‹ Les derniers progrès de l'AllemagneChapitre 19 sur 68 · LUS VILLES · texte numérisé non relu

LUS VILLES

étud-ju d'organisation d'un nouveau quartier. Le système employé ici, totalement inconnu chez nous, aurait intéresse par Sa précision au plus haut d

lunicipalités de nos villes, si elles y av.i ent envoyé des délégués.

La partie consacrée à l'exposition des places, jardins et promenades, était la plus considérable. On* pouvait y relever qu'en dehors de l'immense forêt du Rosenthal qui divise la ville en deux parties, on a ouvert en igo5 le parc du Roi Albert, de 40 hectares, avec 17000 mètres carrés de pièces d'eau et 6400 mètres d'emplacement de jeux. Le Johanna Park, de 9 hectares et demi, 3çjo mètres carrés pour jeux. Le parc du Napoleonstein (1912), 43 hectares*. La place qui recoupe la Jaegerstrassè (1907) avec parc à jeux. Le parc d'Eutritsch (1912), d'un hectare. Les avenues de Zingckershngen (191 2), et une foule d'autres boulevards et grandes artères, plantés d'arbres et entrecoupés de squares.

Mais le plus grandiose des embellissements en cours d'exécution est la fameuse rue du 1 8 Octobre, qui traverse le parc du Napoleonstein, où se trouvait précisément l'Exposition ; cette avenue de 40 mètres de largeur et à six rangées d'arbres s'étend en ligne droite entre le monument de la bataille et l'hôtel de ville, sur une distance de 5 kilomètres, flanquée d'avenues perpendiculaires de 25 mètres. Devant la façade massive du monument miroite une immense pièce d'eau de 25o mètres de longueur. L'avenue part

î. Ainsi nommé parce qu'il occupe l'emplacement où se tenait l'Empereur pendant la bataille du 18 octobre i8i3.

de sou extrémité et dtrouie son majestueux ruban de verdure, qui s'épanouit en son milieu pour former un rond-point de 200 mètres de diamètre. Là se dressera un monument somptueux, la Bibliothèque de l'Empire, dont je parlerai plus loin. Le beffroi de l'Hôtel de ville, haut de 110 mètres, se profile en perspective au boii£ de la rue du 18 Octobre.

Ce grand travail, à l'est de la ville, est en voie d'exécution; mais dans une des salles de l'Exposition sont dressés les plans détaillés d'un concours pour une transformation encore plus imposante du quartier de l'ouest.

Là, on projette d'ouvrir, à la suite de la grande rue de Francfort, une avenue d'une largeur inconnue jusqu'ici, dans l'axe de laquelle sera creusé un canal large de 100 mètres et long de 3 kilomètres. En un point, ce canal s'élargira en un lac elliptique sur les bords duquel s'étendront des jardins et des prairies, destinés aux courses de chevaux, cycles, etc., tandis que le canal servira aux régates et matches de natation, un palais olympien destiné aux fêtes, réunions, congrès et expositions, s'élèvera sur les rives du lac.

Cet ensemble d'installations traitées de façons très diverses par les concurrents, mais avec un programme bien défini, ressemble par son ampleur à quelque conception de Gustave Doré. Nul doute qu'elles seront1 demain une réalité.

Toutes les villes accomplissent des bouleversements

analogues. Elles le peuvent à l'aide d'emprunts et aussi

parce que leurs ressources fiscales sont supérieures à

celles des agglomérations de mêine importance à

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cable organisa- 1 les ne sont, pas gasp projets sont

journau neusement discutés

s personnalités compétentes. Il est rare que lieu à des mécomptes et le rendent de la ■ ■ est maxi uum.

Un exemple de fondation âprement disputée fut celui de la que de L'Empire, que Leipzig

arracha de haute iutte à Berlin : la Saxe a la Prusse. L'initiative en est venue des libraires de Leipzig.

Le but poursuivi est de recueillir, de conserver et de cataloguer tout ce qui paraît en langue allemande, dans le pays ou à l'étranger, ou qui, en langue étrangère, est publié en Allemagne.

Cette entreprise correspondra, on le voit, à notre Bibliothèque nationale. Seulement, la collection ne contiendra que des œuvres publiées depuis iç)i3, et simultanément les illustrations, catalogues, broohures; bref tout ce qui s'écrit, sauf la musique et les journaux quotidiens.

Ses ressources sont le terrain offert par la ville, les bâtiments et tous leurs agrandissements éventuels, construits aux frais du gouvernement royal Saxon.

L'Association des libraires, qui en aura la propriété, ne sera grevée d'aucunes charges ni impôts. L'exploitation sera assurée par un comité nommé par l'Association des libraires réunis en assemblée générale. Le budget sera constitué par des cotisations, des subven* tions de l'État et de la Ville, des dons et des legs.

Cette création avait été déjà proposée en 1874 par Brockhaus, ie grand éditeur de Leipzig ; à oeUs

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époque elle ne put aboutir, faute de fonds et de concours suffisants.

Le monument initial coûtera 3 millions de marks et pourra contenir 5 millions de volumes. On compte qu'il pourra suffire pendant vingt années. La production littéraire allemande est actuellement de 3 5 ooo ouvrages par an. i 3oo éditeurs se sont engagés à les remettre gratuitement à la bibliothèque. Les œuvres antérieures à i<pi3 seront reçues, mais non collectionnées. Des salles de lecture nombreuses seront constamment ouvertes au public.

La première pierre de l'édifice a été posée par l'empereur pendant les fêtes du 18 octobre 191 3 et on annonce son ouverture pour 1915.

Cette création a eu en Allemagne un très grand retentissement. Le but avoué des fondateurs a été de maintenir la supériorité de la librairie de Leipzig. Toutes les villes de l'empire ont soutenu contre la capitale l'initiative prise par la grande ville universitaire saxonne. C'est là un exemple de décentralisation fort significatif.

Malgré ces résistances, Berlin n'en continue pas moins à se développer d'une façon formidable. La population s'y accroît de 60000 habitants par année ; et la ville se transforme comme par enchantement. Tous les services publics y fonctionnent avec une précision que toutes les grandes villes étrangères — surtout Paris ! — peuvent lui envier. Je trouve à l'Exposition de Leipzig une statistique indiquant le coût du nettoyage des rues par tête d'habitant dans diverses villes : Halle-sur-Saale, 1 mark 10 ; Dresde,

L£S VILLE! f")

I mark .So ; Leipzig, 2 marks; Berlin, 2 marks 3o ;

II an;

Plus loin voici le chiffre des abonnés au téléph k Berlin, ijoooo; à li.Linhuurg, 45000 ; ;i Munich, 20000; à Leipzig, 19000; à Francfort, 14000. Le coût de L'abonnement à Berlin est de 2S0 marks (35o fr.)«

Plusieurs catégories de gens ne connaissent pas le Berlin actuel : d'abord ceux qui n'y sont jamais entres, secondement ceux qui n'y sont pas venus depuis cinq ou six ans, enfin ceiwc qui, en y pa se contentent de parcourir les rues du centre et négligent de se promener dans les quartiers nouveaux. Au sud et à l'ouest surtout, de nouvelles avenues de 5o mètres de largeur se déroulent en d'interminables rubans d'arbres et de plantes fleuries. Le centre est occupé par la chaussée pour les voitures. De chaque côté s'étend un tapis de fin gazon, soigneusement tondu, .que n'interrompent même pas les lignes de tramways qui le suivent. Ceux-ci circulent sous des arceaux de feuillage, semblant glisser sur une herbe moelleusej qui verdoie même entre les rails, pendant que les lianes touffues et chargées de fleurs courent, suspendues, d'arbre en arbre.

De distance en distance, l'avenue s'élargit encore; c'est .un parc qui s'ouvre aux promeneurs. Les kilomètres s'ajoutent ainsi, chaque année, aux kilomètres, débordant sur la campagne sablonneuse.

La verdure, prodiguée partout, est synonyme d'assainissement. Les hygiénistes lui accordent en outre la vertu de retenir la poiissière et d'empêcher le vent de la soulever. D'ailleurs de minutieuses précautions sont prises partout à Berlin pour s'en préserver.

?o l'outillage

Ainsi les nies sont perpétuellement nettoyées par des balayeuses automobiles ; toutefois devant le rouleau balayeur est disposée, sur la voiture, une rampe d'arrosage qui inonde d'abord le terrain qu'il s'agit de rendre propre. Des centaines et des centaines de ces véhicules sillonnent les rues. On préfère l'humidité à la poussière. Toutes les entreprises de voirie ou de démolition, toujours rapidement conduites, doivent être entourées de palissades en planches qui interceptent la poussière ou la boue.

Les cités ne sont point toutes aussi favorisées dans ce bon combat. A Berlin on peut garder un faux col immaculé pendant une demi-semaine; à Hambourg, au bout d'une journée il tourne au noir, parce que la fumée crachée au centre de la ville par des milliers de vapeurs ou d'usines pollue éternellement l'air, tandis qu'à Berlin, les grandes cheminées sont, la plupart, loin de la ville.

Le Thiergarten est cette forêt' qui, il y a un demisiècle, limitait Berlin à l'ouest, et qui se trouve entourée aujourd'hui, de trois côtés par la ville agrandie et au couchant par Charlottenbourg.

Avec ses beaux arbres et ses fourrés d'arbustes, le Thiergarten rappelait assez notre forêt de Saint-Germain. Depuis peu on a modifié cela. Toute la menue végétation a été arrachée; à sa place on a semé du gazon et on cultive des fleurs, ce qui forme un ravissant sous-bois; tel un parc Monceau de 400 hectares.

A l'angle sud-est du Thiergarten se trouve le Jardin zoologique, l'un des plus riches d'Europe.

La nouveauté de l'année igi3 fut l'inauguration

tt* VItLtS JT

d'un aquarium monum^ \ nrr rie roux que

tout \r \nvers et

iucoup plus vasU-. Il occupé ir. et, au-

dessus, végète sous une toiture vitrée, u mtc

flore tropicale. A un < visiteur, il a la

perspective d'être largement entretenu. Chaque matin, un bateau-citerne lui apporte de la Baltique l'eau de mer indispensable à la vie de ses pensionnaires.

Il serait impossible d'énumérer les édifices continuellement en construction à Berlin; je citerai seule-, ment, parmi les plus en vue, le Stade olympique et le futur Opéra qui est une entreprise privée.

La majestueuse avenue, qui, prolongeant les Linden au delà de la place de Paris et de la porte de Brandebourg, relie Berlin à Charlottenbourg à travers le Thiergarten, longe la façade d'un vaste édifice qui est la Technische Hochsckule de Charlottenbourg.

Rien ne distingue cette école des onze autres1, si ce n'est l'ampleur de ses installations et le nombre de ses élèves. Le diplôme que reçoivent ces derniers est exactement du même ordre. Les programmes sont également identiques et concernent les cinq sections : architecture, construction, machines, chimie et métallurgie, connaissances générales auxquelles a été, sur l'ordre de l'empereur, ajoutée une sixième, les constructions navales. Dans cette dernière, figure un cours complet d'aéronautique.

Le vaste parc qui s'étend derrière l'édifice a permis d'agrandir à volonté les bâtiments anciens ou d'en

i. Voir la description des écoles de Hanovre et de Danzig dans l'Allemagne au travail.

créer de nouveaux. C'est ainsi que les laboratoires de chimie et de mécanique, plus un riche assemblage de .machines et de moteurs pouvant être mis en activité, occupent des halls particuliers.

Dans l'édifice principal, d'une allure princière, on remarque surtout les collections de modèles et dessins d'architecture, le musée naval, la bibliothèque.

Les salles de dessin offrent cette particularité que les élèves peuvent travailler à leur choix sur des tables horizontales ou des chevalets mobiles du type que j'ai décrit dans V Allemagne au travail. La table est de plus en plus délaissée.

Le nombre des professeurs ou des privatdocents, s'élève à plusieurs centaines; celui des élèves, en io,i3,est de 1973. Il est intéressant de connaître leur répartition par sections et par nationalités. Nous y trouvons, pour ; l'architecture, 3o5 étudiants ; la construction, 538; les machines, 757; les navires, 147; la chimie et métallurgie, 224; les connaissances générales, 2.

Ils appartiennent aux nationalités suivantes: prussienne, 1229; allemande (Prusse exceptée), 298; roumaine,- 120; austro-hongroise, 117; russe, 56; luxembourgeoise, 18; bulgare, i5; serbe, 12; turque, 11; portugaise, 11; suisse, 10; anglaise, 8; hindoue, 8; suédoise, 6; norvégienne, 6; grecque, 6; hollandaise, 4; danoise, 2; belge, 1; française, 1; espagnole, 1 ; américaine, 21 ; asiatique 12.

"On compte, en outre, un certain nombre d'auditeurs libres.

C'est dans l'école de Charlottenbourg que se tiennent les séances solennelles de la Société des ingénieurs allemands. Ils disposent là d'un grand

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amphithéâtre sans luxe et même dénué de confort, où la haut >• assistance s'assoit démocratiquement sur des banquettes de bois dur.

Je me trouvais à Berlin îe 2 septembre, jour de la grande revue d'automn :. M'étant présenté au siège de la Société des Vétérans, sous les Linden, pour y retirer ma carte de tribune, j'y fus reçu par un vieux retraité à l'air terrible, une tête de Blùcher chargeant à Waterloo. Me voyant français, il me dit brusquement : « J'aime les Français, j'ai habité la France; mais vous vivez pour la plupart, sans rien faire, dans de petites villes mortes, et vous voudriez être un grand peuple ! C'est incompatible. » Voilà bien le langage d'un pangermanjste très pur.

Tempelhof est une immense plaine, à perte de vue gazonnee et sans arbres. Sur. la face nord règne une rangée de tribunes qui peuvent contenir huit ou dix mille personnes assises.

Entre les tribunes et la clôture qui limite le champ, la place est réservée aux enfants des écoles que l'on amène aux grandes revues.

Chaque billet de tribune porte le numéro de la place que l'on doit occuper, plus l'indication du chemin à suivre pour s'y rendre, et celui par lequel on devra s'en aller.

En attendant le début des opérations, des arroseurs inondent d'une pluie d'eau l'espace situé devant les tribunes. Le temps est superbe. Dans le ciel bleu évoluent des aéroplanes, des Zeppelins et même des ballons sphériques. Par tous les points de l'horizon débouchent des troupes, arrivant je ne sais d'où.

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Ce qui me frappe le plus, c'est l'ordre admirable qui règne; pas d'encombrement, pas de. rumeurs dans la foule ! Tout est réglé. Les autorités ici se croient déshonorées quand du désordre éclate quelque part; d'ailleurs s'il s'en produit par hasard, il y a enquête, responsabilités, sanctions.

A huit heures sonnant voici l'Empereur, à cheval, suivi de ses fils et d'un état-major étincelant ; derrière lui les princesses et les dignitaires suivent, en voitures à la Daumont. La revue des quarante mille hommes se poursuit très longue, puis le défilé. Cet ensemble me paraît une^machine aussi puissante que lo*urde. Je suis d'ailleurs insensible au prestige du pas de parade, tant il est disgracieux.

^Je sais bien que défiler les jarrets tendus et lever successivement chaque jambe, allongée et raide, jusqu'à la rendre horizontale, est un exercice violent qui signale immédiatement au chef l'état d'entraînement de ses troupes ; mais n'est-ce pas au détriment de la souplesse ? Lorsque, du 1 3 au 14 octobre 1806, les soldats de Morand, Gudin et Friant, volèrent de Naumbourg à Auerstaedt, ils ne marchèrent pas au pas de parade, et, les siècles pourront se consommer, on ne fera jamais mieux qu'eux.

Versdix heures, lesrégiments, lesescadronsetlesbatteries se disloquent, se dispersent, et on ne les revoit plus. La foule fait de même avec presque autant d'ordre.

Le retour de l'Empereur et de sa suite, escorté des étendards, à travers la ville, est imposant. D'immenses drapeaux pendent des immeubles. La population est en fête et se répand avec animation dans les restaurants et les cafés»

i«î» nuu 7S

On a ouvert dru années à Berlin plu-

su .es que fastueux. L'un

d'entre eux, pj Irichstrasse, occupe les

trois é: rand immeuble tout neuf .

Au rez-de-chaussée s'ouvre une salle d'une belle îension, agrémentée d'un orchestre discret, puis unt salle de lecture, pourvue de fauteuils d'un confortable attirant, et un salon pour dames. Au premier étage est le café proprement dit, formé d'une salle unique. Lesecond étage contient quarante-huit billards.

Dans la salle du premier, qui peut recevoir à l'aise huit cents consommateurs, mugit, sur une vaste tribune, un orchestre à grand fracas, dirigé par un chef aux allures échevelées qui mime la musique en des poses sentimentales, violentes ou voluptueuses. Dans un certain morceau, emporté par son génie fougueux, il jette sa baguette à la tête de la contrebasse, et continue à marquer la mesure à coups de revolver. Mais au douzième coup- de son arme,jun des musiciens l'abat d'un coup de fusil et le malheureux chef d'orchestre vient tomber expirant sur la queue du piano. Aussitôt l'orchestre attaque une marche funèbre, pendant qu'un des artistes s'empresse autour du Kapellmeister et lui fait boire un bock qui le ranime; il se relève alors et achève de diriger la marche commencée.

Les Allemands sont très friands de ces pitreries artistiques, et certains chefs de, musique qui y excellent sont payés comme de forts ténors. ^i

C'est dans cet établissement qu'avec des amis, je passai la soirée de la grande revue, ayant fait succéder, le même jour, dans un contraste nullement préparé, le plaisant burlesque au sévère redoutable.

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