'aventurer dans

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la ville. Ils ne comprenaient pas qu'ils n'avaient eu affaire qu'à un détachement relativement faible , et ils ne se préoccupaient en aucune façon de la famine qui les menaçait.

Depuis longtemps déjà les gens paisibles manquaient de tout, et beaucoup avaient péri d'inanition; bien loin de s'en affliger, les séditieux voyaient en cela un avantage réel pour eux ; ils ne tenaient d'ailleurs qu'à l'existence de ceux qui ne voulaient pas entendre parler de paix et qui ne consentaient à vivre que pour guerroyer contre les Romains; tous les autres n'étaient qu'un embarras, qu'un fardeau, que la mort se chargeait chaque jour d'alléger, à leur grande joie. Telles étaient leurs dispositions envers ceux qui étaient enfermés avec eux dans la ville.

Quant aux Romains qui s'efforçaient de franchir de nouveau la brèche qu'ils avaient ouverte, ils les repoussaient avec bravoure, en fermant de leurs corps cette brèche maudite. Pendant trois jours, la défense fut victorieuse, mais le quatrième jour Titus lui-même conduisit contre eux une colonne d'attaque dont ils ne purent soutenir le choc , et ils se virent forcés de reculer jusqu'aux positions qu'ils avaient gardées lors du premier assaut. Cette fois, le prince romain ne perdit pas de temps ; toute la partie septentrionale de la muraille fut immédiatement démolie, et les Juifs durent se réfugier derrière la dernière enceinte. Les tours de toute la portion méridionale furent occupées par des garnisons romaines, et aussitôt Titus s'occupa d'organiser le siège de ce qui lui restait à prendre ^

Une nouvelle date nous est fournie par le récit de Josèphe; constatons -la donc par un tableau analogue aux précédents.

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