MALVERSATIONS
M. des Herbiers, commandant de l'Ile Royale depuis la reprise de possession, ayant demandé à étre relevé de ses fonctions, le ministre choisit, pour le remplacer, le comte de Raymond (1), promu, à cet eflet, au grade de maréchal de camp. M. de Surlaville, qui sortait du corps des Grenadiers de France, où il avait rang de colonel, lui fut adjoint en qualité de major des troupes. L'Æeureux, qui les portait, atteignit Louisbourg le 3 août 1751, au moment où de
(1) Jean-Louis de Raymond, chevalier, seigneur d'Oyé, lieutenant-colonel
du régiment de Verin, puis brigadier en 1747, et maréchal de camp le 1e avril 1751 ; originaire de l'Angoumois,
graves incidents venaient de troubler la paix sur les frontières contestées.
M. de Saint-Ours, commandant français en Acadie, en avait informé celui de l'Ile Royale par les deux dépèches suivantes que M. de Raymond trouva à son arrivée:
Lettres de M. de Saint-Ours de Chaïillon, écrites de Beauséjour en dalte des 30 et 31 Juillet 1751, à M. des Herbiers, et que M. de Raymond a ex oiées au Ministre le 21 Août 1751. ,
. Voici, Monsieur, ce qui s'est passé depuis la dernière lettre ?: que j'ai eu l'honneur de vous écrire. Le g de ce mois, un brigantin anglois venant de Boston, chargé de provisions pour le fort de Beaubassin, fut jetté sur les terres de cette pointe par un coup de vent; les sauvages y furent aussitôt , le capitaine et les matelots se rendirent, et les sauvages pillèrent tout ce qu'ils purent et mirent le feu au bâtiment, et cela, tout près d'un garde-côte qui est naouillé devant Ouescak. Le vent étoit si gros qu'il ne put rien entreprendre que de tirer quelques coups de canon fort inutilement. Le commandant de Beaubassin , qui est à présent M. Hungerford Luttrell, m'écrivit de vouloir bien donner secours au bâtiment naufragé. Je lui répondis sur le champ que je ferois mon possible pour sauver J'équipage qui étoit entre les mains des sauvages, mais que pour le bâtiment et sa cargaison, il étoit im: possible de le sauver du pillage parmi mille ou douze cents sauvages qui étoient campés dans les environs de ce poste. Je lui renvoiai deux Jours après le capitaine et les
matelots.
Hier, les Anglois traversèrent la rivière devant le jour, vis à vis leur fort, au nombre de 150 hommes, pour abattre une levée qui règne le long de la rivière de notre côté, à
les fron-
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is La derrire. Le 9 n, chargé té sur les sauvages rendirent, mirent le te qui est
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écrivit de gé. Je lui ible pour sauvages, étoit 1m uze cents hs de ce ine et les
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l'abri de laquelle les sauvages se cachoient (1) pour tirer sur leurs bâtimens quand ils entroient à Beaubassin, et leur ont souvent tué du monde sur leurs ponts, la rivière étant fort étroite dans cet endroit. J'ai pris le parti d'écrire au Commandant, que je trouvois tort extraordinaire que les troupes vinsent sur nos terres, d'autant que M. Laurents (2) et le chevalier de la Corne (3) étoient convenus que nous resterions tranquilles sur les terres que nous avons l'honneur de garder jusqu'au règlement des limites, que M. de la Jonquière (4) et M. de Cornwallis (5) ont mutuellement donné leurs ordres pour qu'il ne se commit aucun acte d'hostilité de part ni d'autre, et que je ne pouvois lui cacher que s'il arrivoit dorennavant que sestroupes vinsent sur nos terres, je ne pourrois m'empêcher de m'y opposer,
(1) C'est une négligence de la part de Saint-Ours qui n'est pas pardonnable; il auroit dû avoir des postes sur cette digue, ou du moins des patrouilles pour observer les mouvements des Anglois. Indépendamment de l'avantage que les sauvages en tiroient pour incommoder leurs ennemjÿs dans leurs débarquements, c'est qu'eile couvroit contre les débordements de la mer üüe fort grande étendue de terrain bien cultivée et très fertile dont cet évènement vient de nous priver. Au licu de s'amuser aux réprésentations vis à vis de M. Luttrel, il falloit ÿ marcher en force et la rétablir. 11 ne pouvoit pas dire qu'il n'avoit pas assès de monde pour cela, puis qu'il vient de nous apprendre qu'il avoit 1.000 à 1.200 sauvages, non compris les troupes réglées et les Acadiens. Il n'en fit rien, c'est une grande faute, et même d'autant plus grande, qu'il ne la répara point à empêcher les Anglois d'achever de démolir cette digue, ce qu'il devoit néanmoins présumer qu'ils tenteroient, et ce qu'ils ont en effet exécuté,
(Note de M, de Surlaville ; toutes celles qui seront suivies d'un S sont également de lui.)
(2) Lawrence, commandant anglais qui avait fait construire le fort de Beaubassin.
(3) Officier des troupes du Canada, commandant en Acadie,
(4) Gouverneur du Canada,
(6) Gouverneur d'Halifax,
RTS
20 LES DERNIFRS JOURS DEF L'ACADII
et qu'il me forceroit par là à rompre l'union avec laquelle nous avions vécu jusqu'à présent, et lui ai déclaré formellement qu'il seroit seul coupable et responsable de l'infraction aux traités de paix aux quels je ne prétendois déroger, et que je ne prendrois les armes que pour opposer la force à la force. J'attends sa réponse à ce sujet, je pourrai vous l'envoier par la 1° occasion.
Fai pris le parti de renvoier les sauvages de M. Maillard (1) et ceux de M. l'abbé Le Loutre (2), faute de vivres ; ceux du Canada sont partis il v a quelque tems: si l'on ne nous fournit pas abondamment des vivres du Canada, nous sommes fort à plaindre, n'aiant plus de viande pour donner aux familles réfugiées. J'ai engagé M. Le Loutre de partir pour Canada par la rivière Saint-Jean, pour représenter à ces Messieurs les besoins indispensables de ce poste, étant plus au fait de ce pais que tout autre (3).
Les deux forts de Beauséjour et de Gasparau, que j'ai eu ordre de faire faire, sont pr: .que finis (4), à la réserve’ de la
(1-2) Célebres missionnaires.
(3) H y a quelque chose ici qui n’est pas clair, car il dit que, denx jours auparavant, il n'avoit pu préserver du pillage le brigantin anglois contre 1,000 OÙ 1,200 sauvages qui étoient campés dans ces postes, et il dit, à présent, qu'il a pris le parti, faute de subsistance, de renvoier ceux des abbés Le Loutre et Maillard, et que ceux du Canada sont partis depuis quelque tems. Où at-il donc pris ces 1,000 où 1,200 sauvages ? Serail-ce qu'il se seroit déterminé à ne les renvoier qu'après que les Anglois ont démoli la digue Ÿ Cela n'est pas à nnaginer, Au reste, il n'est point étonnant que ce poste manque souvent de vivres par le peu d'ordre qui règne dans leur distribution, 11s'+ fait une consommation iramense et un brigandage où tout le monde trouve son compte. (S.)
(4) Cela n'est pas vrai, car ils ne le sont pas encore, quoiqu'il y ait près de deux ans qu'on n'a pas cessé d'y travailler depuis ce tems-là. La position de Gasparau est autant ridicule qu'inutile; celui de Beauséjour est au:si mal placé et defectuenx à bin d's égards, Ces ouvrages coûtent des
LES DERNIERS JCURS DE L'ACADIE 21 1 ll planche qui me manque pour les logemens. J'ai appris aquelle ; PE FPARPNIPRR + que la frégate La Fidèle étoit à Louisbourg. Je vous ai ormel- æ : ni Le Ste à “nf marqué par ma dernière qu'elle étoit arrivée le 9 juin à ‘infrac-
| la rivière Saint-Jean ; j'aurais souhaité qu'elle füt venue éroger NME ,:
| L | dans cette baie, c'est-à-dire devant la pointe de Beauséjour, a force
| pour faire voir à Messieurs les Anglois (1) qüe nous avons | al VOUS ‘ . . , À ce droit comme eux. Îl est bien triste pour ce pais que | Mail nos limites ne soient pas réglées cette année, cela décou- 4 + AVIAall- s ‘ ‘ , $ FENE il “ta rage l'habitant, et je crains bien que nous ne puissions | vivres, , «5 CA , + , | L pas les soutenir, ce païs étant épuisé en vivres (2): M, de la on ne * : s Er Vallière (3) pourra vous le dire. On me marque de Canada AN4aQa , : . : , ‘ que le bled vaut 4livresle minotet le lard 155. la livre: je suis de pour FRET DES ARR AEENEE RATS Pr CRE k fâché d'avoir été obligé de renvoier ces sauvages, mais la Loutre r représ de ce sommes immenses au Roi, il n'étoit pas de l'intérêt de St-Ours, de Léri (*), ) ni de La Ronde (**), d'y mettre de l'économie, {S.) | l'ai eu G) 1 a raison. Indépendamment du droit que nous établirions, c’est qu'il ; seroit avantageux que Beauséjour reçût tons les vivres par là, On éviteroit , , » r ve’ de la les frais de transport par terre de la Baie Verte à ce poste, qui sont exorbitans ; mais on trouvera toujours bien des difficultés de la part des offi- L ciers de marine, sous prétexte qu'ils ne connoissent point cette baie et qu'ils n'ont pas d’assés bons pilotes pour les ÿ conduire, C'est un grand mal que leux jours leur séjour se compte plutôt par le nombre des campagnes que par leur DIS Contre qualité, car ils cherchent à les rendre les plus courtes qu'ils peuvent, et ils tildit, à sont persuadés et vondroient même persuader les autres , que leur mission ceux des ; est remplie, dès qu'ils ont gagné le port de Louisbourg. (S.) {is depuis F (2) Ine falloit pas garder les habitants de Beauséjour, on devoit les » Serail-ce 4 envoier à l'Isle St-Jean, où ils nous seroient restés, que les limites se nt démoli ‘sa règlent où non, car c'est là l'essentiel, et non quelque portion de terre innnant que al culte et inhahitée, Sion n'avait pas pris ce parti vis-ä-vis de tons les dans leur à Acadiens en général, il étoit du moins avantageux de le prendre vis-à-vis ndage où ce | des réfugiés. (S.) .) D: (3) Capitaine dans les troupes de marine de la colonie, y ait près La posi- LH | L2 LE] 2 . . Le séjour est 4 €) (9 Lieutenant el enseigne en pied aux troupes du Canada. oûteat des $ A FA DEA QE D LE PARC ART TE TO DA EN
disette m'y a contraint ‘1). Aussitôt ce dernier bâtiment de Canada arrivé, je le ferai savoir à la frégatte, afin qu'elle prenne son parti pour sen retourner en France (2,
Il n'est point arrivé de forces à Chihouctou, J'en ai souvent des nouvelles, et les garnisons de Port-Roial, Pejegit et les Mines ne sont composées que de peu de monde, mais ils ont, dans le fort de Beaubassin, 400 hommes de troupes où environ,
Le 25 de ce mois, il m'est déserté 6 soldats des troupes
du Canada, qui ont été au fort de Beaubassin, et je suis
surpris qu'il n'en déserte pas plus souvent, étant si près
les uns des autres (3
31 J'ullet
Nonobstant la lettre que j'ai écrite hier au connnandant de Beaubassin au sujet du passage de ses troupes sur nos terres, cela n'a pas empêché qu'aujourd'hui ils n'aient fait la mème manœuvre, et J'ai fait ce que je lui avois écrit, Je me suis mis en marche avec mes troupes et les Canadiens. Sitôt que nous avons aproché de la rivière qui sépare les terres, ils ont commencé à faire feu de l'artillerie de leurs bâtimens, et d'une batterie qu'ils ont établie sur la pointe de Mezagouëche sur laquelle 11 y avoit un détachement de troupes et un autre sur cette terre avec un pavillon qu'ils y avoient planté. Le peu de monde que
(1) S'il avoit œconomisé, il en auroit eu assés, il pouvoit encor demander à Louisbourg des secours qu'on ne lui auroit pas refusés, {S.)
{(») I ne savoit pas qu'elle devoit hiverner à Louisbourg. {S.)
(3) I S'imagine, apparemment, que la proximité du païs ennemi ou étranger occasionne la désertion: erreur, souvent , à l'armée, les postes se touchent, pour ainsi dire, et quelquefois, de 100,000 hommes, il n'en déserte pas un, Cette maladie ne prend ordinairement au François que
lorsqu'il est désœnvré; qu'on l'oceupe, il n'# songera pas. (S.)
nent de qu'elle
J'en al l Roial ‘ peu ie
0 hom-
iroupes [je suis
tsi pres
inandant sur nos ;, n'aient lui avois es et les vière qui le l'artilat établie
avoit un rre avec
onde que
cor deman- S.) S.) 1 où étrans postes se nes, il n'en rançois que S.)
j'ai, étant au désavantage du terrain dans cet endroit, ne m'a pas permis de les attaquer en forme. J'ai envoié seulement une petite troupe de Canadiens derrière une levée, qui firent feu, sitôt qu'ils furent à portée (1). Les Anglois nous tirèrent plusieurs bombes et plusieurs coups de canon à l'Isle de la Valière où j'étois resté avec mon monde. Voilà, Monsieur, la guerre déclarée dans cette colonie, car je suis résolu de tirer vengeance de l'insulte qu'ils ont fait à la Nation en venant planter un pavillon anglois sur les terres que j'ai l'honneur de garder (2). Vous voiés, Monsieur, que s'il étoit venu une frégatte dans cette baie, elle auroit été d'un grand secours, et je pense que les An-
! glois ne seroient pas si insolens ni audacieux.
SainT-OUuRs.
Ces incidents de frontière, qui venaient compliquer une
| situation déjà fort tendue, semblaient bien le prélude d'une
(1) Si Saint-Ours avoit prévu, comme il le devoit, que les Anglois voudroient continuer de raser celte digne, qu'il eût rassemblé tous les Acadiens et, qu'avec toutes ses forces, il se fût embusqué à la chute du jour derrière toutes les levées qui sont dans cette partie, il auroit, non-seule-
ment empêche cet ouvrage, mais il auroit culbuté, pris où massacré, s'il
? avoit voulu, tout ce que les Anglois auroïent eu en deçà de la rivière, Leur canon leur auroit été inutile pendant la nuit, et les troupes qu'ils
avoient de l'autre côté de la rivière n'auroient pu protéger celles qui étoient du nôtre dans l'obscurité, suriont si on les avoit joint à l'arme blanche sans s'amuser à travailler, Son défaut de prévoiance et de précautions est inexcusable, car il ne fut averti que les Anglois travailloient,
qu'au grand jour, et lorsque la digue étoit rasée. Il n’est pas étonnant
: qu'ils s’étoient attachés à tirer des bombes, c'est leur méthode, ils s'en
servirent à Fontenoi, mais là, comme ici, sans effet, (S.)
(2) Quos ego... mais il n'achera pas, car il avoit l'âme trop bonne, Ce feu fut de peu de durée, car quoiqu'il eût ordre de rétablir la digue, il | n'osa l'entreprendre, ce qui étoit cependant une chose facile et même indis- | pensable, (S.)
guerre nouvelle à laquelle nous n'étions nullement préparés : # Les fortifications — écrit M. de Surlaville, dans des notes rédigées au lendemain de son arrivée à Louisbourg — parurent plus mauvaises qu'on ne s'était imaginé ». La garnison ne valait guère mieux: # Les rangs, — dit-il, en parlant de l'exercice, — étaient mal alignés, et plusieurs soldats ne connoissaient pas même l'usage de leurs fusils, le silence étant d'ailleurs mal observé. On a deffilé sans aucune règle fixe pour les distances, les rangs marchant mal dressés et les armes mal portées : les cheveux point ou mal attachés, l'équipement et l'armement fort en désordre, mal en guëtre, mal en jarretières, mal en col, avec un habillement crasseux et usé. »
Tout était donc à réformer, mais avant d'entreprendre cette tâche ardue, le nouveau major fut, à peine débarqué, envoyé à Halifax, pour, sous prétexte d'aller présenter les compliments du comte de Raymond au gouverneur anglais, se rendre compte de l'état de cette ville naissante et des forces qui s'y trouvaient rassemblées.
Ses observations et les renseignements qu'il put recueillir pendant le cours de cette mission, sont résumés dans le rapport suivant :
ÉTAT OU:SE TROUVE, LE 9 SEPTEMBRE 1751, LA COLONIE ANGLOISI NOUVELLEMENT ÉTABLIE A CHIBOUCTOU,
Le port de Chibouctou est trop connu pour qu'il soit nécessaire d'en donner la description, il suffira de faire voir quel est l'établissement que les Anglois v ont fait, et quels en sont la position, les vües, le commerce et les forces.
Fortifications de l'Isle Georges et ses balteries.
L'Isle Georges, autrement ditte du duc d'Anville, qui
vw
t prépalans des )JOUTY — É ». La it-il, en lusieurs rs fusils.
filé sans 1archant ux point ten déol, avec
eprendre ébarqué, enter les neur annaissante
| recueils dans Île
ANGLOISI
qu'il soit de faire ont fait, merce et
es.
ville, qui
partage le milieu de l'entrée, est défrichée en entier, à la réserve de quelques arbres qu'on a conservés sur le sommet, pour mettre plus à l'abry les vaisseaux qui sont dans le port. On a établi sur son sommet un fort de quatre bastions en pieux, dans lequel est un corps de cazernes. On travaille mollement à la construction d'une batterie à mi-hauteur de l'élévation du terrain, dont quatre pieux sont dirigés sur l'embouchure de la mer, vers le sud, et cinq autres battent le passage fort étroit par où sont obligés d'entrer les gros vaisseaux , et qui se trouve à l'est, entre cette isle et celle de Cornwallis. On en projette une autre supérieure dans le même aspect. L'autre passage, à l'oüest, qui n'est propre que pour de petits bâtimens, est deffendu par deux batteries de huit et de six pièces placées sur le continent, dans le faubourg de sandwich.
Position d'Halifax et ses ouvrages.
On a bâti une ville, sous le nom d'Halifax, au delà et sur la gauche de l'Isle Georges, en entrant, sur la pente d'une hauteur, dans une péninsule , entre la rivière de Sandwich et un ruisseau tirant vers le fond de la baye. Sa figure ressemble assez à un arc dont le port décrit la corde. Cette dernière partie étant défendüe par la mer, est ouverte, le reste est entouré de gros pieux de dix pieds de haut avec double litteau, qui viennent y aboutir des deux côtés. Cinq queues d'hironde de la mème espèce, contenantes chacune un corps de cazernes et distribuées sur tout ce Circuit, le flanquent et se flanquent réciproquement. Ces ouvrages ont quelques pièces de canon. avec plusieurs pierriers sur les avenües qui ne sont point masquées. La partie inférieure de la ville est fort habitée: on na point voulu accorder de concession dans la supé-
né ART
rieure, soit qu'on en destine l'emplacement à des magazins de tout genre, où qu'on veüille un jour, ainsi qu'on d le donne à croire, y construire une citadelle en règle. 1 Quoy qu'il en soit, la position en sera toujours comman- ‘4 | dée, parce que dans le temps qu'on l'a choisie, les alen- 14 tours en étoient si couverts de bois, qu'on n'a pu distinguer les hauteurs qui la dominent.
Nombre des maisons de la Colonie, et à quoy on doit en 0 altribier la quantité.
On compte près de deux mille cinq cents maisons ou baraques, soit dans Halifax, soit dans les deux faubourgs qui s'étendent, l'un vers la rivière de Sandwich, l'autre vers le ruisseau, soit dans le village de Darmouth, qui est de l'autre côté du port, soit enfin dans les environs. On doit en attribüer la quantité à celle des ouvriers de tout métier, venus de la Nouvelle Angleterre, au soin que le Gouvernement a pris de faire rechercher les Palatins qu'on inquiétoit sur leur relision, et de faire faire des recrües de familles, dans la Suisse, l'Irlande et presque tous les pays de l'Europe, et plus encor à la distribution qu'on a fait gratis, de planches et de clous, à tous ceux qui ont voulu bâtir. } k
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Chemins ouverts pour les communications.
On a ouvert des chemins pour communiquer avec ( Port-Royal, les Mines et Beaubassin, en observant de L : distribüer quelques forts dans leur étendüe qui Îles couvrissent contre les sauvages. On a même des courriers établis qui vont et viennent toutes les semaines pour les affaires du Roy et celles des particuliers.
. Troupes réglées et milice bourgeoise.
Il y a une compagnie d'artillerie de cent canonniers
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1s où ourgs ‘autre , qui irons.
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ou bombardiers, quatre autres franches de cent chasseurs ou coureurs de bois (1), et trois régimens d'infanterie d'un bataillon de 700 hommes chacun, scavoir, Cornwallis, Warbreton se) et Lascelles, Les recrües de l'année, au nombre de trois cents, sont arrivées. Ces différentes troupes, qui ne sont point belles, paroissent mal exercées et mal disciplinées ; on en tire deux compagnies pour la garnison de Port-Royal et deux pour l'Isle de Terre-Neuve, dont une dans Plaisance et l'autre dans le fort Saint-Jean. Elles fournissent, en outre, soixante hommes dans un blochousen au fond de la baye, 450 dans les environs de Beaubassin, et divers détachemens pour les postes qui servent à cduvrir les communications, Le nombre des habitans est déjà si considérable, qu'on prétend être en état de mettre plus de 8,000 combattans sous les armes, en les joignant au militaire. C'est ce qui fait qu'on se croit assez fort pour n'avoir pas besoin de fortification régulière, et qu'il suffit de se précautionner contre les surprises des sauvages.
Forces de mer.
Outre les trois frégates de 16 et 14 canons, commandées par les capitaines Rauss et Crass, les trois batteaux montés de 4 et 8 pièces et garnis de pierriers, et les deux de charge attachés à la Colonie, on voit dans le port une frégate de 24 canons qui étoit destinée pour la Nouvelle York, mais qu'on a obligée d'y rester jusqu'à nouvel ordre; M, de Casby la commande, On en attend encor
deux autres qu'on dit étre parties depuis longtemps
d'Angleterre, et des quelles on est d'autant plus inquiet.
(1) Les Coureurs de bois où Rangers formaient des compagnies franches, üurces de la milice; ils se distingnérent par leurs crnautés.
qu'elles doivent apporter des fonds dont on a grand besoin,
Administration de la Justice.
Un conseil souverain composé de douze membres dont le Gouverneur est le chef, et quelques juges de paix décident de toutes les affaires, tant politiques, que civiles et criminelles, Deux églises, l'une anglicane et l'autre
presbitérienne, servent à l'exercice de la religion.
Traitement des nouveaux colons el dépenses de la Cour.
Les tonds de l'année dernière ont monté jusqu'à 120,000 liv. sterlings. Le Roy donne la ration pendant douze mois à tous les nouveaux habitants et un encouragement par ticulier pour les pescheurs, 20 chelins par arpent défriché, et une certaine sonme par boisseau d'avoine, d'autres semences ou foin, que les terres commencent à raporter.
Commerce el pesche.
Le ccmmerce n'est encor que très foible; à peine voiton dans le port 4 ou 6 petits bâtimens marchands, et quelque encouragement qu'on donne aux pescheurs, il n'y a, jusqu'à présent, que 20 goüellettes en état d'aller sur le grand banc, et très peu de chaloupes sur les côtes. Mais comme on est ingénieux à se flatter, on ne doute point d'avoir incessamment une assez grosse pesche pour fournir une partie de l'Espagne et les isles de l'Amérique. de toute la morüe, le hareng et le maquereau dont elles auront besoin. |
Défrichement des terres négligé.
Le soin que l'on a pris d'élever des maisons a fait tort à l'agriculture, on ne voit point, ou du moins, que très
(hi ce
pe
LES DERNIIRS JOURS DE L ACADII 1 | grand | | | peu de teires défrichées, ainsi il faut tirer toutes les sub | sistances des anciens Acadiens ou de la Nouvelle Angleterre, ce qui en augmente le prix et rend l'argent très rare,
embres On espère cependant pouvoir, dans la suite, non seulement
de paix se passer de ces secours, mais porter des farines, des bestiaux et de la volaille dans les Isles du Vent, Ce qu'il
civiles | l'autre y a de certain, c'est que le grain du sol paroît très bon ; mais comme on donne beaucoup moins d'encourage- À ment au défrichement qu'à la pesche, ce dernier objet, Cour, vraysemblablement, absorbera le premier. 120,000 On a établi quatre moulins à scie pour des planches ze mois dans les environs d'Halifax, où lon trouve, méme, des ont par- bois propres à la construction et quelques mâts pour des it défri- frégates de 40 canons. Quoy qu'on ne les croye pas tout >. d'au- à fait aussi bons que ceux de la Nouvelle York, on a nt à ra- déjà mis à l'eau un bâtiment de 400 tonneaux qui est parti pour Londre, Il y a aussi plusieurs carrières dont on prétend avoir des pierres de taille: mais plutôt que de les ouvrir, on a mieux aimé en faire venir de Boston, ne voit- pour construire un magazin à poudre, qui est le seul nds, et édifice qui y soit en maçonnerie, La brique n'y manquera urs, il pas, on en à fait l'essay et elle se trouve très bonne, t d'aller ainsi que quelques plâtrières; il n'en est pas de même s côtes. de la chaux, qu'on est obligé de tirer d'ailleurs. | e doute Mais toutes ces différentes batteries n'ont point vüe 6, POUr sur la rivière de ce nom, ou sont trop éloignées pour en érique. empècher efficacement l'entrée; comme elle est assez nt elles profonde pour recevoir de gros vaisseaux, rien n'empécheroit d'y faire une descente, elle y seroit aisée, tant que sa rive gauche ne sera pas fortifiée, et le chemin de Le là à la place ne seroit que d'un quart de lieüe à percer sant dd dans le bois. Il est à craindre que les Anglois n'en con- A noissent un jour les conséquences et qu'ils n'y remédient, Ë