LES FRANÇAIS EN AI»LEMAGN
constances les intérêts de la colonie française et, particulièrement, de placer les jeunes gens qui arrivent de France, pour s'instruire et travailler, dans les firmes hambourgeoises. Cette association comptait, au 3i dé cembre, io5 membres actifs ou correspondants.
Les résultats qu'elle a obtenus démontrent son utilité. Voici ce qu'on lit dans le rapport de son président, M. Jeand'heur, à l'assemblée annuelle tenue à la bourse de Hambourg, le 4 avril 1913.
« ... Toutes difficultés sont épargnées à nos jeunes membres. Dès leur arrivée, la Société leur demande de faire connaître leurs désirs, pour en tenir compte lorsque les maisons de commerce s'adressent à elle. Après sept années, la Société a acquis la confiance des firmes hambourgeoises susceptibles d'occuper des employés français. Grâce à elle, c'est presque toujours en peu de temps que le jeune homme atteint le but souhaité.
c( Le nombre des jeunes gens nous ayant demandé des emplois en 1912 a été de 47 ; tous ont été placés. Sur ce nombre, 40 ont été salariés et le salaire moyen a été de 1 000 marks. Nous regrettons de n'avoir -pas toujours eu sous la main assez de candidats ; car nous avons vu, de ce fait, quelques bons emplois nous échapper. Depuis la fondation de la Société en 1906, le nombre total des placements a été de 461. >">
Le fondateur de l'Association, M. André Silvain, conseiller du commerce extérieur de la France, est un homme dont je me ferais scrupule de ne point dire qu'arrivé il y a quelque trente ans à Hambourg, sans fortune, il a conquis de haute lutte une des grandes situations commerciales de la ville. Dans le
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discours qu'il adressa, lors de la lu 4 avril, à
ses jeunes collègues, il raconte en quelques mots sa vie, puis il leur dit :
« ... Un des charmes de votre jeunesse est l'enthousiasme ; il vous vaudra la moitié du succès si vous l'appliquez à votre établissement et si vous vous établissez jeunes ; il vous donnera la force de vaincre mille difficultés qui arrêtent vos aînés. Leur prudence, devenue sceptique, devenue pessimiste exagère en eux l'importance des dangers. Les dangers sont aussi aléatoires que les succès; risquez le succès et risquez les dangers. »
« Établissez-vous jeunes; de vingt à quarante ans l'homme est en possession de toute sa force et de son ressort d'intelligence le plus complet. Profitez de cette période. A votre âge, vous pouvez travailler sans prendre trop de sommeil ; vous pouvez voyager la nuit, partir au pied levé vers des pays lointains. Rien ne vous arrête, ni santé, ni famille. Ne perdez pas les meilleures années de votre vie à l'acquisition aléatoire d'une expérience commerciale en travaillant pour des tiers.
<( Établissez-vous jeunes ! Ne croyez pas que pour le faire on aie besoin de grands capitaux »
Suivent une série de conseils simples, pratiques, terre à terre, mais vécus, qui font de ce discours une des pages les plus utiles à lire pour un jeune homme qui veut chercher sa voie dans le commerce.
Mais les quelques phrases que j'ai glanées à travers cette leçon d'énergie montrent éloquemment quelle est la mentalité de l'homme qui les a prononcées.
Je n'en saurais trouver de plus opportunes comme conclusion à ce livre.
La Marche vers l'Ouest
Ascension ou apogée ? — Les luttes futures. — Vains efforti de l'humanité pour retourner vers l'Est. — L'Europe vue de New-York. — L'alcool perturbateur. — La voie est-elle libre vers l'Ouest?
Menaçant ou incertain, le moment est venu de regarder l'avenir en face. Nombre d'hommes, même sérieux, s'imaginent que l'Allemagne, ayant atteint son apogée, nîa plus qu'à décliner ; ce sont les mêmes, sans doute, qui déjà le prédisaient à la fin du siècle écoulé. Ils ne possédaient alors aucun argument; aujourd'hui, la diminution de la natalité, aboutissement inévitable des civilisations avancées et prospères, leur en fournit un. Mais rien ne prouve que ce soit là un symptôme concluant de décadence; car, alors, la France serait au dernier rang des peuples européens, tandis que l'Espagne, dont la décrépitude est évidente, ferait encore bonne figure, avec sa natalité élevée. La population y est stationnaire cependant, parce que l'émigration y compense depuis longtemps l'excès des naissances sur les décès. Par contre, les Américains du Nord, peu prolifiques, forment le groupement d'hommes le plus puissant du monde, grâce à l'apport annuel d'un million d'étrangers qui ne tardent pas à se fondre dans cette nationalité nouvelle.
Il faut bien s'entendre sur ce que l'on appelle émi» gration. Allez sur les quais des grands ports européens, vous y rencontrerez des théories pitoyables d'hommes et de femmes, portant sur le dos des hardes loqueteuses, leur unique avoir. Ils attendent lç traa^
LA HAftCHt ' P.sT
satlantique prochain, pour s'entasser dans l'entrepont : voilà l'émigtint. 11 p.irt d- Pologne, de Hongrie, d'Italie, d'Espagne, d'Irlande : naguère, l'Allemagne fournissait aussi son contingent, qui s'est élève jusqu'à deux cent raille individus par année. On les retrouve ayant fait souche, principalement chez les Américains du Nord. Aujourd'hui, l'exode germanique est tari : les Allemands qui s'éloignent ent en wagons confortables, ou retiennent des cabines dans les grands « liners ». Techniciens ou commerçants, ils vont au loin arrondir le patrimoine économique de la plus grande Allemagne; pendant que de pauvres hères étrangers, en nombre croissant, viennent demander à l'industrie et à l'agriculture allemandes des salaires qui enrichissent encore les capitalistes teutons; car l'émigrant est une source de prospérité pour le pays où il se rend et une cause d'appauvrissement poOs la patrie qu'il abandonne, frustrée du fruit de son travail.
Jusqu'à présent, grâce à cet afflux de l'extérieur, grâce surtout à l'hygiène et au confort qui ont allongé la durée de la vie, la population, en Allemagne, continue à augmenter chaque année de près d'un million d'âmes. Aussi, les prévisions logiques sont que l'effort d'hier lui a préparé des lendemains grandioses.
S'il en était autrement, si le travail persévérant et discipliné devenait stérile, si la science faisait faillite à ses applications, si les ports que l'on élargit, le? puits de mine que l'on creuse, les rails qu'on ajoute aux rails, les cheminées qui montent, les écoles techniques nouvelles que l'on ouvre, ^es travailleurs de tous pays que l'on embauche, les grandes entreprises
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que l'on poursuit, les agences d'exportation qui se multiplient, si tout cela devait aboutir à une diminution de vitalité économique, ce n'est point un déclin que nous enregistrerions, mais, à bref délai, la ruine et l'effondrement ; car le capital enfoui daas l'industrie s'évanouit quand la production s'arrête.
Mais quel est l'homme sensé qui oserait dire qu'une telle éventualité est proche, alors que les raisonnements et les faits concourent à démontrer que ce pays n'a point encore achevé sa croissance?
Cependant, comme rien n'est éternel, une phase viendra, dans un avenir indéterminé, où l'hégémonie allemande fléchira sous la poussée de peuples nouveaux. Les Allemands calculent qu'il leur faudra un jour lutter pour l'existence, contre les Slaves.
Napoléon a dit, à Sainte-Hélène, que, soixante ans après lui, l'Europe serait républicaine ou cosaque. Les Cosaques sont en retard sur la prédiction, parce que le génie latin de l'Empereur n'avait pas prévu l'Allemagne ; mais, tôt ou tard, les Cosaques viendront.
Une loi, dont la cause est inconnue, mais l'effet inexorable, pousse les peuples vers l'ouest, comme la gravité précipite l'eau du fleuve vers la mer. On chercherait vainement, dès les premières lueurs de l'histoire, une exception à cette règle. Les invasions, comme les théocraties, sont venues de l'Orient; et, toutes les fois que des volontés humaines ont voulu leur faire rebrousser chemin, elles ont échoué. Les généraux d'Alexandre n'ont pu maintenir son empire oriental; les Romains, maîtres de tout l'Occident, ne purent jamais mordre pleinement sur l'Asie, et ce sont
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le* Barbares asiatiques qui les submergèrent. I. 'empire de CUarlcnuigne s'est disloqué, auswtôt la mort de son fondateur; les Croisades ont avorté, en dépit, du concours de l'Lglise et des grands chefs guerriers de l'Occident. Le seul domaine où la papauté latine ait implanté sa souveraineté morale, au nord-est de l'Lu- . a été violemment démembré. Les conquérants invincibles, Charles XII, Napoléon, ont trouvé en Russie la mort ou l'irrémédiable désastre. Maint historien de nos jours veut voir, dans l'écrasement des Russes par les Japonais, une confirmation de la loi à laquelle tous les peuples sont soumis, hors les Anglais, à qui la maîtrise des mers a conféré jusqu'ici le don d'ubiquité et d'invulnérabilité.
Marchant toujours vers l'ouest, les individus les plus aventureux de tous les pays ont franchi l'Atlantique; et là, se fondant comme des métaux différents dans un creuset unique, ils ont constitué ces États-Unis du Nord, qui domineront bientôt l'Amérique entière, et regardent avec dédain tout ce qui n'est pas yankee. Vue des skyscrapers de New- York, l'antique Europe semble un manteau d'arlequin, tissu de peuples toujours prêts à s'entretuer, au grand plaisir du spectateur américain. Nous lui apparaissons comme apparaît à nous-mêmes cette péninsule balkanique qui fait tant parler d'elle. Ceux de là-bas, auxquels le tourbillon des affaires laisse le temps d'observer, peuvent distinguer la façade encore imposante, qmoique lézardée du vieux monument latin, progressivement imprégné d'infiltratien teutonne. Derrière l'édifice germanique qui se dresse de plus en plus haut, le slavisme dans ses immensités brumeuses; et plus loin, les réserve!
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innombrables des Jaunes. Enfin, tout au fond, miroite une bande brillante, le Japon, que Jonathan ne regarde point sans émoi.
Mais voici que se montrent des vapeurs légères, produits et fléaux de la civilisation, qui se rassemblent en nuages sinistres sur divers points de l'horizon : c'est l'alcool dévastateur. Déjà il a anéanti l'Indien du Far- West, ravagé le Mexique, détruit des millions de nègres en Afrique, atrophié des provinces entières en Europe. D'une génération de colosses, l'alcool, en quelques années, fait une race d'avortons. Par les maux qu'il a produits on peut calculer ceux que sa diffusion engendrera. Successivement, la plupart des peuples deviennent sa proie. Si jamais la marche vers l'Ouest est arrêtée, c'est que la résistance de populations sobres — s'il en reste ;alors — arrêtera les pas titubants des envahisseurs.
Lorsque Guillaume II a dit que le monde appartiendra aux tempérants, on a pu croire à une boutade; c'était une parole profondément vraie. Les grands meneurs d'affaires le savent et ne boivent que de l'eau. L'énigme est de deviner quels peuples auront le courage de se défendre contre l'alcool.
Dans la nature, les êtres sont soumis aux conditions extérieures qui les font se développer, vivre ou disparaître. L'homme fait exception. Il n'est pas seulement esclave de son atmosphère, il est, en plus, victime de ses penchants. Là est l'espoir de l'Allemagne quand elle considère la Russie, où l'État se charge de propager lui-même la funeste boisson; et le pangermanisme se flatte que rien n'entravera sérieusement Isa marche vers l'Ouest-
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