L'USINE
dant s'il prétend se mesurer, préparation,
des lutteurs ou des boxeurs de profession, quoique m- uns vigoureux que lui, il n'existera pas devant eux.
Il en est de même de la plupart des métiers; pour •useraent exercés, ils demandent à la fois de l'étude et de l'apprentissage. Peut-être est-ce moins nécessaire pour le commerce; certaines individualités, certaines races ont une disposition native ou atavique pour le négoce. Mais cette faculté ne s'étend pas aux professions où règne la technique, quelle que soit l'intelligence du sujet; l'aptitude y est insuffisante et l'on peut écrire, avec une certaine précision, que l'on naît commerçant, mais que l'on devient ingénieur.
La grande industrie allemande considère autant comme un devoir que comme une réserve pour l'avenir d'étudier sans relâche des fabrications nouvelles. Elle estime qu'il est plus profitable d'y consacrer ses économies que de les laisser sommeiller dans des banques. Qu'en pensent nos grands industriels ?
Les Allemands ne sont pas moins préoccupés de bien diriger les industries que de les faire progresser, c'est pourquoi ils s'efforcent de pousser l'enseignement et la démonstration, dans les écoles techniques, jusqu'aux dernières limites atteintes par la science dans toutes ses applications. C'est beaucoup de temps gagné pour les jeunes gens et d'argent économisé à leurs chefs. Elle resterait, suivant eux, inégale à sa mission l'école supérieure qui n'offrirait pas, à ceux de ses élèves qui la réclament, la connaissance encyclopédique des arts modernes. Voilà, en raccourci, la genèse expliquée de tant de produits nouveaux dont l'Allemagne est la source.
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Les idées françaises sont autres : on ne manque pas chez nous de phrases heureuses pour célébrer les bienfaits de la culture générale, opposée à l'enseignement spécialisé et Ton nous montre avec un orgueil légitime les ingénieurs complets, éminents qu'elle a formés. Seulement, on oublie de faire la preuve que c'est à cette pédagogie et non à leur propre valeur intellectuelle qu'ils doivent leur supériorité, et comme d'autre part les Allemands ont aussi, à la tête des grandes affaires, des personnalités non moins remarquables dont la formation fut différente, l'argument s'évanouit.
Poussant plus loin l'examen, on doit reconnaître que les faits nous condamnent, puisque l'industrie chez eux progresse en général plus vite que chez nous et que les nations étrangères adoptent leurs méthodes d'enseignement et non plus les nôtres.
Objectera-t-on que l'Angleterre, dont l'industrie est d'ailleurs stationnaire, ne forme nulle part des spécialistes savants? J'y peux répondre par une expérience personnelle. L'Anglais a l'esprit trop pratique et trop avisé pour ne pas s'apercevoir que le côté scientifique de sa profession lui fait défaut: il n'est pas homme d'étude, grosse lacune à laquelle il pense remédier en s'assurant, à prix d'or, le concours de techniciens étrangers. Mais ces collaborations temporaires sont loin de lui faire regagner l'avance qu'il a déjà perdue.
Si maintenant nous considérons le côté commercial des sociétés industrielles, il sera plus facile' encore de faire entrer dans les esprits que le bon marché des achats, la recherche des débouchés, la connaissance
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drs marchés extérieurs, la publicité abon généralisée ne sont guère à la portée dt affaires.
■ Allemands d'aujourd'hui étendent cette conception de l'expansion commerciale bien au delà de^r eîlorts de l'unité industrielle, si grande soit-elle, puisqu'ils professent et réalisent de plus en plus l'accord pour la vente entre tous les producteurs des mêmes marchandises. Les syndicats de vente couvrent le pays et donnent naissance à une nouvelle spécialité, celle des grands directeurs de cartels, tels ceux de la houille, de l'acier, de la grande industrie chimique, de la sucrerie, etc., etc., dont la toute-puissante autorité fait de véritables régulateurs des marchés internationaux.
Avant de pénétrer dans une manufacture, un coup d'œil sur l'organisation des bureaux de la direction est déjà fécond en enseignements pratiques. Presque toutes les sociétés, s'étant considérablement développées dans ces dernières année*, ont apporté des modifications à leurs aménagements. La plupart font parade de bâtiments directoriaux neufs, où tout a été étudié en vue de faciliter au maximum le travail des employés et de séduire le visiteur qu'on a lieu de croire un client. Ce sont, le plus souvent, des bâtisses bien en vue, à la silhouette imposante, orgueilleusement bastionnées et clochetonnées.
Tout est vaste, aéré, hygiénique, méticuleusement entretenu, éclairé par la lumière, naturelle ou artificielle, avec une science de ses effets qui prouve qu'il existe aussi des spécialistes en cet art. Des ascenseurs.
des monte-charges partout où il est nécessaire ; des téléphones relient les bureaux entre eux et à celui du chef. Aucune confusion dans la répartition des services.
L'étranger est militairement reçu par un huissier qui, après les questions précises sur le service à interroger, l'introduit dans le salon d'attente, pièce spacieuse, aux meubles confortables ; les photographies accrochées aux murs, les albums, les brochures ou les modèles sur les tables, les récompenses aux expositions, tout y chante la gloire et la splendeur de la maison. La suggestion commence.
Mais l'attente est courte. Les hommes d'affaires allemands, même les plus haut placés, même les bureaucrates, se font un point d'honneur de ne pas faire poser les visiteurs; s'ils estiment leur temps précieux ils ont aussi le respect de celui des autres. Quand ils sont retenus plus qu'ils ne voudraient, ils ne manquent pas de vous envoyer un employé pour les excuser. Une psychologie très raisonnée leur dit que l'homme qui s'impatiente est déjà mal disposé.
Dans le vaste bureau, où ils vous reçoivent avec une impeccable politesse, tout est rigoureusement à sa place, même la boîte où il est d'usage de vous inviter à choisir un cigare. Outre le bureau du chef, la pièce contient presque toujours, près d'une fenêtre, une large *.able nue, entourée de sièges.
L'objet de la visite exposé, s'il y a quelques documents à consulter, au lieu de les examiner sur le secrétaire chargé de papiers, d'écritoires, d'appareils téléphoniques, ce qui est peu pratique, vous ête invité à vous asseoir autour de la table nue, et là, côte à cote
avr. vous, 1p chef y déroule commodément des plans y présente des échantillons, y feuillette des brochures ou des mémoires. Votre attention est attirée sans effort; rien ne vous échappe.
Et, quand vous vous retirez, vous êtes si favorablement impressionné que l'affaire a des chances d'être conclue.
Plaisante qui voudra ces détails, comme oiseux ou insignifiants; mais si le railleur est fabricant ou vendeur de quelque chose, il mourra sans avoir compris pourquoi les Allemands lui enlèvent peu à peu tous ses clients.
Car cette mise en scène attirante est un des mille procédés que leurs industriels emploient pour imposer leurs produits; ajoutez-y les prospectus luxueux, les tableaux-réclames fulgurants, les voyageurs que rien ne rebute, les devis soigneusement présentés et l'étude inlassable des désirs de l'acheteur et vous aurez l'explication de leur réussite.
Mais nous ne sommes encore qu'à la porte de l'usine; il n'est pas toujours possible d'aller plus loin. A cet égard, les usages sont fort variables : ici toute visite est rigoureusement proscrite; là on ne vous laisse pénétrer que dans certains ateliers ; ailleurs enfin, on vous montre avec empressement, et non sans orgueil, comment on a su aménager l'industrie moderne.