‹ Les derniers jours de l'Acadie, 1748-1758 [microforme]Chapitre 37 sur 67 · M. DES BOURBES À M, DE SURLA VILLE · texte numérisé non relu

M. DES BOURBES À M, DE SURLA VILLE

A Louisbourg, ce 8 janvier 1756.

Nous n'avons point eu de nouvelles de Canada depuis

celles que je vous ay mandées : nous en attendons tous les jours, ‘par! un des Gautier, de l'Isle Saint-Jean, qui doit en revenir par terre.

Il hyverne plusieurs vessaux de guerre anglais à Chibouctou; nous n'en scavons point le nombre, on ménage un peu trop l'argent du Roy dans de pareilles circonstances.

Les régiments d'Arlois et Bourgogne vivent toujours froidement avec notre Ordonnateur ; ils sont pourtant un peu revenus de leurs tracasseries; ils n'ont point été le saluer en corps dans leurs visites du jour de l'an : les commandans de ces bataillons ne vont point chez juy, il n°v a que quelques officiers d'Arfois. Ces deux bataillons coùtent au Roy, pour les six premiers mois de leur résidence iCY, 242,000 livres, sans v comprendre leurs vivres. La pêche de la morue n'a monté cette année qu'à 72,000 quinteaux, La diminution du commerce anglais, par comparaison de l'année 1744, est de près d’un million et demy.

Si nous avons la guerre, souvenés-vous de moy, cher cousin; vous scavés combien le séjour de l'Isle Royalle est disgratieux, mais j'ose vous assurer que vous le scavés moins que moy ; vous y étiés commandant, j y suis subalterne ; ne dépendant que de vous seul, vous pouviés vous passer de tout le monde ; je dépens de plusieurs personnes ; vous y aviés des amis, ou tout du moins, en s'eflorçant de vous plaire, ils en avoient les dehors; pour moy, incapable de rendre aucuns services, je n'ay d'amis qu'autant que je les puis paier; membre inutile pour des sociétés où l'on ne scait que jouer, je ne suis point recherché, puisque Je ne veux ni ne puis jouer; Je ne sors que pour faire ma cour ; je ne trouve partout que des tables de jeu ; j'en examine un instant les acteurs; je m'assois dans un fauteuil, j'y reste par bienséance, je m'y ennuie par politesse; je sors après n'avoir contribué à la conversation que par un

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oui ou un non; mes livres, qui ne devroient faire que mon occupation, font indispensablement mes plaisirs, trop heureux encore d'aimer l'étude. ‘Voilà, cher cousin, un précis de ma vie.

Si nous avons la paix, que vous ne trouvassiez point jour à me placer, et qu'une lieutenance de cavalerie ne vallüt que 3,000 livres, trouveriés-vous mauvais que je sacriffiasse une partie de ma légitime pour en achepter une ? C'est, je crois, le seul état où je peux me soutenir avec le peu de bien que j'ay... Si le vessau de M. Jo: vert revient des Isles, je compte sur près de 1,200 livres...

L'occasion dont je me sers est le dernier bâtiment qui reste icy pour France. Vous ne trouverés rien d'interressant dans ma lettre concernant ce pais: Arcana non ausim commitiere chartæ, par la raison que haud secura occasio.

Je suis très content de M. Prévôt; il m'a toujours paru porté à me rendre service ; il doit mème parler à M. Drucourt pour me faire faire comme garson major de la trouppe, sans l'être de la Place ; il peut tout...

M. JOUBERT À M. DE SURLAVILLE Ce 15 avril 1756.

Je profite, avec grand plaisir, du départ de la flûte /e Rhinocéros, pour vous donner des nouvelles de nos contrées. Le Rhinocéros est arrivé le 26 mars, chargé de vivres, commandé par le s' Lelarge, qui n'a mis qu'un mois dans sa traversée. Nous sommes aussy avancés sur les nouvelles de la paix ou de la guerre que l'automne dernier. Nos chefs n'ont point reçu, par cette flûte, de lettres de la Cour, sans doute qu'elles leur seront apportées par une escadre.

Nous n'avons, jusques à présent, vu qu'un vaisseau

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