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CHAPITRE

Le Sous-sol (suite)

En Silésie. — Breslau. — La houille et les minerais. — L'Ecole royale des mines de Freyberg. — La potasse en Prusse. — Les gisements nouveaux d'Alsace. — Le statut de l'exploitation des mines de potasse. — Le Kalisyndicat.

La Silésie est une des provinces les plus fertiles de l'Allemagne ; le sol y est complètement plat et les fabriques de sucre y abondent. Breslau, sa capitale, se vante d'être la troisième ville du royaume de Prusse, Cologne étant la seconde. C'est une cité sans caractère, siège d'une Université et parée d'un beau pont, tout neuf, sur l'Oder. Tout y est plein de souvenirs du grand Frédéric, et des batailles qu'il y livra aux Autrichiens.

Parmi les édifices récents qui y abondent, il faut signaler l'Ecole supérieure technique, le plus jeune des douze établissements de ce genre que possède l'Allemagne. L'empereur Guillaume II l'a inaugurée en 1910. L'enseignement y est de même ordre et forme des ingénieurs. Toutefois, il ne s'applique encore qu'à trois branches : la mécanique, les mines et la chimie dustrielîe, plus la section des connaissances

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générales. Trois cent cinquante élèves fréquentent cette nouvelle institution.

11 n'y faut pas chercher sans doute La splendeur et l'immensité des écoles de Charlottenburg, de novre ou de Danzig'. Mais en regardant le bâtiment principal aux ailes coupées, les pavillons ou instituts dans de larges espaces vides, on se rend compte que tout a été prévu pour les agrandissements futurs. C'est l'image très exacte de toutes les créations de l'Allemagne moderne; publiques ou privées, elles sont conçues en vue d'un avenir de plus en plus grandiose.

Trois cents kilomètres environ séparent Breslau de Berlin. Si l'on poursuit sa route dans la même direction, c'est-à-dire au sud-est, pendant une vingtaine de lieues encore, l'horizon change brusquement : de nombreux groupes de cheminées le barrent, crachant des nuages de fumée qui l'obscurcissent. On se croirait revenu en plein Rheinland. Nous sommes dans le bassin houiller et métallurgique de la haute Silésie. 47 millions de tonnes de charbon voient le jour dans ce cul-de-sac.

Les mêmes images s'y reproduisent en réduction. Au lieu du Rhin, c'est l'Oder ; au lieu des grandes cités d'Essen et de Dusseldorf, ce sont les modestes villes de • Beuthen et de Gleiwitz, de cinquante à soixante mille âmes chacune; au lieu de se nommer Krupp ou Thyssen, les grands forgerons s'appellent

1. Voir dans V Allemagne au travail, la description def Ecoles supérieures de Hanovre et "de Danzig

y* LES RESSOURCES

Von Borsig ou Donnersmarck. Mais ils n'ont pas sous lamam les gisements de minerais dont disposent leurs collègues de l'Ouest; c'est à peine si la Silésie prussienne produit i53 ooo tonnes de minerais de fer, et cette extraction s'épuise de jour en jour; ils sont donc contraints de s'approvisionner au loin pour la plus grande partie des i o5oooo tonnes de fonte qui coulent de leurs hauts fourneaux.

Par contre, la- haute Silésie est particulièrement riche en minerais de zinc et de plomb (blende, calamine et galène). Nous relevons en 191 2 un tonnage extrait de 525 000 tonnes de minerai de zinc d'une valeur de 36 millions de marks et un chiffre de 5oooo tonnes de galène d'une valeur de plus de 6 millions. Tous ces minerais sont convertis sur les lieux en zinc et en plomb métalliques. Cette extraction et cette métallurgie spéciales y occupent plus de 25 000 ouvriers, tandis que les mines* de houille en emploient 140000.

Les salaires sont beaucoup moins élevés en Silésie que sur le Rhin, bien qu'ils aient subi dans ces dernières années une hausse parallèle et même relativement plus importante. En 1887, le salaire moyen annuel d'un mineur était de 567, 5o marks, en 190 5 de 1 020 marks, en 1912 de 1254; celui d'un ouvrier des forges en 1887, de 661 marks et en 1912 de I 182 marks.

On voit que le salaire des mineurs a augmenté beaucoup plus que celui des métallurgistes; la raison en est que, vu la rareté du minerai, la métallurgie s'accroît peu, tandis que l'extraction de la houille suit une marche ascendante très rapide; dans tout le ce*£J#

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de Breslau, c'est-à-dire dans la haute et basse Silésie, de J5 millions de tonnes en 1907 la production a passé à plus de 47 millions en 1912, d'une valeur d'au moins millions de marks, auxquels il faut ajouter la >o nme dessous-produits, cokes, briquettes, goudrons, sels ammoniacaux et gaz combustibles.

La plus grande partie de ce tonnage n'étant pas consommée sur place se disperse dans toutes les directions. Dix millions de tonnes vont s'embarquer sur l'Oder d'où elles se distribuent aux différentes villes qui s'étagent entre Oppeln, Breslau, Francfortsur-1'Oder et Stettin; 9 millions passent la frontière autrichienne et se répartissent en Autriche, en Hongrie, en Bohême et en Galicie; un million de tonnes sont dirigées sur Berlin, 2 millions sur la Pologne prussienne, 1 5ooooo sur la Poméranie, 800000 tonnes sur les provinces de l'Est, 900000 dans lé Brandebourg, etc., etc.

On se demande souvent, à ce propos, d'où la ville de Berlin tire l'énorme quantité de combustible qu'elle consomme. On va voir qu'il lui arrive de provenances très diverses. En 191 2, Berlin et ses faubourgs ont reçu, en chiffres ronds, 1430000 tonnes de charbons anglais, 480000 de Westphalie, 2 85oooo de Silésie et 2 200 000 tonnes de lignites prussiennes et saxonnes, en tout un peu plus de 7 millions de tonnes; en 1910, ce chiffre n'était que de 5 794000 tonnes.

Cette consommation est pourtant inférieure à celle de Hambourg qui a reçu en 1912, 4713000 tonnes de charbons anglais et 3576000 tonnes de houilles westphaliennes, au total 8290000 tonnes, dont la navigation à vapeur absorbe la majeure partie.

Pendant mon séjour en haute Silésie, j'aurais vivement désiré pousser une pointe jusqu'à Sosnovice dont on voit fumer, à quelques kilomètres de distance, les nombreuses cheminées; malheureusement, en notre vingtième siècle, pour pénétrer chez nos amis les Slaves, un passeport est de rigueur et je dois me contentej de citer ici le tonnage de houille extraite par les capitaux français dans le district russe, 6320 000 tonnes, en augmentation de i million de tonnes sur 1907. De leur côté, les Autrichiens en extraient 8 800 000. Ce qui donne pour le bassin silésien un total d'environ 60 millions de tonnes.

Quand on veut se rendre de la haute Silésie en Saxe, il faut repasser par Breslau et longer pendant cinq heures d'express, jusqu'à Dresde, les montagnes qui séparent l'Allemagne de la Bohême, la Chaîne des Géants, ainsi nommée parce que les pics les plus élevés ne dépassent pas 1 5oo mètres.

Si l'on poursuit sa route vers l'ouest, sur la ligne de Munich, on trouve, à 40 kilomètres, au delà de Dresde la petite ville de Freyberg.

Les ingénieurs de ma génération connaissent tcus Freyberg que les cours de mmes signalaient comme le centre de gisements importants et le siège de l'École royale supérieure des mines.

Mais aujourd'hui ces mines de métaux nobles, cuivre, zinc, argent, plomb, sont épuisées et l'automne 191 3 verra leur fermeture définitive. Seules l'École supérieure des mines et le Technicum secondaire des mineurs y subsisteront. On n'a pas voulu anéantir cette institution célèbre qui date de 1766,

Frr -u'il faut

qu'était

■iestc, tranquille et pauvre,

qui n'exclut point |U tiques monuments artistiques

ants, telle une belle église gothique et un

porche roman l'un des plus curieux de l'Allemagne.

L'École royale des mines ne rompt point avec ces allures vieillottes. Elle occupe.au centre de la ville, un ;ment exigu qui montre que dans le passé on ne faisait pas de folies pour l'enseignement supérieur technique. On est si peu habitué, dans l'Allemagne de nos jours, à cette indigence, qu'elle apparaît ici comme un anachronisme. Mais on a bien soin de vous dire que, dans un quartier voisin, un beau monument, en construction, abritera dignement .les futurs docteursingénieurs et surtout l'admirable, .collection minéralogique, aujourd'hui entassée daris.de pauvres vitrines et d'innombrables tiroirs. *

Parmi les Instituts qui t^ti'yerèïii leur place dans les nouveaux bâtiments se classera, un institut spécial affecté au radium et à tout cé/qu-i; se rattache aux nouvelles découvertes de la .radiolc-gie/çfuî sont considérées comme étant encore- *#ans,}'eiyf:aûce; et pour me bien prouver que le radium n'est point un vain mot, le professeur SchiffnerY.qui'.rii'é fait les honneurs de l'école, va me quérir ett-ùji -coffre-fort un flacon renfermant ioo grammes d0îine poudre grisâtre qui n'est autre que du chlorure de radium. Il y en a là pour plus de 5oooo francs. '.'.'•

Les élèves fréquentent pendant quatre années l'école de Freyberg, où, en dehors jdes connaissances générales nécessaires à l'ingénieur, ils se spécialisent par-

ticulièrement dans la prospection, l'extraction et la métallurgie des métaux autres que le fer.

On trouve là d«s étudiants de tous les pays. En ce moment, sur 463, il y a 114 Saxons, une centaine d'Allemands et 3S0 étrangers, dont 20 Russes et une quantité de Roumains, Serbes, Turcs, Chiliens, Norvégiens, Anglais, Autrichiens et même Américains.

Le diplôme qui leur est conféré, après examens satisfaisants, est du même ordre que celui des douze écoles techniques supérieures.

L'École de contremaîtres mineurs est sous une autre direction, mais elle bénéficie des collections et de la bibliothèque de l'Ecole supérieure.

Freyberg renferme aussi un institut tout à fait distinct pour l'étude de la .tannerie.

Outre les gisements -miniers de Saxe et de Silésie, il faut mentionner ;osux- du Hartz, l'ancienne forêt hercynienne, déjà exploites au temps des Romains et dont les mine,s souterraines et les sommets aux formes bizarres ont ;déf rayé/ leis légendes de la mythologie germanique.. E'e nçmbreu'x métaux y voient le jour, le cuivre, le pjon>b, <le , .zinc^le nickel, le cobalt1. Mais tous s'épuisent et IûuJts j<xtrs sont comptés.

Après le charbon^ la.yétfitable richesse minérale de l'Allemagne est -la ! potasse. V Allemagne au travail contient une description de cette extraction et de l'industrie, véritab.le monopole, qui l'accompagne.

1. Cobalt vient de Kobolt, sorte de démons malfaisants qui revivent dans les drames wagnériens.

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tction des sels bruts et la fabri- -le potasse raffinés ont marqué un accroissement extraordinaire. En 1900, on tirait de la région de Stassfurt 3 000 000 de tonnes; en 1907, 5640000, en 1909, 6900000, en 191 1, 9710000 et pivs de 11 000 000 en 191 2; l'extraction a presque triplé en douze ans.

J'ai donné les causes et les procédés qui ont présidé à cette extension. En 1910, la prospérité faillit subir une éclipse; mais un coup de main gouvernemental rétablit toutes choses dans l'ordre et l'essor repartit de plus bille. Ceci mérite d'être conté.

En 1909, s'étaient forés un grand nombre de puits et construites plusieurs usines nouvelles, dont les productions jetaient le trouble dans .les participations des sociétés syndiquées et abaissaient fâcheusement les prix.

C'était le moment aussi où la découverte de gisements potassiques en Alsace menaçait de changer la face du marché. Cette découverte avait été fortuite. Une demoiselle Amélie -.Zuercher de Wittelsheim, avait entrevu dans un songe le sous-scl de sa chère Alsace imprégné de sources de pétrole, Frappée de cette idée, elle chargea un- cfe ses voisins, entrepreneur de sondages, de co.mmeaiïe.r des recherches. Mais au lieu de trouver le pétrole rêvé on rencontra des sels de potasses. D'une richesse et d'une teneur élevée, ces gisements rivalisent ayee les meilleurs de l'Allemagne centrale. Ils s'étendervi. jusqu'au pied des Vosges qui leur sert de limite. Tandis que les gisements hanovriens sont en terrain secondaire, en Alsace ils se rencontrent dans les tertiaires.

Nombre de sociétés d'exploitation furent aus: constituées. En présence de cette situation imprév. le syndicat de vente se trouva fort mal en point, et le désordre apparut d'autant plus inextricable que le contrat d'entente touchait à son échéance. Des groupes américains étaient intervenus, décidés à ' s'emparer d'une partie de la production allemande. On cite que, dans la nuit qui suivit la rupture de l'entente, certaines usines nouvelles vendirent aux Américains une masse de sels potassiques cinq fois supérieure à ce qu'elles pouvaient produire.

Saisi de l'affaire par la majorité des industriels de la région de Stassfurt, le gouvernement étudia d'accord avec eux, et présenta au parlement une loi qui est une innovation unique dans le domaine de l'industrie.

Le législateur invoque ce principe que le gouvernement allemand ne rsauraif admettre que les trésors du sol national soient- livrés* 'à vil prix à des acheteurs étrangers et; que, 'de cette façon, les agriculteurs d'autres pays.'jauisseàt de "Certains avantages au détriment de l'agriculture et cle l'industrie nationales. Conséquemment dé" tels '.faits doivent être empêchés.

Les principale^ • '.dispositions du Reichskaligeset* sont : la réglementation. .de la production et le payement d'une amende élevée en cas d'infraction à cette prescription. Chaque usine a, suivant son importance, une participation. £xe au chiffre dçs ventes totales ; ee chiffre lui est .assigné par un bureau de répartition composé de quatre membres élus par les industriels par trois nommés par le gouverr, 3e

-:xe les prix pour l'Allemagne et pour l'étran-

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