‹ Les derniers jours de l'Acadie, 1748-1758 [microforme]Chapitre 2 sur 67 · RER AE PEU TA LU VUE · texte numérisé non relu

RER AE PEU TA LU VUE

de plaire. Beaucoup d'hommes, dont l'Histoire n'a pas retenu les noms, souffèrent ainsi, des coulisses de l'Ancien Régime, leurs paroles aux brillants acteurs qui s'agitaient sur la scène; Surlaville fut de ceux-là, avec cette différence, toutefois, que le ministre qui l'employait était un homme supérieur, qui savait stimuler le zèle de ses subordonnés en reconnaissant leurs efforts.

Ces récompenses, pourtant, se faisaient encore trop attendre aux yeux de l'impatient général qui, parfois, se permettait de le reprocher vivement à son ministre. Et ce n'est pas vn des traits de mœurs les moins piquants de cette époque, que la liberté avec laquelle le subordonné adresse ses remontrances au grand seigneur tout puissant. De nos jours, le moindre chef de bureau aurait plus de morgue que M. de Choiseul, et linférieur moins de hardiesse. Jugez plutôt:

« La force de mon attachement pour vous est assuré- « ment à toute épreuve, mais permettez-moy d'avoir l'hon- « neur de vous représenter, Monseigneur, qu'il est bien « humiliant et bien douloureux pour moy de voir M. « d'Ennery (1 qui n'étoit pas encore au service que J'étois « déjà depuis longtemps chevalier de Saint-Louis, qui n'a « pas fait une seule campagne de toute la guerre de 1741, « qui n'a eu le rang de colonel qu'à la fin de 1757, qui n'a « jamais fait aucune action d'éclat, mon cadet de grade de « colonel, de brigadier et de maréchal de camp, et dont « jose dire que les services, les connoissances et les tra- « vaux ne sont comparabies aux miens en aucun genre,

(1) Le comte d'Ennery, sous-lieutenant aux Gardes Françaises, puis colonel réformé à la suite d'un régiment de dragons, brigadier en 1761,

maréchal de camp en 1769,

(Etat militaire, 1765.)

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assurél'honst bien ‘oit M.

J'étois quina e 1741, quin'a rade de et dont les tragenre,

es, puis en 1701,

« obtenir cependant avant moy le cordon rouge (1), après « que j'ai eu l'honneur de vous offrir aussi, Monseigneur, « d'aller au bout du monde si vous le jugiez à propos. « Quelque vive que soit ma juste douleur à cet égard, il « est certain qu'elle n'altèrera en rien l'ardeur de mon zèle « pour vous, mais au nom de Dieu, Monseigneur, daignez « vous mettre un moment à ma place pour sentir toute

(1) La commanderie de Saint-Louis se portait en écharpe comme le grand cordon de la Légion d'honneur ; M, de Surlaville ne l'obtint jamais, malgré une nouvelle demande qu'il fiten ces termes, deux ans plus tard, après avoir achevé sa refonte des règlements militaires :

« I faut que le désir ardent que j'ai de vous plaire ei de mériter vos « bontéS®m'ait donné des forces extraordinaires , car j'ose croire que qui u que ce soit n'edt fait un aussi grand travail en moins de six mois, « Si vous pensés alors que cette continuité de zèle, jointe à la longueur et « à la qualité de mes autres services, peut mériter quelque nouvelle faveur, « permettez moy d'avoir l'honneur de vous demander le premier cordon « rouge vacant,

« Après avoir eu la mortification de m'entendre, daus des chansons infà- « mes, confondre avec vos commis, j'ai besoin de quelque marque éclatante « de votre satisfaction, On ne peut pas se passer de cette décoration quand « on n'a pas l'honneur d'être de la Cour, et qu'on est obligé de résider à sa « suite... Si je n'ai pas eu l'honneur de vous demander plustot cette grâce, « c'est que je savais que vous aviez des engagemens avec M. de Gribeau- « val; mais en même temps que j'ai l'honneur de vous la demander au- « jourd'hui, je vous prie de croire que ce n’est pas par un intérêt sordide, « car j'offre de remettre, si vous le jugez à propos, et les 600 livres de « pension que j'ai sur cet Ordre depuis 1757, en considération de ma « conduite à la bataille d'Hastenbeck , et les mille écus de pension que vous « avés daigné m’accorder en qualité de maréchal de camp qui n'est par-

venu à ce grade qu'à la pointe de l'épée, Si mème ce sacrifice ne suffit

pas, je suis prêt à faire tons les autres que vous exigerés, car l'honneur m'est mille fois plus cher que le reste, »

Qu'il nous soit permis d'adresser ici nos vifs remerciements à M. G. Villers, qui a bien voulu nous communiquer le texte d'une de ces chansons infdmes auxquelles fait allusion plus haut le général, C'est un Noël sati-

rique, de vingt-et-un couplets, composé, dit une annotation du temps, en

hi } p à 20 AUS CADRE LUIOT UT

# l'amertume d'une préférence qui m'humilie aussi cruelle- À “ ment et qui plonge le poignard dans le Cœur de l'homme | ho , « qui vous est le plus attaché. » LL.

Cette lettre, écrite dans le premier mouvement de Hu! ’ désappointement, déplut au ministre qui le fit savoir; 7 Surlaville se hâta de reprendre la plume : ‘ , . ’ « Octobre 1764.

« Monseigneur, È « Je viens d'apprendre que j'ai eu le malheur de vous « « déplaire par ma dernière lettre, et j'en suis au désespoir, ” “ | ; : LS * “ 1764, à l'occasion de la naissance de l'enfant d’un officier commensal, que Lonis XV nomma avec Me de Pompadour, On le chantait sur Flair de: F.* Bourgeois de Chartres », vicille ronde populaire que Longfellow fait à « jouer au ménétrier d'Erangéline. À Mi “ ù # { Ce Noureau Noël débutait ainsi : I « pa:

ae De Jésus, la naissance RL À D Fit grand bruit à la Cour ; ÿ ET Louis, en diligence Fut trouver Pompadour :

Allons voir cet enfant, lui dit-1}, ma mignonne, ‘ Eh non, dit la Marquise au Roi, A Qu'on l'apporte tantôt chez moi : ke de ne vais voir personne, # Il nt | Cependant la nouvelle Gagnant de tous côtés, Le fils de la Pucelle De tous fut visité, D. Ja D'arriver des premiers un chacun se dépêche, Je

Le Roi, la Reine et leurs Enfants S'en vont, tout chargés de présents, L'adorer dans la crèche,

Puis viennent successivement les principaux courlisans qui, pour la

ruelle 3 | «non par rapport à ma fortune dont j'ai toujours fait peu omme Û | de cas, mais parce que j'ai l'honneur de vous étre attaché ne véritablement et d'une manière inconnue à la Cour où

ent de h le cœur n'entre pour rien dans les attachements sur lesavoir ; 4 quels on ne consulte que ses intéréts et l'utilité qu'on croit en tirer. Si cependant, Monseigneur, le repentir le

plus sincère pouvait effacer ma faute, j'ose espérer que

vous daignerez me la pardonner et d'oublier à jamais ce

qui y a donné lieu, car je suis pénétré de la plus vive

e vous 44 douleur de vous avoir déplu. Je n'ai eu garde de manquer

espoir, : (0 à respecter vis-à-vis du public le choix que vous avez | fait de M. d'Ennery. On pourra mème vous dire que J'ai

+ \ saisi toutes les occasions d'en faire voir la justesse, Je UE vous supplie donc, Monseigneur, de vouloir bien me low fait 8 D “rendre vos bontés, mais de me faire la grâce toute entière, Car Je ne puis ètre heureux ni tranquille, qu'après

que Je saurai que vous avez daigné me pardonner. »

plupart, reçoivent au passage un bon conp de griffe du chansonnier anonvine,

Eofin, au 18e couplet :

Un certain Surlaville,

Espèce de cominis,

Se trouvant à la file,

D'un air bas et soumis, Dit: Jésus, vous voilà dans un pauvre équipage Mais je suis né plus indigent,

J'ai fait fortune sans talent,

Ainsi, prenez courage,

Le défilé s'achève par l'arrivée du comte de Saint-Florentin, ministre de la maison au Roï et détenteur des lettres de cachet, Il s'adresse à saint Joseph :

La Cour vous a donné l’'Egypie pour retraile ; Au Roi, cet exil a dépln, Mais la Marquise l'a voulu, pour la Sa volonté soit faite

vis

! $ ‘ h ue

Le duc tint cependant rigueur à son protégé pendant près de deux mois, témoin cette dernivre lettre qui # clôt l'incident » :

« Le 30 novembre 1764.

« Cent mille cordons rouges ne me feroient pas autant * de plaisir que Je viens d'en ressentir en apprenant que vous “ daignez me rendre vos bontés. Mais comme j'ai déja eu # l'honneur de vous le dire par rapport à ma fortune dont je # me soucie très peu que, pour ce qu'il est permis de s'expli-

quer ainsi, de tout l'éclat qui vous environne, je ne suis

attaché qu'à vous: mais je vous supplie d'observer que, « si me plaindre d'un objet entièrement étranger au choix # que vous avez fait de M. d'Ennery pour la Martinique, * c'est le blâmer, je dois être d'autant plus excusable que « Je ne m'en suis plaint qu'à vous seul. Quoi qu'il en soit, « Monseigneur, je n'en ai pas cessé, un seul instant, de m oc- « cuper de la gloire de votre ministère; en conséquence, “ j'ai lu les mémoires des différens inspecteurs ou officiers « généraux concernant la dernière ordonnance de l'exer- « cice de l'infanterie, mais ils ne sont pas d'accord entre “ eux, ils ne le sont pas quelquefois avec moy; quel doit « ètre leur juge et le mien ? J'ai déjà eu l'honneur de vous « représenter plusieurs fois qu'il étoit démontré depuis des « siècles qu'un ministre ne peut avoir assez de temps pour « entrer dans tous ces détails. La force de mon attachement “ pour vous m'oblige donc à vous supplier d'en charger « quelqu'un qui sy connoisse assez pour former un bon

plan de votre ordonnance générale, pour mettre l'ensem- “ ble nécessaire, et pour pouvoir en mettre sous vos yeux #“ le plan général, toutes les fois qu'il sera nécessaire que

# vous donniez une décision. C'est d'après ces principes,

« Monseigneur, que connoissant mon insuffisance, j'ai cru

Tue © :

itant vous à eu nt je xpli- * suis que, hoix ique, > que soit, n OCence, iciers exerentre | doit vous Is des pour ment arger \ bon 15e yeux > que :ipes,

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LES DERNIERS JOURS DE L'ACADIE j

« devoir vous demander l'année dernière à Fontainebleau « quelqu'officier prépondérant, Vous nommâtes M. votre # frère (1) auquel je me livray de toute mon âme. C'est à « moy de respecter les raisons qui vous ont déterminé à “ cesser de l'en charger sans chercher à les approfondir. « Depuis cette époque, il n'y à eu personne chargé de « l'infanterie, et ce n'est que sur mes instances que M, de « Barbançon (2) a été chargé de la cavalerie. Mais ce n'est “« point assez. La totalité est encore en souffrance, et c'est “ ce que Je crois devoir ne pas vous cacher afin que vous # puissiez y remédier si vous le jugez à propos, ou que, du # moins, vous ne vous en preniez pas à moy si votre admi- « nistration militaire n'est pas portée au degré de perfection « dont elle est susceptible. »

Ces trois lettres, prises au hasard dans la Correspondance de M. de Surlaville, indiquent suffisamment quels étaient les rapports de protecteur à protégé et quels services rendait ce dernier.

L'Histoire, on peut le dire surtout dans de cas présent, est un perpétuel recommencement : Eclairé par les défaites de la Guerre de Sept Ans. et poursuivant un projet ébauché par ses prédécesseurs, le duc de Choiïseul] avait résolu de refondre tous nos anciens règlements militaires pour les mettre au niveau des nouvelles tactiques prussiennes. M. de Surlaville fut chargé de cette tâche, il la mena à hien, et ses manuscrits, aux marges couvertes de la grande

1) Le comte de Choiseul-Siainville, Inspecteur commandant le corps des Grenadiers de France, à dater de 1761.

(a) Le marquis de Barbanson , Inspecteur général de la cavalerie et des , dragons à dater de 1754.

(Etat militaire, 1760.)

iQ LES DERNIERS JOURS DE L'ACADIE

écriture hâtive du ministre, sont la minute des divers règlements qui furent promulgués sous son nom. Par ce côté, M, de Surlaville a donc , dans une certaine mesure. préparé l'avenir. C'est, en eflet, grâce à ces règlements, que les vieilles troupes de l'Ancienne Monarchie purent, au début de la Révolution, lutter contre les armées étringères Coalisées et leur arracher la victoire. Pourtant, quelque rapide qu'ait été sa carrière, grâce au ministre qui avait su le distinguer, le général ne parvint jamais à pénétrer dans l'Histoire, et si les dictionnaires sont à peu près muets sur son compte, si sa ville natale, elle-même, a oublié son nom, la faute en fut à son temps et aux circonstances qui ne lui permirent pas de donner toute sa mesure; né soixante ans plus tard, il eut été, sans doute, maréchal de France ou tué.

Quand arriva la Révolution, M. de Surlaville qui, depuis de longues années déjà, vivait dans Ia retraite, n'émigra point. Il n'en fut pas moins, malgré ses quatre-vingts ans, mis au secret chez lui, pendant la Terreur. et ne dut son salut qu'à la chute de Robespierre. Encore, avant de quitter la vie, eut-il la consolation de voir ses règlements appliqués avec succès, nos anciens revers effacés, et les noms de Valmy, Fleurus, Jemmapes et Wattignies, faire oublier Rosbach.

Il mourut à Paris le 18 nivôse, an 1v (8 janvier 1796), et faute d'héritiers directs, sa succession, qui promettait d'être fort importante (environ sept cent mille francs), échut à des parents éloignés: mais la dépréciation des assignats réduisit considérablement cette fortune dont les débris furent presque totalement absorbés par d'interminables procès. Quant aux papiers, que renfermaient une trentaine de cartons, un héritier, ivrogne et besogneux , les déposa

en gage chez un marchand de vin ! Ils en furent. cependant,

ivers ar ce sure ents , rent, trintant, nistre nais à à peu 1ème, X ciruté sa loute,

lepuis migra {ts ans, uit son quitter liqués ms de bublier

96), et d'ètre chut à signats débris nables bntaine léposa

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LES DERNIERS JOURS DE L'ACADIE il |

retirés car, à la mort d'une arrière-cousine , on les vendit au poids dans le vieux coffre étrange.

Après la description du personnage principal, celle de la

| R | scène, Quand, en vertu du traité d'Utrecht, les Anglais se furent | emparés de Terre-Neuve et de l'Acadie, que nous avions | jadis colonisée, Louis XIV ré olut de tirer parti de l'Ile | Royale qui commandait le Saint-Laurent et qu'il s'était réservée par le même traité avec les autres îles situées à l'embouchure du fleuve. Dès cette même année 1713, l'ile

fut visitée pour faire choix d'un port, ce fut Louisbourg.

13 L'année suivante, on le garnit de troupes, et une partie des | IN Acadiens vinrent s'y fixer. D'autres réfugiés s'installèrent | x dans les iles et havres voisins, et Louisbourg, devant servir | V de chef-lieu à ces différents établissements, fut fortifié. | À % Cette place, regardée comme imprenable , n'en retomba cA pas moins, en 1745, au pouvoir des Anglais. Cependant, à k la fin de 1748, le traité d'Aix-la-Chapelle nous la rendit, et f. l'année suivante, M. des Herbiers en reprit possession au

nom de la France. La plupart des anciens habitants réintégrèrent leurs concessions, 1l en vint mème de nouveaux. En abandonnant l'Acadie aux Anglais, le traité de 1713

avait stipulé que les limites de notre colonie seraient réglées par des commissaires des deux nations et, qu'en outre, les Français qui se trouvéraient sur la partie cédée, auraient la faculté de se retirer ou de demeurer chez eux avec le libre exercice de leur religion. La plupart demeurèrent et conservèrent leur culte avec le secours de missionnaires que la France entretint parmi eux , mais il n'y eut point de déli-

nitation de frontière. et les choses demeurèrent en l'état

jusqu'à la paix d'Aix-la-Chapelle, époque où, apparemment pour compenser la perte qu'elle faisait en nous restituant l'Ile Rovale, l'Angleterre voulut fonder de nouveaux établissements en / cadie, et y envoya des colons et des troupes: elle y fit mème, au port de Chibouctou, construire une ville nommée Halifax, C'est alors que M. Cornwallis, le gouverneur anglais, prétendit exiger des anciens Français un serment de fidélité auquel ils n'avaient jamais été assujettis, ce qui détermina un grand nombre de familles à quitter l'Acadie anglaise pour se retirer, soit à l'Ile Royale, soit à l'Ile Saint-Jean ou au Canada. Notre gouvernement, instruit de ces vexations, mit la Cour britannique en demeure de procéder avec lui au règlement des limites. Les commissaires des deux pays se réunirent à Paris, mais ne purent s'accorder . les Anglais réclamant tous les territoires qui s'étendaient depuis la Nouvelle-Angieterre, à partir du fleuve Kinibeki jusqu'au Saint-Laurent; toute la rive droite de ce fleuve, en descendant depuis Québec jusqu'à Canceau, enfin, toutes les côtes depuis Canceau jusqu'à la Nouvelle-Angleterre, y compris celles de la Baie Française. Nos commissaires soutenaient, au contraire, que jamais l'Acadie n'avait eu cette étendue immense , et que ses limites étaient fixées, d'une part à Canceau, qui devait rester français, et de l'autre au Cap de Sable; que c'était là ce que l'article 12 du traité d'Utrecht avait compris sous le nom d'anciennes limites de l'Acadie, et qu'en y joignant

le territoire de Port-Royal, qui avait été également cédé par le mème article, l'Angleterre ne devait avoir qu'environ la moitié de la péninsule communément appelée Acadie. Les deux puissances avaient bien pris l'engagement de ne rien entreprendre sur le territoire contentieux avant le règlement des frontières, mais les Indiens, pendant ce temps, firent une telle chasse aux Anglais, que ces derniers.

LES DERNIERS JOURS DE L ACADIT 13 | pour se protéger, édifierent, en 1750, au fond de la Baie “4 Française, le fort de Beaubassin (ou tort Lawrence), auquel verre nous ripostâmes par la construction des forts de Beauségr jour et de Gaspareuu, situés à peu de distance du premier, a dans la partie la plus étroite de l'isthme :t commandant, hr de la sorte, toute la Presqu'ile Acadienne (1). lis, Cette situation dura dix ans, pendant lesquels ces fron- | 4 tières incertaines furent le théâtre d'incessantes escar- | en mouches, suivies d'une guerre déclarée entre les deux | ss nation. rivales, jusqu'à ce qu'enfin, en 1758, la prise de | yale, Louisbourg, un an avant la chute de Québec, nous arracha, en avec les derniers lambeaux de l'Acadie, les Iles Royale et a " Saint-Jean (2.

re Quelques années plus tard, en 1763, ces désastres furent Rad ratifiés par le traité de Paris qui, pour toujours, priva la eh France des # quelques arpents de neige >, rougie de notre | dé le sang, dont parlait si dédaigneusement Voltaire. — Et c'est uve la l'histoire de ces derniers dix ans de l'Acadie française que bai vont nous raconter, en lettres familières, les glorieux squ'à vaincus des combats suprèmes.

Fran- , que +, t que 48 levait | L'Ile Royale (Cap Breton), a 120 kilomètres sur 180 de l'était | superficie. C'est un pays de grands lacs, montagneux et k SOUS boisé, dont les essences principales sont le sapin, le hètre, gnant le bouleau et l'érable. Son climat est fort sain, bien que cédé viron (1) Cf. Extrait de ce qui s'est passé entre les l'rançais et les Anglais die. sur les frontières de la Nouvelle France et de l'Acudie depuis la paix de nt de 1748. (Appendice), ant le (2) En plus des événements qui se déroulaient en Acadie, la correspondance échangée entre M. de Surlaville et ses amis de l'Ile Royale, menpr be tionne les nouvelles du Canada qui parvénaient à Louishbourg, niers.

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les hivers soient très durs, longs et nébuleux, De grandes brumes y règnent une partie de l'année, L'été, les chaleurs sont assez fortes dans l'intérieur des terres.

Louisbourg avait une population d'environ quatre mille habitants, la plupart pécheurs, Les rues, assez régulières, étaient bordées de maisons de bois: seuls, les édifices publics, tels que casernes, hôpital, couvent, château du gouverneur, étaient construits en pierre.

L'Ile Saint-Jean (ou du Prince Edouard), plus petite, mais beaucoup plus cultivée que la précédente, a aussi un chinat moins rude: les saisons v sont plus tranchées et le ciel moins brumeux; plusieurs belles rivières la traversent,

L'Acadie (Nouvelle Ecosse), est une grande presqu'ile de près de trois cents lieues de côtes, dont les terres sont aussi fertiles que les meilleures de Normandie, et quoique les hivers soient également très froids, l'air est pur et les étés parfois fort chauds. Les quatre saisons v sont beaucoup plus marquées que dans les îles précédentes.

Il serait superflu de s'étendre ici sur les malheurs de ce pays que le poème d'£vaugéline a rendus légendaires, L'exode des Acadiens, victimes de leur dévouement à la France, chassés de leur terre natale et embarqués de force sur la flotte anglaise à la lueur de leurs villages en feu, a été tellement: illustré par Longfeilow, que le souvenir en est immortel. Punis comme traitres à un serment qu'ils n'avaient pas prêté, ils perdirent à la fois deux patries, plus malheureux que les Canadiens qui, eux du moins, purent conserver la nouvelle, Quant à ces lettres, sur leurs feuillets jaunis, passe un reflet de vies anciennes, mélancoliques au delà des mers, désespérées, parfois, jusqu'à la mort; et l'éloignement, si effrayant à cette époque, semble grandir encore l'horreur des obscures tragédies qui se passaient là bas: Montalembert, abandonné, fuit à travers la neige,

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puis disparait, à tout jamais, dans les grands bois de pins; Du Caubet tombe, victime d'un guet-apens, le dos percé de coups d'épée, et l'assassin, que tous désignent, nest pas inquiété, Puis ce sont les unions étranges, nées de l'ennui mortel des postes frontières, ou le retour à la vie primitive de ces enfants perdus qui fait, en peu d'années, de l'officier français, l'égal du chef indien dont il prend le costume. Toutes ces misères des garnisons coloniales s'étalent ainsi, devant nos yeux, vécues au jour le jour, tellement, qu'en n'y prenant pas garde, on pourrait croire, venues par le dernier courrier, ces lettres, pourtant, vieilles d'un

siècle et demi,

Que de rapprochements, d'ailleurs, éveille leur lecture ; quelles suggestions n'amènent-elles pas, qui, par bien des côtés, les font paraitre, non point seulement modernes,

mais encore, actuelles,

Dans un décor pareil à celui-là, Châteaubriand, quelque trente ans plus tard, ira trainer sa tristesse incurable, et Fenimore placera ses héros, frères des Hurons, nos alliés fidèles, qui se paraient avec orgueil, des chevelures blondes # levées » sur les Bostonnais.

Que de héros obscurs tombèrent inutilement pour

essayer de nous garder ces colonies si belles, retardant

seulement, au prix de leur vie, une échéance qu'ils

savalent fatale, et recevant le suprème hommage des An-

glais eux-mêmes, dans leur lenteur craintive à se saisir d'une proie qu'on abandonnait.

La France, bien qu'à demi-ruinée, ne marchandait, pour-

Etant, ni ses hommes, ni son or, mais cet or-là fondait comme la neige du pays auquel il était destiné, s'évaporait en route, disparaissait au fond des poches, et nos remparts } tombaient en ruines.

Commandés par des incapables, administrés par des concussionnaires , décimés par la désertion, cette plaie

ae. ES A

vive des armées de l'Ancien Régime, les mercenaires colo niaux, pour la plupart recrutés dans la lie du peuple, toujours prèts à se révolter, n'étaient maintenus que par une poignée d'officiers qui, jusqu'au bout et sans espoir, luttèrent pour le drapeau, victimes des querelles de la Marine et de la Guerre (1), ces sœurs, ennemies déja, et

non réconciliées. "#)

(1) La lettre suivante, de M, de Surlaville, exprime clairement sou À sentiment à ce sujet :

« Le plus grand service qu'il ait été possible de rendre au Hoy, est le

parti que l'on na pris de ne confier désormais le gouvernement et lu fl « défense des colonies qu'à des officiers généraux et à des troupes de ( « terre nxsès instruiles et assés aguerries pour qu'on ne des attuque pus « impunément, Plus je réfléchis sur le parti que l'on vient de prendre à vet 0 | « égard, plus je suis fortement persuadé que l'administration de cex

« colonies ne peut pas rester plus longtemps dans le Département de lu l, « Marine, puisqu'en effet, le gouvernement des peuples, le progrèx de PA « l'agriculture et du commerce, l'administration de lu justice et ln défense 1 « d'un pays, sont des choses totalement étrangères à la Marine, dont le

« concours n'est nécessaire que pour escorter en Lems de wuerre les diffé. 4 « rens convoys de munitions de toutes espèces, nécessaires à la conservation

« des colonies, Plus ces vérités sont démontrées, plus il est nécessaire de Ni « profiter de l'évènement heureux qui joint aujourd'hui ces deux dépar. 1 « temens sous un ministre qui les régit avec tant de supériorité , pour 7 Lx « réunir l'adiministration des colonies an Département de ln Guerre, 4

comme à un centre dont elle doit être inséparanble, « C'est à vous, Monsieur, comme à l'homme du monde le plus attaché à

Monsieur le duc de Choiseul et au bien du service du Roy, de lui mettre j

« toutes ces choses dans leur véritable jour, ’ de « SURLAVILLE, di « Le 25 janvier, .

« P,-8, — Je dois ajouter que si l'on continue de faire un mauvais

usage des anciennes absurdités du Département de la Marine avec les

nouvelles lumières que Monsieur le duc de Choiseul vient de répandre « sur celui de la Guerre, Abiku ce qui nous reste de nos colonies, »

Gette lettre avait été rédigée pour être mise sous les yeux du ministre, { mais une autre, plus intime, l'accompagnait, où le soldat, remplaçant le E du diplomate, concluait par ces mots ; « Nos colonies sont f.,,,5»

APR APR MON FAR Aer EX ANTAEA TE : 4h AP AOL QE RON UT + SPEPRT A PAPE AT RS

res colo peuple, que par espoir, les de la

déya, et

ment sou

Roy, est le ment et Lu troupes de attmque pus rendre à cet ion de vcex ment de lu progrès de t lu défense ine, dont le te les difté- 'onsérvalion écessaire de leux dépar-

orité, pour lu Guerre,

s attaché à » lui mettre

in Mauvais ne avec les le répandre #, »

u ministre, mplaçant le

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