‹ Les derniers jours de l'Acadie, 1748-1758 [microforme]Chapitre 57 sur 67 · JOUBERT · texte numérisé non relu

JOUBERT

M, DE LA BOULARDERIE A M, DE SURLA VILLE Monsieur et cher Colonel,

.. J'ay l'honneur de vous envoyer le détail de mes ser-

(1) M, de Surlaville,

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vices, que M. le comte de Raymond in'a demandé ; je vous seray obligé de les faire lire à M, de Crémille (1)...

Estat de mes services, trente-deux ans en différends emplovs

En sortant d'estre page de son Altesse Royalle, en 1724, le 1° de janvier, j'entray lieutenant dans le régiment de Richelieu, je restay sept ans dans cet employ, ensuitte je fus pourvu d'une compagnie dans le dit régiment, que J'exploitay pendant neuf ans; j'ai fait les campagnes de Kel , de Phihsbourg, Clauzen. La paix estant faitte, au bout de dix-huit mois, par un renversement de fortune, je vendis ma compagnie ; l'année d'après, mon père estant décédé, à qui le Roy accorda, de son vivant, le commandement dans ses terres et concessions, Sa Majesté jugea à propos de m'accorder les mesmes prérogatives. En conséquence, je vendis une maison, à Paris, qui estoit ma dernière ressource, je repassay à l'Isle Royalle, j'emmenay des laboureurs de Normandie, des ouvriers, et touttes les ustènciles nécessaire pour la culture des terres. J'ay eu à mon service vingt-cinq personnes, pendant huit ans, qui me battirent une fort belle maison, grange, écurie, laitterie, colombier, four, moulin à vent, moulin à eau pour moudre le bled, vint-cinq vaches, six bœufs, six juments, cinquante brebis, un étalon; voilà, au sceu de tout le monde, l'état de mon bien, quand, par le sort de la guerre, j'ay tout perdu ; de plus, j'avois des terres en valeur qui produisoient de beau bled et des légumes comme en Europe; de plus, J'ay fait venir des arbres fruittiers de France, qui ont bien réussy, j'en ay plus de mille pieds et un herbier botaniste qui est assez rare. Il n'y avoit que six mois que

(1) Lieutenant général sous les ordres duquel M, de Surlaville servait à cette époque,

tous mes ouvrages eétoient dans leurs perfections et que jespérois mener une vie douce dans ma charmante retraitte, le Roy déclare la guerre aux Anglais, M. Duquesné, pour lors notre gouverneur, décida qu'il falloit enlever le fort de Cançau, il me pria d'estre de l'expédition; les officiers qui en estoient chargés n'avoient aucune expérience, n'ayant jamais servy en temps de guerre. Je fus charmé de la proposition, je marchay, le fort se rendit, la garnison fut faitte prisonnierre de guerre pendant un an. L'année d'après, estant dans ma terre, J'appris que Louisbourg estoit bloqué par mer par une flotte anglaise. Je partis de chés moy en chaloupe, il y a quatorze lieues pour se rendre à Louisbourg ; je passay au milieu de la flotte ennemie et me rendis dans la Place ; trois jours après, les ennemis firent plusieurs mouvements dans leurs flottes, qui estoit dans le haut le Gabarus, distant de Louisbourg d'une lieue et demie; je priay le commandant de me donner un détachement pour m'aller embusquer dans le bois vis-à-vis, où je me douttois qu'ils vouloient faire leur descente, l'on ne fit pas grand cas de ma demande. Deux heures se passèrent en pourparlé et rien n'alloit au bien de la chose, l'on vit beaucoup de barques jetter du monde à terre. Pour lors, je dis qu'il estoit honteux de ne pas aller charger ces gens au débarquement, qu'il falloit prendre la moittié de la garnison, que Je respondois sur ma teste de la réussitte; nous avions tous les avantages pour nous, il y a toujours de la confusion dans les descentes, de plus, il faisoit froid et ces gens étoient mal habillés et très mouillés, encore plus mal armés et avoient grand peur, ce n'estoit que des misérables, nous avions des bois à une demi portée de pistolet. Je ne fus point encore

. écoutté ; à la fin, l'on revint de cette léthargie, le comiman-

dant me dit de former un détachement de quatre-vingts

et que te reuesné, ver le n; les expé- Je fus idit, la un an.

Louisise. Je lieues 1 de la après, flottes, sbourg de mé ans le t faire mande.

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hommes, moitié soldats et miliciens, aucun officier de la garnison ne demanda à marcher, le sieur Morpain, capitaine de port, se mit à la teste du détachement avec moy. Pour lors, je n'avois aucun employ dans ces troupes. L'on nous donna ordre de repousser les ennemis. À peine étions nous à une portée de canon de la Place, qu'il y avoit plus de quinze cents hommes des ennemis à terre et qui se formoient en descendant. Je dis au sieur Morpain qu'il étoit inutile d'aller attaquer une troupe si superrieure, que l'on avoit manqué le coup et que l'on ne pourroit plus empécher les Anglois de faire le siège de Louisbourg, que si l'on m'avoit donné le détachement quatre heures auparavant, je les aurois prévenus et je leurs aurois donné de la besogne. — N'importe, me dit Morpain, marchons.

À peine avions nous fait une demie lieue, au lieu de marcher dans les bois, nous marchions en file à découvert, les vaisseaux des Anglois étoient embossés, et du bord qu'ils nous apperceurent, nous saluèrent de leur artillerie. Le sieur Morpain dit à la troupe : — Prenez quinze pas d'intervalle pour éviter ce feu. Je luy repondis que ce n'étoit pas marcher en ordre, et que si il vouloit me laisser faire, je le tirerois d'embarras. Mon dessein, voyant les ennemis qui s'avançoient, étoit de faire quatre pelottons de la troupe, se communiquant ; ainsy J'aurois fait un feu continuel de vingt coups de fusil, le pelotton de vingt hommes qui auroit fait sa décharge à droite et à gauche, à la teste pour recharger ; j'aurois assuré la retraitte avec des pareils ennemis ; nous n'avions que douze soldats françois qui nous eussent suivis. Je luy dis pour la dernière fois: — Faites faire halte à la troupe pour la rassembler; vous ne scavez pas le service de terre, comme je ne scay pas celui de mer ; il est encore temps, vous voilà à portée de fusil des ennemis ; par la manœuvre que je feray, nous ferons

une retraitte honorable et nous ne tomberons point entre les mains de cette moraille ! Il ne répondit rien, marcha, et je le suivis jusqu'à ce qu'il se trouva arresté dans un fond que les ennemis entouroient, L'on nous fit un feu violent, la teste lui tourna. [1 me dit de soutenir autant que je pouvois, et qu'il allait rassembler le détachement pour venir me dégager. Dans ce moment, outré, je luy dis: — Morpain, vous avez fait une sottise, il est inutile de s'enfuir en désordre, c'est se déshonorer ; la place où nous sommes, c'est notre tombeau. Il persista à s'en aller, et eut la barbarie de crier: -— Sauve qui peut! Son nègre le porta, le traisna, le cacha sous des feuilles et le sauva. En reconnaissance de ce service, il Juy donna la liberté et ne rentra que trois jours après dans la Place, par un effet du l «sard. J'estois donc resté seul avec mes douze braves soldats; je me rettiray quelques pas pour quitter le front des ennemis, je tirois à bout portant derrière les arbres, ils m'entourèrent, me tuèrent sept soldats, blessèrent les cinq autres qui eurent le bonheur de se rendre à la Place ; me voyant seul, sans aucune espérance de secours, je me jettay le sabre à la main au milieu des ennemis, où je fus blessé de deux coups de feu, et pris prisonnier, constaté par le certificat que j'ay l'honneur de vous süvoyer. Ils me gardèrent quarante jours dans leur flotte ; la veille que la ville se rendit, ils m'envoyèrent à Eoston, à deux cent lieues de Louisbourg. J'y séjournay trois mois, où le gouvernement anglois ayant pris confiance en moy, me donna le distric de tous les François. J'allay dans différentes contrées pour les assembler, ensuitte je les fis embarquer sur sept bâtiments et nous nous rendimes en France en différends ports.

Je m'embarquay ensuite dans un vaisseau fretté par le Roy, qui estoit chargé de poudres et de soldats, pour Qué-

Ti

int entre marcha, dans un t un feu air autant achement ré, je luy st inutile place où s'en aller, n nègre le sauva. En erté et ne an effet du braves sole front des arbres, ils nt les cinq Place ; me e me jettay k fus blessé staté par le Ils me garque la ville nt lieues de uvernement a le distric intrées pour r sept bâtidifférends

retté par le , pour Qué-

LES DERNIERS JOURS DE L'ACADIE s)1

bec, en qualité de capitaine réformé (1), à la suitte des dittes troupes, avec sept cent vingt livres d'appointements ; ce vaisseau estoit de l'escadre de M. de La Jonquière qui, auparavent sa défaitte, nous ordonna de faire voisle pour Québec. Nous nous rendismes à notre destination; pour lors, tous mes biens mentionnés ci-dessus n'avoient point été endomriagés par les Anglois; un party de flibustiers françois et sattages avoient un ordre de M. de La Gallissonnière (2), dont ils n'exécutèrent pas la teneur ; au lieu de ravager les Anglois, ils vinrent, le jour de la Pentecôste, brusler toutes mes habitations, et la paix était signée du trente avril.

Je repassay en France, où le Ministre me promit la croix de Saint-Louis et de me protéger quand je serois rendu à l'Isle Royalle, Je m'embarquay dans l'{ntrépide, où je commandois un détachement de nos troupes, pour former la garnison de Louisbourg que les Anglois nous remettoient. Depuis ce temps, je n'ay eu aucune nouvelle de la Cour, ny part à aucune gratification. Je n'ay rien à me reprocher, je défie mes ennemis, si j'en ay, de trouver à redire à ma conduite, J'ay monté la garde pendant un an; nous n'estions que quatre capitaines à faire le service, les autres étant détachés ; de jeunes officiers de différends corps, ayant été réformés en France, furent incorporés dans nos troupes et reprirent leurs rangs d'ancienneté de France. J'eus le désagrément de relever un capitaine de vingt-deux ans. Je priay M. des Herbiers, pour lors notre Gouverneur, de me permettre d'aller rétablir ma terre, ce qu'il m'accorda, n'ayant d'autre ressource que mes sept cent vingt livres.

(1) L'officier réformé était celui dont on avait supprimé l'emploi, mais

qui, conservant, néanmoins, son grade et son rang d'ancienneté, pouvait obtenir de l'avancement,

(2) Capitaine de vaisseau, gouverneur du Canada,

On me retient encore cent cinquante livres par an pour une dette que feu mon père n'avait point acquittée avant sa mort et dont j'ay répondu ; de plus, Je suis chargé d'une grosse famille ; néanmoins, avec le peu de gnoyen que j'ay, je me suis logé et ai fait de vastes jardins dont la beauté surprendroit les étrangers, tant par les plantes, que par la quantité d'arbres fruitiers de toutes espèces. Cela m'a endetté, n'ayant été favorisé en rien , ce qui m'a empéché de mettre nes terres en valeur, d'y Jetter des bestiaux, ayant dans mes concessions beaucoup de prairies. J'espère que M. le comte de Raymond et M. de Surlaville voudront bien avoir la bonté de me rendre justice dans ce que j'avance ; ils sont venus chez moy ; si j'avois été protégé, je serois fort à mon aise et utile à la colonie, car quoiqu'il n'y ait que quatorze lieues de différence, de chés moy à Louisbourg, le climat est bien différend; beaucoup de brumes et de froid à Louisbourg, chés moy, de grandes chaleurs dans la saison et jamais de brumes.

Je n'ay plus de protection, j'ay perdu Son Altesse Royalle et des parents qui m'aidoient ; je me trouve ignoré de tout le mode et dans une misère aflreuse. Si Monseigneur le duc de Richelieu est réchapé de sa maladie, il a toujours eu des bontés pour moy, M. de Crémille en a eu pareillement, Messieurs ses frères de mesme. Je me jette à leurs genoux en les suppliant de me faire accorder la croix de Saint-Louis, le Port Dauphin en commandement fixe, qui est voisin de ma terre, ou une gratification capable de me mettre en situation de Ja rétablir. Mes blessures, mes pertes, me donnent droit de faire ces demandes, et suis des personnes qui voudront bien avoir pitié de mon état, avec le plus profond respect, leur plus humble et le plus obéissant et le plus soumis de leurs servitteurs.

LA BOULARDERIE.

A Louisbourg, ce 1°’ septembre 1755.

an pour ée avant gé d'une que J'ay, 1 beauté le par la m'a enséché de x, ayant ère que oudront > que J'atégé, je quoiqu'il s moy à coup de grandes

tesse Rognoré de seigneur il a toua eu pale Jette à la croix ent fixe, apable de res, mes suis des tat, avec us obéis-

Le chevalier de La Houssaye prisonnier des Anglais en 1762

La lettre suivante, adressée de Saint-Domingue par le chevalier de La Houssaye à M. de Surlaville, prouve combien, de tout temps, fut accidentée la carrière des officiers d'infanterie de marine, ceux de l'ancienne France ayant été, en plus des nôtres, exposés aux dangers sans nombre résultant de transports défectueux et de traversées interminables. Indépendamment de i'intérèt que ce récit présente en lui-même, les renseignements qu' | donne sur l'ultérieure destinée de quelques-uns des officiers qui composèrent la garnison de Louisbourg, sont un motif suffisant pour lui faire trouver place dans cet Appendice.

Au Cap-François, ce 10 août 1763.

Ennuyé du séjour de Rochefort, j'écrivis l'année dernierre, en mars, à M. Accaron (1), pour qu'il me procurât d'en sortir, soit pour aller au Micissipi, que je connoissois, ou à Saint-Domingue , où l’on faisoit défiler des trouppes, dans la suspicion où l'on étoit que les Anglois i tenteroient quelques entreprises. Je reçus l'ordre, en conséquence , le 8 juin, de me tenir prèt.pour en partir le 13, avec soixante officiers, soldats, et soldats nouvellement arrivés de la Martinique.

Du Fresne, mon ancien de commission de capitaine, mais mon inférieur de plus de dix ans de service, fut s'en plaindre à M. d'Aubigny, commandant pour lors à Rochefort, qui lui dit n'i rien mettre du sien, mais se régler sur les ordres de la Cour qui portoient de le faire partir trois jours après le chevalier du Chambon, ainsi après lui: Mesiliac, Chabot de Brion et unne demi-compagnie com-

(1) Premier commis du iministère de la Marine.

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