‹ Les derniers progrès de l'AllemagneChapitre 13 sur 68 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Le Sol

Chiffres croissants de la production agricole. — La sucrerie de betterave née en France. — Prodigieux développement de la fabrication du sucre en Allemagne. — La culture des tourbières. — Le troupeau allemand. — L'empereur agronome.

La nature a très inégalement réparti la fécondité aux terres d'Allemagne. Sans reparler1 des vallées fer» tiles de ses fleuves, des riches plaines de la Germanie centrale, des dunes sablonneuses, entrecoupées de marais qui couvrent la Prusse nord-orientale, de l'immense et sombre manteau de tourbes étendu entre le Rhin et l'Elbe, je constaterai quel admirable parti les habitants, sous la direction des chefs de stations agronomiques, ont su tirer de ces sols privilégiés ou ingrats et leur faire porter, à force de travaux persévérants, les récoltes qui leur sont adaptables.

On ne peut apprécier avec précision la valeur de l'agriculture dans un pays qu'en la comparant à ellemême dans le passé et avec celle des pays voisins dans le présent.

OU Voir l'Allemagne au travail.

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La superficie des terres cultivables de l'Empire allemand est de 35oooo kilomètres carrés, sur un total de 542000 kilomètres carrés de territoire.

En France cette superficie est de 367 °0° kilomètre» carrés; le pays entier en comprenant 525 ooo.

Cette différence en faveur de la France provient de ce que les surfaces boisées sont beaucoup plus étendues en Allemagne (139000 kilomètres carrés au lieu de 93ooo). Malgré les besoins alimentaires croissants de sa population et l'impuissance absolue où la culture se trouve de la satisfaire, il n'entre nullement dans les projets de l'Allemagne de diminuer son domaine forestier , par contre, les efforts les plus énergiques sont mis en œuvre pour diminuer la surface des sois incultes. C'est ainsi que le gouvernement prussien a commencé, en 1913, à faire cultiver à ses frais une masse de terrains stériles qui jusqu'ici étaient restés en friche. Pour cet objet, une somme de 25 millions de marks a été prélevée sur le budget prussien de 1913-1914.

En culture, on doit se garder de comparer une année «ivec une autre, à cause de la perturbation que donnent aux chiffres les agents atmosphériques ; il est nécessaire de mettre en regard une période d'années avec une autre période.

Si l'on compare la production moyenne allemande de i883-i8S7 à celle de 190S-1912 pour les principales récoltes de grande culture, on trouve que les quantités ont varié : pour le seigle de 59 millions de quintaux métriques à 110 millions; pour le froment de 25 millions 800 000 à 40 millions ; pour les four-

rages de 168 millions à 2S0 ; pour la pomme de terre de 255 millions à 442 millions de quintaux métriques.

Quant au rendement à l'hectare, critérium du progrès réalisé, il s'est élevé pour le seigle de 10 à iS quintaux métriques; pour le froment de i3,4 à 20,7; pour le fourrage de 28,5 à 42,1 et pour la pomme de terre de 87,4 à i33 quintaux métriques.

La comparaison entre les rendements des princ:paux pays producteurs pendant l'année 191 2 fait ressortir les chiffres suivants :

Pour le blé : Allemagne, 22,6 quintaux mé:riques; France, i3,8; Autriche-Hongrie, i3,8; Canada, i3,7; Etats-Unis, 10,7 ; Argentine, 9,3 ; Russie, Ç,g.

Pour le seigle, Allemagne; 18, 5; France, 14,3; Autriche-Hongrie, i3 ; Canada, 12; États-Unis, 10,6; Russie 8,7.

Pour la pommede terre, Allemagne, i5o,3; Canada, ïi 5, 8; Autriche, 92,3 ; Russie, 81,7; États-Unis, 76,2; France, 74*2.

Les Allemands attribuent leur supériorité à l'emploi intensif des engrais commerciaux, à la sélection des variétés culturales, à l'adaptation raisonnable des espèces au sol qui leur convient, à l'usage de plus en plus répandu des machines agricoles.

Ils font remarquer qu'ils livrent à leurs terres pour 53o millions de francs par an d'engrais chimiques, non compris la chaux, c'est-à-dire trois fois plus qu'il y a vingt ans; ils comptent 160 millions de francs de nitrate de soude, 100 millions de sulfate d'ammoniaque, 1 600 000 tonnes de scories, 1 5oo 000 tonnes de superphosphate et 3 millions de tonnes de sels potassiques; auxquels il faut ajouter 1400000 tonnes de

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tou livers, servant à l'alimentation de leur

elle seule, rtilisantes, atteint celle de tous les autres pays d'Europe.

lachines agricoles, je citerai seulement trois statistiques : en 1S02, on évaluait le nombre des batteuse cur à 76000, en 191 2 il est de 409000;

lus faucheuses ont passé de 19000 à 3oi 000 et les charrues à vapeur de 836 à 2 995.

Dans les industries agricoles, les progrès sont peutêtre plus saisissants encore. Bornons-nous à examiner la sucrerie de betterave.

Peu de personnes se souviennent que l'industrie du sucre de betterave est née en France. C'est notre .grand ministre Olivier de Serres qui, le premier, découvrit la présence du. sucre dans la betterave; à la fin du dix-huitième siècle, un chimiste de Berlin, Margrarf, parvint à le faire cristalliser ; son élève, le Français Charles Achard, monta en Silésie une minuscule ustne pour travailler quelque ioo livres de betteraves par jour; Napoléon entrevit aussitôt l'avenir de cette industrie naissante. Il manda Achard à Paris et ordonna en 181 1 au1 ministre de l'Intérieur de faire planter en betteraves dans divers départements 3o 000 hectares et de mettre à la disposition d'Achard une somme de 1 million. Ainsi soutenu, ce dernier fonda près de Paris la première fabrique de sucre.

Aujourd'hui, l'extraction du sucre de betterave est devenue en Europe la première des industries agricoles et l'Allemagne y a conquis la suprématie.

En 1874,1a France produisait environ Soooootonnes

de sucre, l'Allemagne seulement 25oooo; vers 1890, les deux pays avaient une production sensiblement égale; en 191 2, la France a produit 960000 tonnes et l'Allemagne 2/50 000.

Voici, d'autre part, la production comparée des diverses nations en sucre de betterave, pendaati l'année 1912.

Allemagne 2750000 tonnes.

Autriche-Hongrie 1900000 —

Russie 1 38oooo —

France 963000 —

Hollande 3o3ooo —

Belgique 297000 —

Danemark i55ooo —

Suède « i3iooo —

Autres pays 395000 —

États-Unis 624000 —

Quant au rendement de sucre par 100 kilos de betteraves, il a augmenté beaucoup en Allemagne au cours de ces dernières années' et oscille entre i5,5oet 16 p. 100, chiffre qui n'est approché par aucune autre nation.

La fabrication du sucre de betterave a, pour un pays, deux avantages d'ordre différent, mais l'un et l'autre d'une haute importance ; elle rapporte au fisc des sommes considérables et ses résidus, drèches, mélasse, sels de potasse, eaux de lavage, constituent pour la culture des éléments de fertilité précieux.

La culture de la betterave à sucre est donc au premier chef une culture améliorante. L'Allemagne y consacre plus de 5ooooo hectares de ses meilleures

terres. Le prix de l'hectare, en Save, en Silésie, atteint souvent 8000 marks.

Depuis nombre d'années, les agriculteurs allemands se sont attaqués aux tourbières. Un quart de siècle d'expériences, scientifiquement dirigées par la station

;onomique de Brème ont donné naissance à une littérature copieuse sur ce sujet, et, mieux encore, à des méthodes de culture qui se généralisent.

Les essais d'utilisation industrielle abondent également ; mais jusqu'à présent on n'a pas abouti à des résultats d'ensemble avantageux pour des extractions de tourbes combustibles. Néanmoins, avec la persévérance caractéristique de leur tempérament, les savants allemands poursuivent les recherches.

La culture méthodique des tourbières restreint d'année en année la surface des terrains stériles.

Le système traditionnel de Vêcobuage qui consiste à brûler en tas les mottes de tourbes déterrées, et à en épandre les cendres sur le sol, a été définitivement abandonné ; sans doute il est le plus économique, mais après quelques années de culture, les rendements vont s'affaiblissant jusqu'à ne plus payer les frais annuels; alors il faut attendre une trentaine d'années avant de réeniemencer le sol et les récoltes nouvelles sont de plus en plus réduites jusqu'à épuisement complet du sol.

La mise en culture hollandaise a été également en grande partie abandonnée pour faire place au système allemand, qui consiste schématiquement en ceci : Dans la tourbière, un canal principal est creusé pour l'écoulement des eaux, auquel viennent aboutir des canaux

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