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: qui s'est passé, avec la relation d'un combat du 9 juillet dernier, à trois lieues du fort Duquesne, qui est situé sur la Belle-Rivière, où nous avons eu, dans cette action, un très heureux succès.
J'ose vous assurer, Monsieur, que pendant que j'ai été employé à Beauséjour, je n'ai rien négligé pour faire connoistre combien notre position étoit mauvaise, et par tous les comptes que j'ai rendus à ce sujet, l'on peut voir que jai prévu de loing le malheur qui nous est arrivé; ma conduitte a toujours prouvé que la seule chose que j'avois à cœur, étoit de tâcher de gontribuer à la sûreté de ce poste contre des voisins jaloux et embitieux, et de remplir mon devoir le mieux qu'il m'a été possible dans les différentes fonctions où l'on m'avoit employé. Si les ouvrages des fortifications que j'étois chargé de conduire (ce que Je n'aurois Jamais souhaité, par la crainte de ne m'en pas assés bien acquitter), n'ont pas été exécutés avec la solidité
et diligence nécessaires, cela n'a pas dépendu de mes peines,
soins et représentation; l'on ne m'a jamais procuré les moyens de les pouvoir faire comme je désirois. Il est malheureux pour moy que leurs succès n'ait pas répondu à : mon zèle, sujet d'autant plus chagrinant, c'est qu'en per- s dent les fruits de mes traveaux dans ce pays là, j'ai perdu l'occa ‘nn de servir à la Belle-Rivierre, où nous avons eu . tout es d'avantages, et les officiers qui y ont servi e flatter d'obtenir, plutôt que d'autres, des grâces | OV, ( | Si j'ai oublié quelques circonstances dans le Journal, elles j ne pouront estre que fort peu importantes ; je répond de la ( fidélité de tout ce que j'ai écrit, et qu'aucun des deffenceurs de Beauséjour puisse dire le contraire, à moins qu'il ne consente à en imposer, comme l'on m'a dit que quelqu'un l'avoit déjà fait, à ce sujet, de la façon la plus grossière,
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EXTRAITS DU # JOURNAL DE BÉAUSÉJOUR Il y avoit longtemps verit le capitaine d'artillerie Jacau de Fiedmont, dans son # Journal » (1) adressé à M. de Surlaville — que nos voisins avoient médité de s'emparer du fort de Beauséjour et des autres postes qui en
dépendent, prétendant que nous nous étions établis dans
le centre de leur province de la Nouvelle-Ecosse.
Dès qu'ils eurent pris les arrangements nécessaires pour l'exécution de leur entreprise, ils firent publier une deffense aux Accadiens habitans des Mines, du Port-Royal et des environs, de sortir de leurs cantons, et leur coupèrent même toute communication avec le fort de Beauséjour ; ils avertirent aussi ceux qui étoient établis et réfugiés de notre côté, que, lorsqu'ils viendroient pour nous chasser du terrain qu'ils prétendent leur appartenir, s'ils prenoient les armes, en se joignant à nous, pour s'opposer à leur dessein, ils seroient traités criminellement comme propres sujets anglois.
Malgré toutes les publications et les autres avertissemens que nous recevions, nous n'en eûmes point d'inquiétude, scachant que l'intelligence et l'union paroissoient régner entre les deux Couronnes, et ayant eu ordre, les années
(1) Ce Journal, dont M, de Fiedmont avait fait copier plusieurs exemplaires, a été publié intégralement, sans nom d'auteur, dans le g° volume de documents appartenant à M, de Nicolaf (papiers Lévis), édités au Canada en 1895, sous la direction de M, l'abbé Casgrain. (Relations et journaux de différentes expéditions faites de 175% à 1960, Pp. 7 à 51.) — Quoique anonyme, il est attribué à Fiedmont, ce que vient confirmer la lettre d'envoi precedente,
Au conseil de guerre qui décida la capilulation de Québec, ce capitaine, qui commandait l'artillerie, fut seul d'avis de résister jusqu'au bout. Montcalm, qui l'avait remarqué, en parle souvent avec éloges. (Cf, Montcalm et Lévis, par M, l'abbé CasGraix, T, I, p. 278).
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précédentes, de nous tenir tranquilles, de part et d'autre, jusqu'à ce qu'on eût déterminé, par la voie de négociation, les limites de cette partie que la Cour avoit àcœur.., On demeura dans une sécurité aussi parfaite que si on eût été au milieu de Paris.
Le à juin 1755, nous sortimes de notre erreur à cinq heures du matin. ” ‘ habitant, établi au Cap Maringoin, qui est situé dans la Baye Françoise, à environ deux heures de la Pointe Beauséjour, vint avertir M. Vergor du Chambon, commandant, qu'une flotte angloise, de près de quarante bâtimens chargés de monde, étoit entrée dans l'anse que forme le cap, pour y attendre le retour de la marée et entrer dans Beaubassin,
M. le commandant ne doutant plus du dessein des Anglois, dépécha des courriers pour Québec, la Rivière Saint-Jean, Louisbourg et l'Isle Saint-Jean , pour demander du secours, et aux rivières dépendantes de ce poste et les environs, pour faire venir les habitants au fort... avec ordre de prendre les armes et de faire feu sur les Anglois au moment qu'ils tenteroient de passer sur les terres du Roy ou d'attaquer notre fort.
À 5 heures et demie après midy, l'on vit paroître la flotte ennemie... Leurs troupes débarquèrent sur les 6 heures du soir...
Le 6, — continue M. de Fiedmont, après avoir exposé les préparatifs de défense et raconté plusieurs escarmouches, — on fit le recensement des habitans, qui ne se montaient qu'à 220 hommes, au lieu de 600 sur lesquels on comptoit. On les distribua sur les différents ouvrages avec des officiers pour les contenir.
On envoya M. de Boucherville (1) avec huit habitans,
(1) Boucher de Boucherville, cadet faisant fonction d'officier.
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pour faire venir ceux qui étoient dans leurs maisons... ‘Il! revint au fort seulement avec deux hommes let} rendit compte au commandant que les habitans, qu'il avoit été chercher, n'avoient pas voulu venir; qu'ils avoient mis les armes bas et jetté leurs munitions, disant qu'ils ne vouloient pas courir le risque d'être pendus, comme les Anglois les en avoient menacés, s'ils prennoient les armes contre eux... et, à la réserve de quelques bons sujets qui demeurèrent sur les ouvrages, tout le reste disparut comme une fumée... Le soir, arriva un détachement de 16 habitans de l'Isle Saint-Jean, sans armes, conduits par M. Pomeroy (1), que M. de Villejoint, qui y commandoit, envoya,
M. l'abbé Le Loutre, missionnaire des Accadiens et sauvages, les encouragea le plus qu'il put. fl excitoit les habitans au travail, et les sauvages à inquiéter les ennemis et à tâcher de faire quelque prisonnier.
Un habitant, nommé Beausoleil (2), qui passoit pour un des plus braves des Acadiens et des plus entreprenants, promit à ce missionnaire qu'il alloit faire son possible pour faire quelque prisonnier...
Le 8, dès le matin, Beausoleil rentra dans le fort pour avertir qu'il avoit pris un officier anglois que ses gens
(1) Enseigne en pied.
(2) Noël Brossard, dit Beausoleil, père de dix enfant: ; en perdit huit, ainsi que sa femme et sa mère, pendant leur fuite dans es bois, l'hiver qui suivit la prise de Louisbourg. Dès lors, il fit aux Anglais une guerre sans merci, marquant d'une entaille sur la crosse de son fusil chaque
ennemi qu’il abattait. Proposé pour le grade d’officier par M, de Vaudreuil,
il fut, en 1760, coupé en deux par un boulet, en servant une pièce. M. l'abbé Casgrain lui a consacré une notice dans son intéressant ouvrage intitulé : Un pêlerinage au pays d'Evaryéline, -— Sa tête avait été mise à prix en 1747, (Du mème auteur, Une seconde Acadie, p. 196).
amenoient, qu'ils faisoient un grand circuit par les bois
pour éviter la rencontre de quelque détachement ennemi... ‘ L'on vit, peu de temps après, notre petit détachement avec le prisonnier, qui venoit du côté du marais... On le reçut é avec beaucoup d'égard et de politesse, et on le laissa libre l sur sa parole. Il obtint méme de notre commandant la per- Y mis: ion d'écrire au sien; M. Vergor luy écrivit aussi pour f l'asseurer qu'il procureroit à cet officier... tous les agré- f mens qu'il pourroit... I Le-13, à la pointe du jour, on apperceut qu'ils [les An- p glais] travaillaient à former leur première parallèle à 450 L: toises de nos palissades.., [ls commencèrent à tirer des q bombes de 7 à 8 pouces, à 6, à 7 heures du matin... Sur nl les 10 heures, vingt sauvages Abenaquis arrivèrent, ils p chantèrent la guerre et promirent de faire des prisonniers... d Le 14...,je représentai au commandant que le souterrain C où l'on avoit mis l'officier anglois et quelque autre per- 0 sonne qu'on ne vouloit point exposer, pouvoit être enfoncé dé par les nouvelles bombes que les ennemis nous jettoient ; ve qu'il étoit nécessaire de changer cet officier d'endroit, pour pi qu'il ne lui arrivât aucun accident, ce que le commandant cc à voulut faire; mais il luy demanda en grâce de rester dans | le même endroit, disant qu'il seroit moins en sécurité s'il ct | étoit à la tranchée. On le laissa ; d'ailleurs, presque tout le le monde considéroit le souterrain comme le plus capable ta de résister à la violence du choc des bombes... | A 10 heures [du soi}, le commandant reçut une lettre d( | du gouverneur de Louisbourg, en réponse de celle qu'il où | luy avoit écrit pour luy demander du secours. Le gouver- of neur lui marquoit qu'il ne pouvoit pas luy en envoyer. at On en avoit flatté les habitans qui croyoient ne pouvoir vi s'en passer. Pour surcroit de malheur, cette mauvaise nou- de
velle transpira presque aussitôt parmi eux ; la plus grande lu
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partie résolut de nous abandonner, et l'on s'apperçut mème que quatre-vingt disparurent..,
Le 15, il nous déserta un soldat; on ne deut point en étre surpris, l'ayant fait sortir de prison où il étoit depuis longtemps, pour être coupable de viol et d'autres mauvaises actions. Les Accadiens ne s'occupoient plus qu'à prendre des précautions pour se garantir des bombes et se fourrer dans les cazemattes, quoiqu'il n'y en eût eu qu'un des leurs de tué dans cette journée. Cela occasionna du tumuite parmi eux. Les principaux et lés plus considérés portèrent la parole pour tous les autres et représentèrent que, puisqu'ils n'avoient point espoir de secours, il n'y avoit plus moyen de résister à tant de forces, et qu'ils ne vouloient pas se sacrifier inutilement... On prétend même qu'ils dirent quelque chose de plus; ce qui donna lieu à un conseil de guerre où 1l fut délibéré qu'il seroit publié une ordonnance à ces habitans, par laquelle il leur étoit deffendu de faire des semblables propositions ou de vouloir abandonner le fort, sous peine d'être passés par les armes, et outre cela, d'avoir leurs biens et terres confisqués...
Du 15 au 16, on entendit, pendant la nuit, quelques décharges de mousqueterie. On ne douta point que ce ne fût les sauvages Abenaquis, avec quelques Accadiens, qui attaquoient quelque garde avancée du camp...
Le 16, ils nous Jetterent des bombes sur les 9 heures, dont il y en eut une qui enfonça positivement le souterrain où étoit l'officier anglois prisonnier, Il y fut tué avec un officier de la garnison et deux autres personnes... Ce coup augmenta le désordre qui étoit dans la Place. Les habitans vinrent trouver en foule M. le commandant, pour demander à capituler, disant que si on étoit contraire à la résolution qu'ils avoient prise à ce sujet, ils ne respecteroient
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