‹ Les derniers progrès de l'AllemagneChapitre 56 sur 68 · SÔ4 LES FRANÇAIS EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

SÔ4 LES FRANÇAIS EN ALLEMAGNE

leur fait visiter méthodiquement les points les plus intéressants de la route. Plusieurs fournées successives, au cours de l'été de iç)i3, ont atteint le total de 1 200 voyageurs. Grâce aux conditions avantageuses obtenues par le journal, le coût du voyage, tous frais compris, varie entre 200 et 25o francs.

J'ai tenu à demander à cet obligeant cicérone à quel milieu social appartiennent en majorité ses hôtes et quelles impressions ils manifestent.

« Il en vient de toutes les classes de la société, me dit-il, mais la plupart sont des gens modestes, désireux de s'instruire ; beaucoup arrivent de la province et n'ont presque jamais voyagé : des employés, des commerçants, des industriels, plusieurs maires de petites villes, même des conseillers généraux. Quant à l'impression dominante, c'est la stupéfaction. Aucun ne s'attendait au gigantesque développement dont nous leur montrons les spécimens. Les exclamations de surprise jaillissent de tous les groupes, immédiatement suivies d'un retour amer sur notre état d'inertie en face de tant de progrès. »

« Mais, ajouta-t-il, le mieux est de vous faire lire quelques-unes des lettres que nos voyageurs nous ont écrites après leur retour en France. »

' Dans ces lettres se reflètent bien les divers caractères de leurs auteurs. Les uns, pleins d'une patriotique ardeur, ne parlent de rien moins que de révolutionner, par une croisade en règle, nos vieilles habitudes; ils vont saisir les journaux, les associations, les députés de l'urgence de cette campagne ; les autres désespèrent de regagner le temps perdu et de rejoindre jamais nos nvaux; d'autres n'entrevoient que dans une guerre

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heureuse le moyen de terrasser leur concurrence; res enfin expriment qu'une alliance avec cv

lie capable de nous sauver.

Telles sont les opinions extrêmes entre lesquelles oscille cette correspondance de lapremière heure, bien peu, on le sait, résistent à l'érosion produite par le temps et favoris.ee par l'indifférence ou l'incrédulité du milieu où nos voyageurs se sont replongés.

Dans la petite ville, le Café du Commerce retentit de débats passionnés entre touristes et sédentaires; on se traite mutuellement de routiniers, de visionnaires, d'aveugles, de Prussiens. Mais au bout de quelques jours, le ton des voix s'abaisse peu à peu, les discussions perdent de leur âpreté et s'espacent, l'ardeur des néophytes fléchit, puis s'éteint; bientôt, insensiblement, tout retombe dans la politique d'arrondissement, la manille et l'immobilité. Le milieu a ressaisi son homme.

Hambourg est la ville où se donnent rendez-vous le plus de jeunes gens de toutes nationalités, désireux d'apprendre la langue et les méthodes commerciales allemandes. La proportion de français est honorable. On leur reproche d'être le plus souvent dénués de connaissances pratiques. Un diplômé d'une de nos grandes écoles commerciales ne savait pas se servir de la machine à écrire ! Tous ceux qui viennent ici avec l'intention soutenue de travailler en retirent un immense profit. Leur séjour est facilité par la sollicitude d'une association précieuse qui jouit d'une vitalité active, la Société française de bienfaisance de Hambourg, qui a pour objet de soutenir en toutes z\x~

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