Joseph oublie de nous dire en quelle langue
ils ne tremblèrent pas, n'hésitèrent pas, ne reculèrent pas d'une semelle, et se ruant à travers les Romains, ils mirent le feu aux machines. Criblés de traits, serrés de tous les côtés par des pointes d'épée , ils ne songèrent à se soustraire au danger, que lorsque les machines commencèrent à flamber.
A la vue des flammes , les Romains s'élancèrent hors des retranchements de leur camp et coururent au secours de leurs hélépoles; les Juifs, postés sur les murailles, s'efforçaient d'écarter les survenants, et ceux qui étaient descendus engageaient la lutte corps à corps avec eux, sans prendre la peine de s'occuper de leur propre sûreté. Déjà les toits des béliei's étaient embrasés, lorsque les Romains s'efforcèrent de les arracher à l'incendie. Quant aux Juifs, ils les retenaient dans le feu, et, se cramponnant à leurs ferrures brûlantes, ils les maintenaient en place. Des béliers, le feu s'était communiqué aux ag gères eux-mêmes, et son ardeur repoussait ceux qui voulaient s'en approcher. Enfm, les Romains, entourés de brasiers ardents, et n'espérant plus sauver leurs ouvrages , flrent retraite et regagnèrent le camp.
Les Juifs les y poursuivirent l'épée dans les reins; ceux qui garnissaient d'abord les murailles étaient descendus en hâte pour grossir leur nombre, et, exaltés par leur succès du moment, ils chargeaient l'ennemi avec furie. Ils s'avancèrent jusqu'aux retranchements romains et engagèrent le combat avec ceux qui étaient de garde en avant de ces retranchements. Il y a toujours, en effet, sur le front du camp, un poste occupé à tour de rôle par les différents corps de troupe, et le règlement militaire des Romains punit de mort celui qui , pour quelque cause que ce soit, abandonne ce poste. L^ hommes de garde ayant à choisir entre une mort glorieuse et le supplice, n'hésitèrent pas un moment. Ils se défendirent bravement, et beaucoup de fuyards eurent la pudeur de revenir
à leur secours. Amenant en hâte des machines de jet et les plaçant en batterie sur le vallum^ ils s'efforcèrent de repousser la multitude qui sortait de la ville, et qui ne songeait pas à prendre de précautions, en courant à l'attaque; partout où des soldats romains se rencontraient, les Juifs se jetaient sur eux, et, s'enferrant sur les piques de leurs ennemis, ils venaient les heurter de leurs corps, en tombant pour ne plus se relever. En fin de compte, ces malheureux avaient moins d'avantage que d'audace, et c'était bien plus devant celte audace indomptable que devant le danger, que les Romains cédaient du terrain*.
Titus était alors du côté d'Antonia, tout occupé à choisir l'emplacement des nouveaux, aggeres à construire. A la nouvelle de cette attaque furibonde, il accourut en hâte et fit honte aux soldats qui avaient déjà la main sur les murailles de l'ennemi, de s'être laissé attaquer dans leurs propres retranchements, et assiéger par les Juifs qui semblaient sortir d'une véritable prison, pour intervertir les rôles. Mais il ne perdit pas de temps à pérorer, et s'étant mis à la tête de tout ce qu'il put réunir d'hommes d'élite, il déborda les assaillants afin de pouvoir les prendre en flanc. Les Juifs alors, bien que se trouvant entre deux feux, continuèrent la défense la plus opiniâtre. On combattait pêle-mêle , aveuglé par la poussière, poussant des cris assourdissants, et sans qu'il fût pour ainsi dire possible de discerner l'ami de l'ennemi. Les Juifs, à bout de forces, ne tenaient bon que parce qu'ils étaient sans espoir ; les Romains, par amour de la gloire peut-être, mais bien plus certainement parce qu'ils voyaient leur futur empereur partager leurs dangers. Toute la multitude des assaillants eût été probablement prise, si elle