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plus la garnison dont ils ne craignoient point les menaces, qu'ils tourneroient leurs armes contre les officiers et les troupes, et livreroient le fort aux Anglois. J'étois sur la batterie, et je ne fus point témoin de ce tumulte.
Le commandant fit assembler les officiers pour prendre un parti convenable à l'état où il se trouvoit., II me demanda, pour lors, si le souterrain où étoient les poudres étoit à l'abry des grosses bombes, je luy dis qu'oui..., qu'une des plus grosses bombes que les ennemis pourroient avoir, ne pourroit l’enfoncer, si par hazard il en tomboit dessus, mais que.si on ne réparoit les dommages qu'elle pourroit faire, je n'en répondois point, s'il en tomboit une autre directement au même endroit.
Il y a lieu de croire que toute l'assemblée ayant veu que le souterrain, que l’on prétendoit être le plus capable de résister aux bombes, avoit été enfoncé, pensoit que celuy où étoient les poudres, étoit encore bien moins à l'abry, et que si Je me trouvois en contradiction avec eux, c'étoit par entétement et que je pensois comme eux. Il est vray que si cela eût été, je n'aurois pas parlé autrement.
Suit la délibération d'un conseil de guerre qui décide l'envoi d'un officier au camp anglais pour offrir de capituler, ce qui fut accepté aux conditions suivantes :
1° M. le Commandant, Etat Major et autres employés pour le Roy et la garnison de Beauséjour, sortiront avec armes, bagage, tambour battant.
2° La garnison sera envoyée directement à Louisbourg, aux dépends du Roy de la Grande-Bretagne.
3° La garnison aura des provisions suffisantes jusqu'à Louisbourg,.
4° Pour les Accadiens, comme ils ont été forcés de
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prendre les armes sous peine de la vie, ils seront pardonnés pour le parti qu'ils viennent de prendre (1).
s° Dernièrement, la garnison ne portera point les armes en Amérique pendant le terme de six mois...
M. le Commandant, les officiers et la garnison, siynèrent la capitulation, le 16 juin 1755.
Les Anglois prirent possession du fort... à 7 heures et demie du soir. Leurs troupes passèrent la nuit sous les armes et ne touchèrent point aux marchandises et eflets du Roy, répandus dans la Placé, tous les bâtimens étant razés. Mais lorsqu'ils virent piller :4s propres gens, les officiers anglois ne purent en empécher les leurs. Ils en mirent cependant une pa. ie en seureté. Notre garnison en sortit le lendemain, pour s'embirquer sur des bâtimens de transport, pour aller à Louisbourg.
Le commandant anglois écrivit à celluy de Gasparaux (2), situé dans la Baye Verte, pour lui offrir, et à sa garnison, qui étoit composée de vingt hommes, les conditions accordées au commandant de Beauséjour, ce qui fut accepté, par le défaut de refflection.
Nous eûmes deux de nos plus gros canons de fendus, dont l'un l'étoit depuis la bouche, jusqu'à la distance d'environ 6 pouces des tourillons, et l'autre depuis la bouche, jusqu'à la moitié de la volée. Ces pièces étoient tirées fort souvent inutilement, malgré que j'étois attentif à économiser les munitions, mais les canoniers recevoient les ordres de tirer. Les canons étoient aussi fort mangés de rouille, qui ronge et en fait écailler l'âme, et diminuer la
(1) Les Anglais méconnurent odieusement cet article de la capitulation. La prise de Beauséjour fut le point de départ des persécutions dont le souvenir inspira à Longfellow le poème d'Evangéline.
(2) Rouer de Villeray, capitaine aux troupes de l'Ile Royale,
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force du métail. Nous n'avons pas peu scavoir à combien s'est montée la perte des Anglois, On sçut seulement qu'un de leurs ingénieurs avoit eu une cuisse coupée d'un boulet de canon, en traçant leurs lignes, et que deux de leurs mortiers avoient été cassés par notre canon...
Voilà, à peu près, ce qui s'est passé da 3 l'attaque de ce malheureux poste... Le courage 4 ne suffit pas dans les actions de detfensive ; elles demandent de l'intelligence, des peines, des soins et des fatigues continuelles, et plus d'adresse et d'intrépidité que dans la guerre offensive ; et l'on doit toujours se trouver extrémement malheureux d'être obligé de céder à son ennemi, après avoir fait tout ce que l'on a peu pour luy résister. Tout ce qui peut consoler celluy qui aime son métier, c'est qu'il acquiert toujours de l'expérience et se met en état de mieux faire dans d'autres occasions. Ce sont là mes espérances.
M. JOUBERT A M. DE SURLA VILLE (Sans date.)
L'événement a justifié nos observations. Ils nous ont prévenu, et par conséquent, chassé de la Cadie (sr). Sept bombes qui sont tombées dans le fort de Beauséjour , a obligé le sieur Vergore à capituler. Il est sorti avec les honneurs de la guerre, aux conditions de ne servir de six mais. Le sieur Villeray a imité la défense de son commandant, il a rendu le fort de Gaspareau aux mêmes conditions, sans attendre que l'on luy fit l'honneur de l’attaquer. Sy le sieur Vergore avoit raisonné en homme de guerre, son fort n'estant pas en état de résister jJusques à ce qu'il eût du secours, il auroit dû le brûler et se retirer, ce qui luy étoit aisé, puisque l'ennemy ne l’avoit pas bloqué. Il a seulement tenu trois jours, pendant lesquels il a perdu deux officiers et quatre soldats. N'ouvrira-t-on jamais les
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yeux sur de tels officiers ? L'intérest particulier l'emportera til toujours sur le général ? Ce fort, tout mauvais qu'il estoit, auroit pu tenir quelque temps. Les troupes qui l'attaquoient estoient composées de la garnison de leurs forts de Beauséjour (1), et le reste de milice que l'on fait monter à deux mille hommes. Ils ont passé la Mesagoueche, près du Pont-à-Buot ; ils n'ont pas tiré contre le fort aucun coup de canon, ny fuzil ; les effets du Roy ont été mis au pillage ; l'on n'a fait, en rendant le fort, aucun inventaire. Pichon est resté, dit-on, à l'Acadie, pour en prendre un état, de la part des Anglais. Je le souhaite, sy cela peut le mener à quelque chose. L'on n'a aucune nouvelle de luy. Les troupes de l'Acadie ont été conduites, par la Bayë Française, à Louisbourg.
Il s'est brülé, l'hiver dernier, pour cent trente mille livres de bois. N'y a-t-il pas là de quoy brüler le sang de tout bon citoyen qui entend parler de pareille consommation, pour ne pas dire friponnerie.
Vous devés scavoir à présent la prise de l'A/cide et du Lis, avec huit compagnies d'infanterie, dont deux de grenadiers et trois ingénieurs, que je pense què M. Dieskau (2) trouvera sûrement à redire, 8y l'expédition du fort de Choagin a lieu, comme les nouvelles du Canada l'assurent. Les Anglais, qui s'y attendent, travaillent vivement à le fortifier. Ils ont transporté sur le lac, au bord duquel est ce fort, deux petites frégates de dix canons pour inquiéter nos convoys. L'on a envoyé des troupes à la Belle Rivière
(1) Plutôt: Beaubassin,
(2) Le baron de Dieskau, licutenant-colonel d’un régiment allemand, puis brigadier en 1748 et maréchal de camp en 1755, époque où il commandait nos troupes du Canada, Il fut fait commandeur de l'Ordre du Mérite Militaire en 1759 et lieutenant général en 1762.