CHAPITRE II
La Métallurgie
A pas de géant. — Les grandes Sociétés métallurgiques. — Krupp. — Gelsenkirchen. — Phénix. — Deutsch-Luxemburg. — Les Mannesmann. — La câblerie Feljen et Guilleaume. — Les centrales de force et de lumière. — Les forges de Borsig en Silésie.
De même que la houille est la plus abondante des ressources foncières de l'Allemagne, la métallurgie se présente comme la première de ses industries; elle a suivi pas à pas les progrès de l'extraction minière, ou, plus exactement, elle les a dépassés, comme nous Talions voir.
Ses trois principaux centres sont situés naturellement sur les gisements bouillers : le district rhénanwestphalien, de beaucoup le plus important, la Silésie et le bassin de la Sarre qui a Saarbruck pour centre. Un assez fort tonnage de fonte — mais de fonte seulement — est produit dans le Siegerland, le long des rives de la Sieg, affluent de droite du Rhin, au nord de Francfort. Enfin, tout récemment, des hauts fourneaux et des forges ont été montés à Lubeck, création tout artificielle, motivée par le besoin d'alimenter de fer le nord-est de la Prusse, à l'aide de charbons
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anglais et de minerais e^ran^ers, particulièrement
suri!
[*OUt le monde sait que la production sidérurgique de l'Allemagne a dépassé, en 1902, celle de l'Angleterre. Les Allemands ont célébré cette date connue une victoire, et, depuis lors, les accroissements de leur industrie ont été tels qu'aucune comparaison n'est plus possible entre eux et aucun des peuples de l'ancien monde. De 8 5ooooo tonnes de fonte en i()02, la production a passé à 17 853 000 tonnes en 191 2; tandis que, dans la même période, la production anglaise n'a guère augmenté que d'un million de tonnes.
L'accroissement de la fonte allemande, qui a plus que doublé, a été supérieur à celui de la fonte américaine; cette dernière, de 18000000 de tonnes en 1902, s'est augmentée de 186 p. 100 avec 3o 200 000 tonnes en 1912.
Ces productions fabuleuses sont obtenues à l'aide d'un nombre restreint de grandes sociétés métallurgiques, sans cesse occupées à accroître leur outillage et leur capital social.
La tendance générale de l'industrie allemande est la suppression progressive des petits établissements; toutes les statistiques en font foi dans les diverses branches de la production et dans l'industrie métallurgique plus qu'en toute autre.
Il existe dans le Rheinland un certain nombre de sociétés dont le capital actions et obligations, est supérieur à ioo millions de marks.
F. Krupp, dont le siège est à Essen et les principales usines à Magdebourg (constructions de machines), à
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Kiel (chantiers maritimes), à Rheinhausen (fonderies et forges) et Annen (aciéries et machines) : sans compter ses nombreux charbonnages. Son capital social actions est de 180 millions de marks, et de 55 millions d'obligations; au total, environ 3oo millions de francs; et le bénéfice net de l'inventaire, au 3ojuin 1 9 1 3 , s'est élevé à 33759000 marks.
Le nombre des ouvriers occupés par les divers établissements ou houillères de F. Krupp, à la fin de 191 2, était de 73000. La surface totale de ses usines est de 6274 hectares, dont 482 hectares pour les seules forges et aciéries d'Essen.
La Compagnie houillère et métallurgique a~e Gelsenkircheti) importante surtout par ses charbonnages, possède aussi les usines de Rothe Erde près Aix-la-Chapelle (aciéries et forges), de Esch en Luxembourg (hauts fourneaux), de Deutsch-Oth en Lorraine (hauts fourneaux), de Adolph-Emil près Esch, d'Eschwiller, de Busbach, de Dolhain en Belgique, de Billemont (chaux et ciments), enfin de magnifiques mines et carrières de minerais de fer en Allemagne, en Luxembourg et en Lorraine française, soit comme propriété, soit en participation; elle possède en outre ou contrôle «ne Centrale électrique très importante qui étend son réseau sur une grande partie du bassin rhénan-westphalien. T'ai signalé ailleurs ses ressources financières.
La Société houillère et métallurgique allemande luxembourgeoise, au capital-actions de i3o millions de marks (ce capital n'était que de 24 millions en 1901); le dividende de 1912 a été de il p. IP©.
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est à Borhtim, avec usines succursales à Dort: Mulhenu
sur Ruhr !en.
La Compagnie dont les bénéfices furent les plus élevés, au cours des dernières années, est le PI dont le siètjc, jusqu'en 1908, fut à Duisbourg-Ruhrort et aujourd'hui à Hcerde où se trouvent ses principales concessions houillères et ses plus vastes hauts fourneaux. L'usine de Duisbourg contient surtout une aciérie et des laminoirs. Les gisements de minerais sont dans les deux Lorraines, en Westphalie et dans le Nassau. Avec un capital actions de 106 millions de marks, et 32 millions d'obligations, le Phénix a réalisé des bénéfices nets de 44820000 marks en 191 1 et de 50027000 marks en 191 2. Une telle prospérité n'a été dépassée, en cette dernière année, que par la compagnie de navigation Hamburg-Amerika-Linie.
Un plus grand nom e firmes métallurgiques
roulent sur un capital qui varie de 10 à 80 millions de marks.
Quelles qu'elles soient, si l'on en veut rechercher la genèse ou préciser la situation économique, on se heurte à un tel enchevêtrement d'acquisitions, d'ententes, de fusions, de participations, d'échanges, de fabrications annexes, d'intérêts syndiqués et d'augmentations successives de capitaux-actions ou obligations, que l'histoire de toutes ces entreprises apparaît aussi compliquée que l'évolution de leurs opérations techniques.
Une constatation domine tout, c'est qu'il n'est
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aucune de leurs fabrications qui ne fasse l'objet d'un syndicat de vente qui en assure l'étroite discipline et détermine, pour chacune, une rigoureuse répartition des productions.
A côté de ces grandes sociétés, qui produisent surtout des fontes, aciers et fers bruts ou demi-ouvrés, travaillent un nombre plus considérable d'usines qui fabriquent des produits métalliques industriels : machines, moteurs, tubes, câbles, outils, appareils de manutention, etc., etc. La plupart de ces installations sont immenses et assez étroitement spécialisées.
Parmi elles, s'en trouve une dont on a beaucoup parlé en France, à cause de ses entreprises hardies au Maroc, la firme Mannesmann.
La société, dirigée par les six frères Mannesmann , a son siège à Dusseldorf et ses usines à Remscheid, à Bouss-sur-Sarre, Ratt près Dusseldorf, Saarbruck, Gelsenkirchen, Essen. Elle s'occupe de fabriquer toutes sortes d'objets en métal, taillanderie, quincaillerie et surtout des tubes sans soudure, des machines et accessoires de tout genre; elle possède aussi quelques ateliers métallurgiques.
Exploitant un grand nombre de brevets, les Mannesmann ont diverses filiales à l'étranger; notamment la firme autrichienne de tuyaux Mannesmann, au capital de 35 millions dé couronnes, d'autres encore en Angleterre, à Buenos-Ayres, à Milan, à Santiago (Chili), à Rio de Janeiro. Ils ont acquis en 191 1 des laminoirs à Gelsenkirchen, et en 191 2 les charoon-
i. L'un d'eDtre eux est mort au Maroc en igi3.
I A vf tai i l'IJGIE l5l
I Rrine Elisabeth, à Essen. Les principaux ateliers sont ceux de Reraschcid. Ils contrôlent euxmêmes toutes leurs filiales et sont intéressés dans une foule de sociétés commerciales. Leur capital socialactions est de 61 millions de marks, avec 8 millions d'obligations; ils ont servi, en 1912, un dividende de i3,5 p. 100. Ils occupent 13900 ouvriers et le chiffre de leur production s'élève à 96 millions de marks. On conçoit que l'entrée en scène de tels pionniers dans une colonie française ne saurait passer inaperçue et on a tout lieu de prévoir que leur action, qu'elle soit favorisée ou, au besoin, désavouée en apparence par leur gouvernement, sera grosse de résultats et peutêtre de conséquences.
Il est peu de grandes fabrications aussi ingénieuses et mettant en œuvre autant d'appareils nouveaux qu'une câblerie métallique. Les emplois, sans cesse grandissants, des fils métalliques, nus ou isolés, dans l'industrie électrique, dans les mines ou les transports aériens, dans la marine, les qualités extraordinaires des alliages de l'acier avec les métaux rares, la tréfilerie de l'aluminium, l'enroulement calculé des ressorts, la clouterie, qui en est une annexe, donnent carrière à une infinie variété d'outils qui répondent à une non moins grande diversité de types et d'objets fabriqués.
La grande usine de Carlswerk, à Mulheim-sur-Rhin, près de Cologne, produit sur une vaste échelle tous les types de fils ou câbles métalliques connus et aussi les objets en caoutchouc qui en sont les accessoires obligés.
La firme Felten et Guilleaume était, il y a cirât
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quante ans, un simple atelier de corderie de chanvre. Le magnifique établissement d'aujourd'hui, dont la direction vous fait les honneurs avec un empressement courtois, est, en réalité, un assemblage de quelque douze grands ateliers, aux destinations fort dissemblables, et qui n'ont, de commun que la batterie de vingt-quatre générateurs à chargement automatique continu, les trois machines à vapeur de i ooo chevaux chacune et les quatre turbines de 5 ooo et 2000 chevaux logées dans un hall majestueux de 2 5 00 mètres carrés.
Dans le hall de la trénlerie, les lingots métalliques provenant de hauts fourneaux que la société possède dans le Luxembourg sont réduits en fils de toutes grosseurs dans une multitude de trains tréfileurs de modèle récent, à marche continue, avec enroulement automatique, en paquets, des fils obtenus.
D'un atelier voisin sort un bruit infernal engendré par le coupage, l'appointage, l'entêtage, le polissage et l'emmagasinage de 10 millions par jour de pointes de charpentier.
Le procédé de galvanisation rïr= fils métalliques consiste à les plonger à chaud dans une solution de sulfate de zinc, que l'on alimente et que l'on enrichit sans interruption en sulfate ; car vingt-cinq ou cinquante fils, portés au rouge sombre, se déroulent et plongent simultanément dans le bain, pour en ressortir de même, se sécher et s'enrouler à nouveau, le tout automatiquement.
Un matériel analogue, plus compliqué, est mis et œuvre pour fabriquer des fils de diverses sections ; carrées, polygonales, méplates, etc.
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Deux mille à deux mille i r s ouvriers sont
occu ilerie proprement dite.
Où les nouveautés intéressantes abondent, c'est dans la confection des câbles à fils multiples, à âme de chanvre, à isolement complet, à entourage de papier, de caoutchouc, de jute, de plomb, de goudron. Toutes ces opérations se font en marche continue dans des appareils montés en tandem, les uns devant les autres.
On voit entrer, à l'extrémité d'un hall, un faisceau de brins de fils que des mouvements de torsion, les uns simultanés, les autres successifs, réduisent d'abord en torons, et ces derniers en un câble unique. Continuant à cheminer, le câble se trouve automatiquement entouré d'un fil de jute, enduit d'une couche de goudron, enveloppé d'une spirale d'un corps isolant, puis de papier, goudronné de nouveau et enfin recouvert d'un manteau de plomb. Cette dernière opération est particulièrement délicate, car le métal fondu doit être instantanément refroidi, afin de ne pas calciner les enduits antérieurement appliqués et ne présenter aucune fissure. Après quoi le câble sort à l'autre bout et s'enroule sur un treuil, prêt à transporter les courants électriques de voltages divers auxquels on le soumettra. Mais auparavant de multiples essais à la traction, à la flexion, à l'élasticité, à la conductibilité et à la résistance électriques lui sont imposés dans des laboratoires qui sont une des curiosités de cette grande usine.
Les câbles doivent en outre répondre à des usages variés; certains ont une section rectangulaire, d'autres doivent être lisses et par conséquent composés de fils
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et de torons à profils, s'enchâssant sans aucune saillie les uns dans les autres. Enfin il en est de tous les calibres, depuis le fil d'acier ou de cuivre d'un diamètre imperceptible jusqu'aux câbles de 20 centimètres, formés de milliers de fils, nécessaires aux Dreadnoughts, ou aux transatlantiques géants. Variables aussi sont leurs résistances au millimètre carré; ainsi exige-t-on des câbles destinés au labourage mécanique une résistance de 200 kilogrammes par millimètre.
A chaque type et à chaque calibre dans ce type correspondent des outils spéciaux et Ton comprend bien, en voyant l'infinie variété de ces fabrications, que seules de très grandes usines, assurées en même temps d'une vente étendue, peuvent réunir le matériel nécessaire à les obtenir. Une maison moyenne, ou bien ne possédera pas tout l'outillage nécessaire, ou bien ne fabriquera point tous les types demandés par la consommation. Quelle que soit la sollicitude de sa direction, son infériorité sera irrémédiable.
Plusieurs fabrications accessoires sont exploitées à Carlswerk : celle des objets en caoutchouc, puis tout le matériel demandé par les canalisations électriques, enfin une usine où le cuivre obtenu par l'électrolyse est ultérieurement fondu en lingots.
La firme Felten et Guilleaume roule sur un capital actions de 55 millions de marks et 25 millions d'obligations ; elle a récemment acquirla fabrique de câbles de Nuremberg ; elle possède en outre des participations dans- plusieurs industries similaires : Escher-Wyss, l'A. G. de Berlin et de Francfort, la câblerie de Saint- Pétersbourg; elle a distribué à ses actionnaires un