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remplir les devoirs de sa charge. Pichon est party pour ce pais depuis le 1° du présent mois.
Suivant le recensement de l'Isle Saint-Jean, que j'ay vu chez l'Ordonnateur, il y a de défriché, ou bois brülé, propre à être ensemencé en 54, pour dix mille boisseaux de grains. L'on a fauché, le long des rivières, deux mille charretées de foin, estimé vingt quintaux chaque charretée, et dans les prairies de l'intérieur des terres, deux mille quatre cents. Les écrois (1) des bètes à cornes, cette année, montent à trois cents trente veaux...
Les mineurs travaillent à une galerie sous le Cap Noir, afin de pouvoir travailler à couvert l'hiver.
DU MÊME
.. Le chevalier La Noüe a fait à l'Espagnole une sottise des plus grandes. Il s'est amouraché de la fille à Paul Grivois, qu'il a épousée. Pour cet effet, il s'est transporté à Louisbourg, sitôt que tous les bâtiments ont été partis Pour France, pour avoir sa permission. Sur lé refus qu'il luy en a été fait, il a présenté sa démission au Commandant, qui n'a pas voulu l’accepter. Il a demandé à y retourner pour vacquer à des entreprises, ce qu'on luy a permis sous condition qu'il ne seroit plus question de cette inclination, ce qu'il a promis et n'a pas exécuté. Sitôt arrivé à son commandement, il a envoyé au Port Dauphin demander l'aumônier pour des malades; de Coux (2) l'a envoyé; La Nouë luy a dit qu'il estoit libre qu'il venoit d'envoyer sa démission au Commandant, ce qui estoit vray. Si le moine avoit eu un peu de bon sens, il auroit attendu la réponse du Commandant, dont M, de Garsement (3) étoit
(1) Accroissements, (2) Capitaine aux troupes de l'Ile Royale, (3) Id. id,
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porteur ; elle portoit en substance de s'en revenir à Louisbourg, sous peine de désobéissance. Le sieur Garsement avoit ordre, au cas que le chevalier fit quelque difficulté, de l'arrêter; on luy avoit donné, pour cet effet, deux sergents et deux caporaux.
Ils arrivèrent quelques heures trop tard, le mariage étoit célébré. Il est, depuis ce temps, en prison; j'ignore ce que l'on en veut faire.
L'abbé Maillard et Le Loutre, qui sont ycy, ne sont pas
whés de l'aventure, cela leur livre un beau champ de bataille pour chasser les moines (r).
(1) Extrait du registre du greffe du Conseil Supérieur de Louisbourg , du dix-septième jour de février 1753.
« Du 11 février 1754 [mariage] entre Messire Toussaint-Marie de Lanoue, « écuyer, fils de feu Haut et Puissant Seigneur Messire Toussaint-Marie de « Lanoue, chevalier, seigneur de Bogard, La Ville-Korne, Saint-Hermès, « etc,, Conseiller au Parlement de Bretagne, et de Dame Marie-Madeleine « Pressac, père et mère, natif de la paroisse de Quaissois, évêché de Saint- « Brieuc, Commandant pour le Roï à la Baie Espagnole, et Demoiselle « Marguerite Guédry, fille de Paul Guédry et de Noble Dame Anne d'Entre- « mont, natif de la paroisse de Sainte-Croix en la Cadie (sic), évêché de Qué- « bec, habitant à la Baie Espagnole, « L'information contre ce mariage est faite en la maison du nommé Joseph Boutin, habitant de la Baie Espagnole, à l'effet de faire casser ce mariage. »
En marge de cet extrait est écrit: « Cette Marguerite Guédry avoit pour
mère la fille d’une sauvagesse, concubine de Mius d'Entremont, Acadien, » (Rameau de Saint-Père, Une colonie féodale en Amérique , l'Acadie. Tu, p. 376.)
Grivois était le surnom de Paul Guëdry. — Les Mius d'Entremont, barons de Pobonkou en Acadie, appartenaient à une ancienne famille d'origine normande, implantée dans l'Amérique du Nord en 1651,
« Le chevalier La Noûe, — dit encore M, Joubert, dans une lettre du 15 « septembre 1754, -— est passé, par ordre de la Cour, en France, ainsi que « le moine, Il y a ordre de casser le mariage. J'en suis pour trois cents « livres d'effets dont j’avois répondu lorsqu'il fut à l'Espagnole, »
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Du Léchet (1) est aussy en prison pour avoir voulu donner un coup de fusil à un soldat; c'est un crâne que l'on sera obligé de renvoyer...
L'abbé Le Loutre, sans attendre les ordres de la Cour, a fait préparer tous les matériaux nécessaires pour ses abotos, il a même dit que tout estoit rendu sur les lieux, il est ycy pour demander de l'argent et des vivres,
Pichon n'a encore aucun districq, l'on attend des ordres de la Cour pour lemplover, cependant le sieur Bigot luy a fait compter huit cents livres, à ce que le général (2) Le Loutre m'a dit.
L'on m'a envoyé, le 30 avril, à la Baye des Espagnols, pour faire ensemencer les terres. Pour cet effet, l'on m'a donné du bled, du seigle, des pois et de l'avoine, avec vingt quarts de farine pour donner aux habitans qui n'ont plus les vivres; sans ce secours, il auroit été impossible que j'eusse pu exécuter ma mission, J'ay fait mettre en terre cent cinquante boisseaux d'avoine, cinquante de pois, vingt-cinq de bled et six de seigle, dix de fayots et quatre d'orge. Sy tout cela vient à bien, cela fera ouvrir les yeux à des personnes qui ne veulent pas voir clair...
L'on ne s'attendoit pas à avoir pour Gouverneur M. Drucourt (3). L'on a été fort surpris de l'apprendre. Je ne doute pas que ie Gouverneur, sitôt qu'il connaîtra le génie du major de la Place, qu'il ne demande sa retraite. Cet hiver, il avoit envoyé au quartier une plaisante consigne qui
s'accordoit avec ses intérests : il estoit ordonné à l'officier
{1} Enseigne dans le régiment allemand de La Marck en 154%, lieutenant
en 1747, enseigne en pied à lle Royale en 155
(2) Plaisanterie à l'endroit des missionnaires, desquels dépendaient réellement les tribus sauvages.
(3) Le chevalier de Drucour, dernier commandant français de Louisbourg.
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de garde de laisser boire à la cantine les soldats jusques à dix heures et les plus sages toute la nuit. Le Commandant, sur les représentations qui luy en furent faites, dit n'en avoir pas connoissance , elle fut levée, et en fut donnée une autre guère moins ridicule : il fut permis, par ycelle, de laisser boire le soldat jusques à dix heures. Pour moy, qui connois les conséquences de pareils désordres , j'ay ordonné à mes sergents de ne laisser sortir personne des chambres après l'appel ; sy l'on me demande pourquoy, je leur répondray (1)... Bonaventure (2) marque aux deux chefs qu'il s'est semé, cette année, à l'Isle Saint-Jean, huit miile boisseaux de froment; cela me paroit un peu apocryphe. Sy cela est, ils pourront en vendre, cette année, dix-huit à vingt mille boisseaux. L'on compte, à l'Isle Saint-Jean, trois mille âmes, tant grands que petits. L'on donne, à une grande personne, douze boisseaux par an; en les comptant tous sur le même pied, trente-six mille boisseaux feroient leur subsistance. Huit pour un que léur rapportent leurs terres, ils devroient en recueillir soixante-quatre mille boisseaux levés en dix, pour les semences de l'année prochaine; reste dix-huit mille à vendre.
DU MÊME De Louisbourg, ce 12 juillet 1754.
Je profite, avec grand plaisir, d'un second bâtiment qui part en primeur, pour vous témoigner combien je suis sensible et reconnaissant des peines et soins que vous avés pris pour me faire accorder la croix de Saint-Louis.
(1) Les majors de Places avaient un tant pour cent sur le produit des cantines, ils n'avaient donc aucun intérêt à réprimer l'ivresse des hommes, (2) Claude Denis de Bonaventure, major commandant à l'Ile Saint-Jean.
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