‹ Les derniers ValoisChapitre 20 sur 47 · LA MAISON DE MARIE STUART · texte numérisé non relu

LA MAISON DE MARIE STUART

à 50 livres ; deux tapissiers à 120 livres ; deux aides à 60 livres ; deux maréchaux de salle des dames à 100 livres ; un huissier des dames à 408 livres ; un serf de l'eau à 90 livres ; un huissier de bureau à 110 livres; deux portiers à 120 livres ; quatre valets des filles à 50 livres, enfin, un trésorier à 2,000 livres de gages (Doc. inéd. Négoc. lett. et papiers relatifs au règne de François 11).

Les grandes charges de la Couronne et les charges de Cour. — Les Officiers civils et militaires et la Magistrature.

Avant d'aller plus loin, c'est le moment, il me semble, de donner un aperçu de cette organisation multiple qui, sous le nom de grands officiers, d'offices de cour et de magistrature, de charges militaires, de Parlements, de Conseils d'Etat et privé et de Pairs de France, gravitaient autour de la personne royale en accroissant sa majesté et sa splendeur. On pourrait faire une exception pour les parlements qui tendaient déjà à devenir un état dans l'Etat; mais ils n'étaient point encore arrivés à ce point d'audace que les Rois, comme Louis XIV, fussent obligés de s'y montrer, un fouet de chasse à la main. Au lieu de m'adresser aux contemporains français, dont la partialité peut, à bon droit, être suspectée, j'aurai recours aux ambassadeurs vénitiens, bien placés pour tout voir de près, qui savent voir, non moins bien raconter, et dont le jugement est assurément empreint d'impartialité. C'est une mine inépuisable, fort curieuse, et dans la-

quelle les écrivains ont, selon moi, le tort de ne pas puiser assez souvent.

Il est bon que, dès les premières pages de ces récits, le lecteur soit familiarisé avec des noms, des qualités et des objets qui s'y représenteront aussi fréquemment.

Cemmençons par les pairs de France : « Au- « jourd'hui, dit Jérôme Lippomano, la pairie « ne sert plus qu'à l'éclat du trône. Elle est « partagée entre les Princes et les plus grands « personnages; quant à son autorité, elle est « tout à fait tombée en désuétude. A présent, « ils sont douze pairs laïques à peu près, puis- « qu'on a érigé en paieries le comté d'Eu, les « duchés de Vendôme, de Guise, d'Aumale, de « Montpensier, de Nevers. Si quelque différend « s'élève entre un Pair et le Roi, Sa Majesté peut « se faire juger par les Pairs ou décider elle- « même. Le Pair prêtait autrefois, en Parle- « ment, le serment solennel, de défendre la « Couronne, et cette obligation était réputée si « sacrée que Henri II, par une ordonnance, dé- « cida que les Princes du sang, non revêtus de « la Pairie, pouvaient assister aux Conseils « publics, mais non au Conseil privé, car ils « n'avaient pas prêté le même serment que les « Pairs. Lorsque le Pair n'a que le titre, sa pré- « séance est réglée uniquement par la date de « sa dignité. Mais, s'il est à la fois prince du « sang et honoré de quelque dignité laïque ou « ecclésiastique, alors il y a doute, comme il

« arriva aux funérailles du Roi François II, « entre le duc de Nevers et le cardinal de Bourm bon. Le due étant plus ancien dans la Pairie, « voulait la préséance ; mais, comme le duc « de Bourbon était à la fois prince du sang et « cardinal, le duc de Nevers, d'après la décision « du Parlement, dut lui céder le pas. Au eoni l ni ire, le duc de Montpensier, frère du Carie dtnal, eut la préséance sur celui-ci, parce « que les pairs laïques l'ont toujours sur les <* ecclésiastiques, et comme tous deux étaient « princes du sang, la dignité de Cardinal « n'était comptée pour rien. »

A dater de Henri II, il y eut autant de pairies qu'il plût aux rois d'en créer, sans qu'ils tinssent aucun compte du nombre de douze auquel le i'arleraent prétendaitleslimiter. Ce futllenri III, qui, à Blois, en 1576, décida que les princes du sang précéderaient tous les autres pairs, et que le premier prince du sang prendrait la qualité de premier pair de France.

fi} Les douze pairs, six laïcs et six ecclésiastiques, étaient les vassaux immédiats du duché de France. C'était les ducs de Normandie, de Bourgogne et d'Aquitaine, les comtes de Flandre, de Champagne et de Toulouse, l'archevêque de Reims, les é vécues de Langres, de Laon, de Chàlons-sur- Marne, de Beauvaïs et de Noyon. Puis» à partir du xuv siècle, les rois s'attribuèrent le droit de créer des pairs possédant tous les mômes droits que les anciens* c'est-à-dire ceux de prendre place au Parlement, de siéger dans les lits de justice, d'assister au sacre des rois, de ne pouvoir être jugés que par le Parlement, etc. De 1259 à 1789, il n'y eut pas moins de 228 créations de pairies, dont il ne restait plus que 49 en 1789. Charles IX et Henri III en avaient créé 21 pour leur part. François II n'en créa aucune.

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Parlons de ce Parlement qui, même dans la question des pairs de France, prétend intervenir et imposer au roi sa volonté. Marino Giustiniano dit : « le Parlement de Paris a cent « vingt conseillers partagés en différentes « classes (1) : ils jugent en dernier ressort non « seulement les causes de l'Ile-de-France, de la « Picardie et de la Champagne, mais celles qui « ont été jugées par les autres parlements du « royaume : ils sont conseillers à vie, et ils « prononcent sur les causes criminelles et « civiles, d'après les pièces, sans entendre les « avocats. Il faut, pour être conseiller, le titre « de docteur, mais cela ne veut pas dire que « les conseillers soient savants. Toutes ces « charges-là sont à vendre : le roi les a données « à ses serviteurs qui en font trafic.

« La procédure, dit-il encore, ne finit jamais,

« en sorte qu'il n'y ait que les riches qui puissent

« plaider, encore s'en tirent-ils fort mal. Une

« cause de mille écus en exige deux mille de

« frais : elle dure dix ans. Cette oppression qui,

« partout ailleurs, paraîtrait intolérable, a fait

(i) C'estrà-dire en différentes chambres, la Grande Chambre, les chambres d'enquête, criminelle et des requêtes du Palais. En dessous du premier Président et des présidents à mortier ou « présidents au Parlement » , il n'y avait entre les conseillers d'autre inégalité que dans leur qualité d'ecclésiastiques ou de laïques. Les laïques étaient «conseillers au Parlement », les clercs « conseillers-clercs au Parlement». Au xvin • siècle, il y avait au Parlement de Paris cent dix conseillers et dix-sept présidents. En 1480, il y avait quatrevingt conseillers ; il y en avait cent vingt en 1635. Ce fut le chiffre le plus élevé qu'atteignit jamais le Parlement.

« naître une assez bonne institution : c'est que « le gouvernement payant les juges pour un et nombre fixe d'heures d'audience par jour, si « chaque partie leur donne un écu en sus, ils a restent une heure de plus à entendre les « débats. — « Que Saint Simon n'a-t-il lu « Giustiniano », — Le roi donnait autrefois les « charges de judicature : maintenant on les « vend à vie, au prix de 3.000 à 30*000 francs c chacune,

«r II faut que le commerce des charges soit « lucratif, car en 1563, dit Marc-Antoine Bar- « baro, ils sont 130 conseillers ; les lois elles- « mêmes, ajoute-t-il, ne sont pas à l'abri des « décisions du Parlement: il va jusqu'à inter- * prêter, modifier et rejeter les décisions du « conseil privé. » « Quoiqu'il y eut des par- « lements à Rouen, Bourges, Bordeaux, Tou- « louse, Aix, Grenoble, Dijon et Rennes, celui « de Paris était le « Parlement ». Il était, dit « Jérôme Lippomano, le premier de tous. C'est « à lui que sont dévolues les affaires les plus « importantes de haute administrotion, de « justice civile et criminelle. Il juge aussi les « querelles et les différendsdes princes ; il prend « même part, lorsque cela plaît au roi, aux « délibérations sur les affaires d'Etat. D'après « l'ancienne coutume, on ne peut ni conclure « une paix, ni déclarer une guerre sans la parce ticipation du Parlement de Paris. C'est à ce « Parlement que tous les gouverneurs des pro-

« vinces, villes et terres particulières, après « avoir prêté, serment entre les mains du roi, « jurent de gouverner et de juger selon les « coutumes du pays, sans jamais rien inno- « ver. »

Si le nombre des membres du Parlement de Paris fut presque doublé, car en 1461 il ne comprenait que 80 conseillers, cela tient à ce que, en 1552, Henri II le fit semestre, c'est-à-dire ne siégeant que six mois par moitié. Au commencement du règne de Charles IX, le chancelier de l'Hospital supprima le semestre et rétablit le chiffre des membres dans ses anciennes limites.

J'ai dit et je répète que c'était déjà sous les fils de Henri II un état dans l'Etat. On n'aurait pu alors dire de lui, comme en 1485 son premier Président La Vacquerie « qu'il était institué pour « administrer la justice et qu'il n'avait l'admi- « nistration ni de la guerre, ni des finances, ni « du fait et gouvernement du roi et des grands « princes » ou encore moins comme Machiavel : « qu'il étaitimpossibledetrouverune institution « meilleure, plus prudente, ni un plus ferme « appui de la sûreté du roi et du royaume. » Dès 1529, le premier président, Claude Gaillard, osait dire au roi : « Nous savons bien que a vous êtes au-dessus des lois, et que les lois et « ordonnances ne vous peuvent contraindre; « mais entendons dire (nous prétendons) que « vous ne devez ou ne voulez pas vouloir tout ce

« que vous voulez; mais seulement ce qui est « en raison bon et équitable, qui n'est autre que « la justice. » Le Parlement ne devait pas s'arrêter dans cette voie hautaine, et, dès le règne de Henri II, on le voit commencer à faire échec aux lois, en s'arrogeant le droit de les inscrire ou de ne pas les inscrire sur ses registres, cause incessante de conflits avec le roi qui devait forcer la main à ces brouillons par des lettres de jussion parfois deux ou trois fois réitérées. Les actes de Henri II et de ses fils en contiennent de nombreuxexemples. Toutle monde, même le roi, ne traitait pas les membres du Parlement comme le connétable de Montmorency répondant un jour aux conseillers du Parlement de Bordeaux, qui étaient venus lui faire quelques remontrances : « Et qui estes- « vous, messieurs les sots, qui me voulez con- « troller et me remonstrer ? Vous êtes d'habiles « veaux d'estre si hardis d'en parler. » Et une autre fois qu'un président Tétait venu trouver pour lui parler de sa charge, comme il faisait très chaud, le connétable tenait son bonnet à la main. Le président était également découvert, mais par respect. Ici je laisse parler Brantôme : « S'approchant de luy, il luy dict : « Dictes- « donc, Monsieur le Président, ce que vous vou- « lez dire et couvrez-vous » en luy répétant « souvent. Le président pensant qu'il se tient « découvert pour l'amour de luy, fit response : « Monsieur, je ne me couvriray point que vous

« soyez couvert premier » : — « Vous estes un « sot, Monsieur le Président, dit M. le conné- « table, pensez-vous que je me tienne découvert « pour L'amour de vous? C'est pour mon aise, « mon amy, et que je meurs de chaud. Il vous « semble estre icy à vostre siège présidental ; « couvrez-vous si vous voulez et parlez. » Mon- « sieur le Président fut siesbahy qu'il ne fît que « dire son intention à demy, encore ne faisait-il « que balbutier. — « Vous dis-je pas bien, Mon- « sieur le Président, dict encore M. le connes- « table, vous estes un sot, allez songer vostre « leçon, et me tournez trouver demain. » Brantôme ajoute qu'avec les présidents, conseillers et gens de justice, le connétable était coutumier du fait. « La moindre qualité qu'il leur en donce nait, c'estait qu'il les appelait asnes, veaux et « sots... si bien qu'ils tremblaient devant luy. > Si nos rois avaient suivi l'exemple du « bonhom me », ils s'en seraient peut-être mieux trouvés.

Après les Parlements, qui donnaient des conseils quand on ne leur en demandait pas, il est logique de parler des assemblées qui étaient faites pour l'usage diamétralement opposé, c'est-à-dire des Conseils du Roi.

Il y avait trois sortes de conseils, le conseil des affaires, le conseil privé et le conseil d'Etat ou Grand Conseil. Dans le conseil des affaires « on traite, dit Marc-Antoine Barbaro, les « affaires d'état et les matières les plus impor- « tantes. Il a été institué par François I. On

« n'y admet que très peu de personnes qui sont « de l'intimité du Roi » Lippomano dit à son tour que dans le conseil des affaires 0 n'entrent « que ceux qu'il plaît au Roi d'y appeler, qu'ils « soient titrés ou non, membres ou non d'un c< autre corps ; pourvu qu'ils soient agréables <s au Roi, on ne regarde pas au reste... Ce conu seil est celui des favoris les plus intimes du k Roi, il se lient dans son cabinet quand il m s'habille». Quant au conseil privé, où siègent tous les membres du conseil des affaires, augmentés de beaucoup d'autres personnes, « jadis « c'est là que Ton traitait les grandes affaires; <t mais à présent (1563) on ne s'y occupe que « des choses qui doivent être réglées con foret mément aux loisdu Royaume «(Marc-Antoine Barbare) Reste le conseil d'état ou grand conseil « qui compte beaucoup de membres et que « préside le chancelier » (Barbaro). Dans ce conseil prennent séance « le Roi, la Reine-mère, « la Reine régnante, tous les Princes du sang, « tous les dignitaires du Royaume, l'amiral, les « maréchaux, le premier président du Parle- « ment et celui de la Chambre des Comptes, le « colonel-général de l'infanterie française, le « gouverneur de l'Arsenal, les capitaines des « compagnies d'hommes d'armes des ordon- « nances, et enfin vingt-cinq conseillers, dix de « robe longue et quinze d'épée, choisis par le « Roi parmi les membres du conseil privé; « et enfin les gouverneurs des provinces j>

« (Lippomano). D'où les conclusions passablement dédaigneuses de ces nobles républicains que « c'est seulement entre les mains des « prêtres que se trouve le gouvernement du « Royaume. »

Les Vénitiens auraient pu ajouter que les États-Généraux accordaient une part de pouvoir au peuple. Lippomano en parle dédaigneusement, comme d'une assemblée qui n'était bonne qu'à se plaindre des impôts excessifs et à en demander l'allégement. Barbaro rend du moins justice à cette institution et dit que « la « puissance des Etats-Généraux peut modérer « l'autorité du roi ». Il énumère en effet ses attributions qui « sont nombreuses et très « importantes. Ils délibèrent sur les moyens « de pourvoir aux dépenses publiques, sur la « formation des armées, sur la diminution ou « l'augmentation des impôts, sur le règlement « des abus, sur l'administration de la justice, « sur la liste civile des fils ou des frères du Roi, « sur les réformes à introduire dans le gou- « vernement, sur les mesures à prendre pen- « dant la minorité du Roi. »

Après le roi, le premier personnage du royaume était le Connétable. « Personne aujourd'hui (1579) n'est en possession de cette « charge ; le roi actuel ne voulait plus d'une « aussi grande dignité, quoique bien tempérée, « soit que l'expérience du temps passé lui fasse « craindre l'abus d'une ausssi grande autorité

« accordée à un gentilhomme, soit peut-être « que l'ambition de la Reine-Mêre ait écarté « tout ce qui pouvait lui faire ombrage» et « cependant le connétable ne s'occupe que de « la guerre ; il organise les corps d'armée, te fait préparer les logements, donne Tordre «r des marches, et, lorsque le Roi n'est pas à « l'armée, c'est le connétable qui fait tout en son nom (Lippomano}. * On Ufi donne jamais « ce poste, dit Barbara, quVi des princes ou à « des grands seigneurs ». La famille de Montmorency, à elle seule, a fourni six connétables à la France. Parmi les trente neuf titulaires qui se succédèrent de iOOOà 102(1, six appartiennent donc à la maison de Montmorency, les trentetrois autres appartiennent — je les donna dans Tordre chronologique — aux familles de Clément, Chaumont, Mello, Montfort, Trasignies, Beaujeu, CMtillon, Brienne, Castille, Bourbon, Fiennes, du Gueselin, Clissou, Artois, Champagne, Albret, Luxembourg, Armagnac, StuarU Bretagne, Albert de Luynes et Bonne de Lesdiguières. Pour le xvi° siècle, il n'y eut que trois connétables, Charles, duc de Bourbon, de 1515 à 1523 ; Anne de Montmorency, de 1538 à 1567; et Henri, duc de Montmorency, de 1593 à 1614. Quand le titulaire vçnait à mourir, il n'était pasprocédé aussitôt à son remplacement. Cet office donnait droit à de très nombreux privilèges, à des prérogatives très fructueuses. Une ordonnance de 1340, entre autres, attri-

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bue au connétable, lors de Ja prise d'un château ou d'une place forte, « tous les chevaux, harnais, vivres et toutes autres choses que Ton trouve dedans, excepté l'or et les prisonniers qui sont au Roi et l'artillerie qui e?t au maître des arbalétriers ». Cette ordonnance était encore appliquée au xvie siècle,, aussi le vieux Montmorency, qui était puissamment riche, se serait-il néanmoins bien gardé de laisser tomber ce privilège en désuétude. Un autre privilège plus honorable était celui de conduire Pavantgarde quand l'armée était en marche. Lie connétable avait pour insigne une épée, il était juste qu'il s'en servit (1).

Les maréchaux de France étaient donc subordonnés au Connétable. « Ils ont, dit Lippoma- « no, la préséance sur l'amiral ». Dans l'origine, il n'y avait qu'un seul maréchal, comme il n'y avait qu'un seul amiral. De saint Louis à François Ier, il y en eut deux. François ltr en établit un troisième et Henri II un quatrième. Comme le nombre s'en était encore accru sous ses fils, les Etats de Blois, en 1577, exigèrent qu'on le réduisità quatre. Brantôme ditméchamment à ce sujet : « Les rois Charles et Henri III en ont fait la grande augmentation, en vertu de quelque pierre philosophale ». (2)

(l)La charge de connétable fut supprimée après la mort du connétable de Lesdiguières, par un édit de janvier Qui, ot ne fut jamais rétablie depuis.

(i) Pendant le règne de François H, il n'y avait queqq&JLre

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« L'amiral, dit Machiavel, a non seulement « le commandement de toutes les armées de « mer, mais son pouvoir s'étend sur tous les « ports du Royaume ». Lippomano et Barbaro le reconnaissent ainsi, mais, relativement à la préséance, il faut indiquer ce correctif, qu'un règlement d'avril 1582 donna le pas à l'amiral sur les maréchaux (1).

maréchaux fie France, Jacques d'Albon dé Saint-André, Charles de Cosst\ comte de Brissur; Pau! de lf* Rnrtho, seigneur de The nues et François, duc de Montmorency. Sous Charles IX, furent créés maréchaux de France, François de Seepeaux, seigneur do Vieil leviUe (1562) ; lmbcrt de la Platière, soigneur de BourdULon (1564); Henri de Montmorency (1566); Artus de Cossét comte deSecondigny{1567}; Gaspard de Saulx, seigneur deTavannes ( 1570 j ; Honorât de Savoie, marquis do Villars (1571); Albert de Gondi, duo de Retz (1573V Henri IL1 nomme maréchaux : Roger de Saint- Lary, seigneur deBeïlegarde [15741; ; Biaise de MonUuc (1574] ; Armand de Gontaut, baron de Biron (1577) ; Jacques Goyon de Matignon (1579); Jean d'Aumont (1579); Guillaume, vicomte de Joyeuse '1582). Pendant dix ans, il n'y eut plus aucune nomination. La première que lit Henri IV, en 1591, fut celle de Henri de La Tour, vicomte de Turenne, duc de Bouillon. Depuis 1185 jusqu'à 1870, il y eut 318'nominations de maréchaux de France; le premier Empire y figure pour 25 et le second Empire pour 18.

(1) Il n'y avait qu'un seul amiral de France, dont l'autorité, par le fait, ne s'étendait que sur les côtes de Normandie et de Picardie, car les gouverneurs ou sénéchaux de Provence, de Guyenne, de Gascogne et de Bretagne, étaient en môme temps les amiraux des provinces dont ils avaient le commandement. De 1270 à 1830, il y eut 71 amiraux de France. Cette charge, supprimée avec celle de connétable, par Louis XIII, en 1627, fut rétablie par Louis XV, en 1769, au profit de Louis de Bourbon, comte de Vermandois. Pendant les règnes des fils de Henri II, les amiraux de France furent successivement, après Gaspard de Goligny, seigneur de Chàtillon : Honorât de Savoie, marquis de Villars (1572) ; Charles de Lorraine, duc de Mayenne (1578); Anne, duc de

Passons maintenant aux grands officiers de la Couronne, ou, pour être plus exact, aux officiers servant auprès de la personne du Roi avec le titre de grand. D'après les termes du règlement du 3 avril 1582, concernant les questions de préséance entre les officiers de la Couronne, ils n'étaient qu'au nombre de six, le connétable, le chancelier, le grand-maître de France, le grand chambellan, l'amiral et les maréchaux. Henri III y ajoute, en 1584, le colonel-général de l'infanterie française. Henri IV, le grand écuyer et le grand maître de l'artillerie. L'historien des grands officiers delà Couronne y fait figurer en outre le grand panetier, le grand veneur, le grand fauconnier, le grand louvetier, le grand aumônier, le grand queux et le grand échanson.

Lippomano est le seul qui se soit étendu sur les principaux offices de la Cour : « Nous allons, dit-il, endirequelques mots»; que je vais reproduire en y ajoutant des commentaires, s'il y a lieu de le faire.

« Le premier de tous, car il réunit l'autorité « et l'utilité, est celui de grand-maître de « France. Le grand-maître juge toutes les « causes et les différends des courtisans et de « la famille du Roi. C'est entre ses mains que « tous les offices de la Cour prêtent serment.

Joyeuse (1582) ; Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d'Epernon (1587); Antoine de Brichanteau, marquis de Nangis

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« C'est lui qui prononce sur toutes les querelles « de la Cour en l'absence du roi. Jadis, on por- « tait une verge devant le grand-maître, coiùme « on fait pour le recteur de l'Université,' mais « cette coutume est tombée en désuétude. « Chaque soir, on lui porte dans sa chambre « les clefs du palais. » Ce que dit l'ambassadeur est de tous points conforme à la tradition. Dans Forigine, on le qualifiait Souverain Maître de l'Hôtel du Roi; à partir de 1448, grand Maître de la maison du Roi et, depuis 1451, grand- Maître de France. J'ajouterai que, tous les ans, il réglait la dépense de bouche de la maison du Roi. Aux obsèques du Roi, après que tous les officiers avaient rompu et jeté leurs bâtons de commandement dans la fosse, il n'y laissait entrer que la pointe du sien avec lequel il touchait le cercueil et le retirait en entier ; mais il le rompait après le repas qui suivait les obsèques. Le grand-maître avait 3,600 livres de gages. 10,000 livres de pension, 42,000 livres de livrées et 1,200 livres pour ses droits de collation. Il avait le droit de vendre à son profit, quand elles devenaient vacantes, la plupart des charges delà maison du Roi. Au sacre, il marchait derrière le chancelier et occupait une place d'honneur auprès du trône. Il avait sous ses ordres les officiers de la bouche et du gobelet, jusqu'au jour où le duc de Guise renonça à cette prérogative, à cause des défiances dont il était l'objet de la part du Roi.

Les grands-maîtres de France, au XVI* siècle, ont été Charles d'Amboise, eh 1502 ; Jacques de Ghabannes, en 4:511 ; Artus Gouffier, le 7 jah* vier 1515; René, bâtard de Savoie, comte de Villars, eri>1519; Anne, duc de Montmorency, le 23 mars 4525; François, duc de Montmorency, en 1558 ; Françoite de Lorraine, duc de Guise, eh 1559; «Henri de Lorraine, duc de Guise, en 1563; Charles de Bourbon, comté de Soissons, de 4589 à 4612(1).

« Apres lui veaijajït le grand queux, autrement « dit le surintendant des cuisines; mais cette « charge a été supprimée. » A la mort de Louis de Prie qui en était titulaire, cette charge avait été effectivement supprimée et réunie à celle de grand-maître. « Ensuite vient le grand pane- « tier — c'est aujourd'hui le maréchal des logis « — qUi a sous sa dépendance tous les pane- « tiers de la maison royale et tous ceux qui « s'occupent du pain et* de lingerie. Cet officier « jugeait jadis en première instance toutes les « causes dés boulangers, comme le grand « échanson pour les marchands de vin et taveiv « niers. Aujourd'hui, par suite de l'indifférence « de ces grands personnages qui dédaignent de ce s'abaisser à de si humbles détails, toute cette « juridiction appartient au prévôt de Paris,

(1) Le premier en fonction Tétait en 1290. Le dernier fût Louis-Henri II, prince de Oondé, nommé en 1740. Dans l'intervalle il s'en était succédé 41. Mais les fonctions étaient devenues héréditaires dans la branche de Bourbon-Condé

depuis 1641.

« ainsi que les droits qui leur en revenaient ». Le grand panelier avait droit de juridiction sur tous les boulangers de Paris et de la banlieue. Il connaissait des entreprises, injures et vio~ lences commises par eux, leurs valets, garçons 'et apprentis, exerçait basse justice sur eux et levait les amendes en tous cas. Il recevait les maîtres de la corporation et avait un lieutenant pour l'aider dans son office. Il prélevait chaque année un denier parisis sur les boulangers et pâtissiers. Dans les grandes fêtes, aux repas solennels, it changeait les assiettes, les serviettes et le couvert du Roi, Cette charge, pendant toute la deuxième moitié du XVIe siècle, de 1547 à 1621, demeura dans la famille de Gossé- Brissac(l). Quant au grand échanson, jusqu'au XVI* siècle, il s'était appelé le grand bouteiller. Ses droits sur les cabaretiers et taverniers étaient les mêmes que ceux du grand panetier sur les boulangers et pâtissiers. Mais, à partir du XVe siècle, il avait sur lui l'avantage d'être l'un des Présidents de la Chambre des comptes de Paris. Dans les grands repas, il servait à boire au Roi, après avoir fait l'essai. C'est à peu près à cela que se bornaient ses fonctions au XVIe siècle, pendant lequel ses titulaires furent Charles de Rohan, seigneur de Gié, 1 498-1510 ;

(1) Elle y était entrée par René de Cossé, seigneur de Brissac, en 1495, et Louis-Hercule-Timoléon de Cossé, duc de Brissac, massacré à Versailles en septembre 1792, fut le dernier titulaire de cette charge, après onze de ses ancêtres.

François Baraton, 1516; Adrien de Hangest, seigneur de Genlis, 1526-1533; Louis de Beuil* comte de Sancerre, 1533-1563; Jean de Beuil, comte de Sancerre, 1563-1600.

« La charge de grand écuyer a toujours été « tenue. en haute estime. Sous ses ordres, il a « tous les écuyers ordinaires qui servent par « quartier, comme dû reste font tous les office ciers de la Cour. » Sous Henri III, le grand écuyer n'était pas encore classé parmi les Grands officiers de la Couronne. Dans le règlement du 3 avril 1582, le Roi nomme les Grands officiers dans Tordre suivant : 1° le connétable, 2° le chancelier, 3° le grand maître, 4° le grand chambellan, 5° l'amiral, 6° les maréchaux. Henri IV érigea la charge en grand office de la Couronne, en faveur de César-Auguste de Saint- Lary, baron de Thermes. Le grand écuyer était connu à la cour sous le nom de Monsieur le Grand. Avant le xve siècle, cet officier ne portait d'autre titre que premier écuyer du corps et maître de l'écurie du Roi. Ce fut Tanneguy du Chastel qui se qualifia pour la première fois grand écuyer dans le contrat de mariage de Philippe de Pouilleuse, seigneur de Flavacourt, le 16 août 1455. Le grand écuyer commandait ,1a grande écurie du Roi et en réglait toutes les dépenses, tandis que le premier écuyer, Monsieur le Premier, avait sous sa dépendance la petite écurie. Aux premières entrées que le Roi faisait dans les villes du

royaume, ou dans celles qu'il avait conquises, le grand écuyer le précédait immédiatement, à cheval, portant Tépée royale dans un fourreau

de velours bleu parsemé de fleurs de lys dTor, suspendu à un baudrier de même. Le dais que, dans ces circonstances, les éehevins portaient sur la tête du Roi lui appartenait. Dans les lits de justice, il était assis à la droite du Roi, sur un tabouret, au bas des degrés du siège royal, portant Tépée pendue à son cou. Dans la cérémonie du sacre, il soutenait la queue du manteau du Roî. Aux funérailles du Roi, il fournissait le chariot d'armes, les carrosses et les chevaux caparaçonnés. C'était sur ses ordres qu'étaient livrés les vêtements de deuil des capitaines, officiers et gardes du corps , des hérauts d'armes, des pages, etc.. A la mort du Roi, tous les chevaux de la Grande écurie, ainsi que les harnais et les meubles qui en dépendaient, lui appartenaient. Pendant le xvF siècle, cette charge eut pour titulaires : Galeas de San- Severîno, le 22 septembre 1505; Jacques de Genouillac, seigneur d'Acier, en 1524; Claude Gouffîer* duc de Roannais, le 22 octobre 1510 ; Louis Chabot, comte de Charny, en 1570.

« Il y a encore le grand maréchal qui a sous « ses ordres les vingt-quatre maréchaux de « l'écurie du Roi. Les droits et privilèges sont « nombreux. Charles VII décida que celui-ci « ne ferrerait pas lui-même les chevaux, « excepté ceux que le Roi monte en personne.

« Mais tout s'en va à l'abandon! * parce* que les « charges s'achètent, que les gages sont mal « payés ». Ceci, n'a jamais été, que je sache, un office de Cour, c'est un simple office dés offi*» ciers de l'écurie.

ce Le grand chambellan est encore un des « principaux officiers de la couronne. Cet office « a toujours appartenu à de très grands person- « nages et à des Princes du sang, car il est un « des quatre qui donnent entrée dans le Gon- « seil d'État. » Le grand chambellan, qui avait le quatrième rang, suivant Tordre de préséance établi le 3 avril 1582, marchait après le grandmaître et avant l'amiral, ce qui donne une haute idée de l'importance attachée à cette charge. Il avait spécialement la garde du lit et de la garde-robe royale ; il avait la garde du sceau particulier ou sceau du secret du Roi. Au sacre, il chaussait les bottines du Roi et le revêtait de la dalmatique et du manteau. Dans les lits de justice, il était assis aux pieds du Roi, et dans les audiences solennelles, il se tenait derrière son fauteuil. De 1504 à 1552,. cette charge eut pour titulaires François, Claude, Louis et François d'Orléans, ducs de Longueville ; de 1551 à 1562, François de Lorraine, duc de Guise, et de 1562 à 1611, le duc de Mayenne.

« Il y a près de la personne du Roi deux « autres charges presqu'égales en dignité et « en revenu, celle de premier gentilhomme de

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« la Chambre et celle de maître de la gardece robe. » La charge de premier gentilhomme de la chambre fut instituée par François Ier en 1545, quand il supprima celle de grand chaml»rier. Jusqu'à la mort de Henri III, il n'y eut qu'un seul gentilhomme de la Chambre.

Henri IV en créa deux autres et Louis XIII en adjoignit deux autres, ce qui resta ainsi établi jusqu'à la On de la Monarchie. Le premier gentilhomme suppléait le grand chambellan en son absence, recevait le serment de fidélilé de tous les officiers de la chambre, leur délivrait des certificats de service; donnait aux huissiers l'ordre pour les personnes qu'ils devaient laisser entrer, etc.. Quant au second office cité par l'ambassadeur vénitien, il ne faut pas le confondre avec celui de grand maître de la garde-robe qui ne fut créé qu'en 1667. De même que le premier gentilhomme de la chambre était le suppléant ou lieutenant du premier chambellan, ainsi le maître de la garde-robe était un second suppléant ou lieutenant pour tout ce qui concernait le lit, le coucher et les vêtements du Roi.

« Toutes ces dignités de cour acquièrent plus « ou moins d'importance au gré du Roi, la « moins élevée est quelquefois la plus appré- « ciée, si celui qui la possède est plus aimé « du Roi. Il y a maintenant plus d'officiers de « la maison du Roi qu'il n'y en a jamais eu. « Les maîtres d'hôtel, seuls, sont au nombre

« de 26, dont 24 égaux en dignité, servant à « 6 ensemble par quartier de trois mois, et deux « qui sont qualifiés premiers maîtres d'hôtel. « Les gentilshommes de la chambre sont en « nombre indéterminé, et il y en a d'autant plus « aujourd'hui que cette charge est devenue « très estimée. Ceux qui en sont pourvus por- « tent tous une clé d'or attachée à la ceinture. « Il y a ensuite 12 pages d'honneur choisis « parmi les plus grandes familles de France. « Les pages de récurie sont au nombre de 60 « environ, chacun ayant son valet. Six des « pages d'honneur se tiennent avec le maître « de la garde-robe, six avec le premier gentil- « homme de la chambre. Outre cela, il y a tant « d'huissiers, d'officiers de bouche et de garde- « robe, tant de gardiens de chiens et d'autres « bêtes, tant de gens salariés, que c'est un pêle- « mêle sans ordre et sans règle aucune. »

Une rectification à propos des « gentilshommes ordinaires de la chambre du Roi » : tel était leur titre officiel. Ce n'était pas à la ceinture, mais au cou qu'ils portaient la clé dorée, insigne de leur dignité, suspendue par un cordon d'argent et de soie blanche, orange et colombin (Compte des Argentiers sous Henri III, K. K., 138. Arch. nat.). Les pages d'honneur^ étaient ce que Ton appelait « les pages de la chambre ». Au xvie siècle, il était encore d'usage que les jeunes gentilshommes entrassent comme pages dans d'autres familles

qui souvent n'occupaient pas dans la noblesse un

rang plus élevé que le leur : « C'est un bel usage « de notre nation, dit Montaigne, qu'aux bonnes « maisons nos enfants soient reçus pour y être * nourris et élevés pages, comme une école de w noblesse ; et est discourtoisie, dit-on, et injure « d'en refuser un gentilhomme »,

La cour, dont Catherine de Medieis fut lïime et comme le pivot pendant le règne de ses trois fils, n'ayant durant cette période de vingt-neuf ans subi aucune modification, je vais rapporter ici ce que l'ambassadeur vénitien en disait en 1577, car cela s'applique aussi bien k l'époque de François II et de Charles IX, qu'à celle de Henri III.

« Les Reines ont leurs cours, presqu'aussi es nombreuses, composées d'officiers de bouche, « de gardes, d'écuyers, sans compter un grand « nombre d'aumôniers, de chapelains, de mé- « decins, d'astrologues, et d'autres personnages a de mérite qui sont entretenus par la Cour et la « suivent continuellement. La première place « auprès des Reines est celle de premier gent* Ulhomme de leur chambre, que l'on appelle « chevalier d'honneur. La garde ordinaire des « Reines est de douze hallebardiers et de douze « arquebusiers, mais la Reine-Mère , qui tient <c les rênes du gouvernement, a une cour plus « nombreuse et plus considérée. Les princes, les « ducs, les barons, les prélats qui suivent la « cour, les uns par devoir, les autres par ambi-

« tion, sont si nombreux qu'à chaque grand « voyage, il n'y a jamais moins de huit mille « chevaux et autant de personnes. Pour trouver « ses logements, un prince est obligé dese tenir « à trois ou quatre lieues de distance d'un autre, « et comme les. villes ne pourraient suffire à « contenir tant de monde, on.se met dans les « villages environnants. Quand même il y « aurait assez de place pour la cour, il n'y en « aurait pas assez pour les bêtes. »

Dans cette foule, il faut comprendre « la « garde du Roi qui était autrefois de 6,000 « Suisses et n'est plus à présent que de 1,500. « Elle comprend encore 150 Ecossais ou Ance glais qui servent à la garde particulière de la « personne royale (1), 800 Français, puis 200 « gentilshommes à bec de corbin qui n'ont « d'autres fonctions que d'accompagner le roi « quand il va à la messe, ou de le suivre à che- « val quand il est en voyage ; les gardes fran- « çaises et suisses restent au château (du « Louvre) tout le temps que le Roi y demeure; « les écossais et les archers l'accompagnent en « route, à cheval ou à pied, dans les grandes « solennités. Ils gardent les portes, les cours, « les salles, les chambres du roi : ils font leur

(1) Les gardes Ecossais avaient été tirés par Charles VII d'une compagnie écossaise d'hommes d'armes des ordonnances qu'il avait créée en 1445. Lorsqu'il y eût quatre compagnies des gardes du corps, la compagnie écossaise fut maintenue comme la première, mais elle ne se composait plus que de Français et n'avait d'écossais que le nota.

«* service par quartier et sont relevés d'heure « en heure. «

A propos des gentilshommes h becs de cor* bïn, il faut remarquer que leur compagnie ne se composait que de 100 hommes et qu'ils tiraient leur nom de la forme du fer de la hallebarde qu'ils portaient dans les cérémonies uîi ils marchaient deux par deux devant le Roi. La compagnie des Gardes écossais avait élé créée en 1453 par Charles VIL Quant aux Gardes françaises ou régiment des gardes, qu'il ne Faut pas confondre avec les Gardes du corps, ii fut créé en IfiÈS.

Pour d'autres détails, qui complètent le tableau, c*est à Barbaro (relut* de 1503) qu'il Imil avoir recours : a Le chancelier, dit-il, est un <c personnage très important et pourvu d'une « très grande autorité. Il a la garde du grand « sceau, siège dans tous les conseils, et aucune « délibération d'importance ne se tient qu'il n'y « assiste. Le Roi lui demande conseil dans tout « ce qu'il fait. »

Le chancelier était chef de tous les conseils et président-né de toutes les cours de justice ; il veillait à l'exécution des lots dans tout le royaume. Ses insignes étaient la robe ou simarre violette, et le mortier orné de galons d'or jusqu'au sommet. Déjà au xvie siècle, la dignité de chancelier était inamovible. S'il était disgracié et exilé, comme cela arriva à Michel de l'Hospital, il conservait son titre et le Roi nom-

mait un garde des sceaux pour exercer les fonctions. C'est ainsi que René de Birague, nommé garde des sceaux en 1568, ne prit le titre de chancelier qu'après la mort de Michel de l'Hospital, en 1573.

Sous les trois fils de Henri N, les chanceliers furent François Olivier, 1559-1560 ; Michel de l'Hospital, 1568 ; Jean de Morvilliers, évêque d'Orléans, 1570; René de Birague, 1570; Philippe Hurault, 4588; François de Montholon,

Les lettres patentes et les édits, scellés par le chancelier, étaient contre-signes par un des secrétaires du Roi : « Il yen a, dit Barbaro « (1563), quatre principaux qui s'intitulent se- « crétaires des Commandements et ont l'entrée « du Conseil. » Le véritable titre quïls portaient était secrétaires d'Etat, mais il y avait en réalité peu de temps qu'ils l'avaient reçu ; jus qu'à la paix de Gateau-Cambrésis, dit Pasquier, on les appelait secrétaires des Commandements et finances du Roi. Leur nombre avait été fixé à quatre par Henri II, le 14 septembre 1549.

Les ambassadeurs, ainsi que les écrivains contemporains français, signalent comme un grave abus la vénalité des offices, non seulement des offices de Cour, mais des offices de magistrature et un peu de tous en général. Le Roi et l'Etat n'en étaient pourtant pas plus mal servis. Marino Cavalli, notamment, dit(i546) « on tire beaucoup d'argent de la vente des

m emplois et ce commerce se fait de mille ma- « nières. Le nombre des employés augmente « toujours ; ce sont des avocats du Roi à chaque « petit village, des receveurs d'octroi, de tailles « et de taillons, des trésoriers, des conseillers, « des présidents de cours des comptes et de <c celles de justice, des maîtres des requêtes, « des procureurs du fisc, des prévôts, des élus, « des baillis, des vicomtes, des généraux et « d'autres dont la moitié serait bien sufliu santé. Tout ce monde donne de l'argent au « Roi qui, une anftiée portant l'autre , en tire « plus de quatre cent mille écus ». Cet impôt volontaire sur la vanité n'est-il pas préférable aux impôts forcés dont on surcharge le peuple ? n Tous les états de France se vendaient au « plus offrant et dernier enchérisseur, mais u principalement ceux de la justice, contre « tout droit et raison » (L'Estoile). Les charges de cour et les charges militaires se vendaient non moins bien. Je cite quelques exemples : En 1676, Montmorency-Thorévend le bailliage du Palais 18,000 francs ; Montmorency-Méru vend la capitainerie de la Bastille; en 1578, Lansac vend 20,000 écus sa charge de capitaine des cent gentilshommes de la garde du Roi ; Beauvais-Nangis achète 200,000 écus le régiment de Saint-Luc ; Saint-Luc achète au jeune Lansac 20,000 écus le gouvernement du Brouage ; Le Roy achète 33,000 écus la charge de Trésorier de l'Epargne. Quelquefois, c'était le

roi lui-même qui achetait une charge pour en faire don à quelque favori. En 1581, Henri III, pour en gratifier le duc d'Epernon, achète à Philippe Strozzi la charge de colonel-général de l'infanterie française. Strozzi reçoit 50,000 écus et 20,000 livres de pension. Avec cela il achète la belle terre de Bressuire en Poitou. Les rois avaient souvent tenté de combattre cette vénalité. Henri III, dans un règlement du 1er janvier 1585, s'exprime ainsi : « S. M. « ayant mis fin à la vénalité des offices de ju- « dicature, qu'elle avait troflvé introduite dans « son Royaume, pour la nécessité du temps, « veut couper chemin à la vénalité de tous les « autres états, charges et offices de quelque « qualité qu'ils soient , déclarant que doréce navant elle ne veut qu'aucun des susdits « estats, charges ou offices, se vendent direc- « tement ou indirectement, ni qu'il en soit pris « ou baillé aucune récompense, sous peine de « privation, à celuy qui l'aura acheté et à celuy « qui l'aura vendu , de la somme qui sera « trouvée en avoir reçue et d'estre incapable « pour trois ans de tenir aucun estât, charge « ou office ». Tout cela était certainement très bon à dire et d'autres l'avaient dit avant lui. Mais pourquoi ces belles résolutions n'étaientelles suivies d'aucun effet ? L'ambassadeur de l'empereur, Busbec , va nous l'apprendre: « Rien n'est plus curieux au Royaume que « l'augmentation des offices que le Roi a créés

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« pour tirer de l'argent. Maintenant on en sup- « prime une partie ; entre autres, il avait 150 « officiers de sa chambre, qui recevaient de i bons appointements pour le servir et il les m a réduits à 16, ou tout au plus à 24. Il en « sera de même des autres, ce qui sera d'un « grand soulagement aux peuples obligés de « soutenir les dépenses. Mais les particuliers « feront de grandes plaintes de perdre ainsi « leur propre argent dont ils avaient acheté ces « charges, et quand même on songerait à les « rembourser, ils ne laisseraient pas d'y perdre « beau coup. » Il y avait encore autre chose, la difficulté de rembourser les offices sur le pied du taux de la création : et les meilleures intentions échouaient sans cesse devant les besoins d'argent, qui se multipliaient également sans cesse.

L'Ordre de Saint-Michel

Jusqu'à ce que Henri III eut fondé Tordre du Saint-Esprit, destiné à devenir la plus illustre et la plus enviée parmi toutes les décorations européennes, la monarchie française n'avait pour récompenser le mérite ou les services rendus, en outre des charges civiles et militaires, que le collier de Saint-Michel, H ordre du Roi comme on l'appelait alors, le collier à toutes bêtes comme on ne tarda pas à le surnommer pour l'abus qu'en firent les fils de Henri II, pour le discrédit où il tomba après l'apparition de l'ordre du Saint-Esprit réservé aux princes et aux plus grands seigneurs du Royaume.

« Les chevaliers de l'ordre de Saint-Michel, « dit Barbaro en 1563, sont tous gentilshommes « et ne doivent ordinairement cette distinction « qu'à leur mérite. » De 1577 à 1580, laps de temps qu'embrasse la relation de Jérôme Lippomano, la décadence s'était accentuée : « Après a l'avènement de Henri II, cet ordre devint très « déprécié par la prodigalité avec laquelle, on « le distribua à toutes sortes de gens, nobles et « même roturiers. (Ceci, pour ce qui concerne

tf les roturiers, est inexact.) Le jour de la fête de « Saint-Michel, qui est celle de Tordre, les « princes se sauvent pour ne pas paraître à la « cour. J'ai vu trois années de suite cette céré- « morne, qui est la même que celle de Tordre « du Saint-Esprit- La première année, la cour « étant h Poitiers, il y eut beaucoup de princes « et même le duc d'Àlençon. Pour les deux « autres années, je n'y ai vu d autres princes, « en 1578 que le duc de Mereœur, et en 1579 « que le duc de Guise, et encore celui -ci avait-il « été spécialement invité par le Roi. On a voulu « plusieurs fois (Lippomano est le seul à affir- « mer ceci) partager les chevaliers en deux « classes, afin de rehausser l'éclat de Tordre; « mais on n'a pu y donner suite, de crainte de « les offenser. Maintenant, on se montre moins « prodigue de nominations, n

Il faut retenir ce mol, car, en effet, à partir de la création de l'ordre du Saint-Esprit, les chapitres de Tordre de Saint-Michel qui se tenaient ce jour-là tous les ans pour la nomination de nombreux chevaliers, devinrent de moins en moins fréquents, et le nombre des élus se fit de plus en plus rare. Sous Henri IV, Tordre avait presque reconquis le prestige que lui avait donné Louis XI, son créateur,

Les insignes consistaient, en grand costume, en tenue de chapîlreven un collier de coquilles d' or entrelacées auquel était suspendu un médaillon ovale portant Timage de Saint-Michel

118 l'ordre

avec cette devise : Immensi trémor Océanî, par allusion au mont Saint-Michel battu de tous côtés par l'Océan. Dans; l'ordinaire delà -vie, le collier était remplacé par un ruban noir supportant le médaillon d'or. Celui-ci « le ' falloit « porter ordinairement et ne désemparer « jamais, fut-ce parmy le3 grands combats, « batailles et dangers ». (Brantôme, M. de Tavannes) Il arrivait quelquefois que des chevaliers de l'ordre, pour éviter de porter ce médaillon battant sur leur armure, faisaient graver ou ciseler en relief sur le sommet de leur cuirasse le collier et le médaillon de Tordre. On en trouve quelques exemples sur de belles armures du xvie siècle : il est vrai qu'ils sont fort rares. On en voit une au Musée d'Artillerie (0. 138), à fond noir et filets argentés, de la seconde moitié du xvie siècle. Le collier de Tordre est repoussé et ciselé sur le colle tin. On en voit encore une autre, connue sous le nom de Tarmure aux lions (G. 50), que je n'hésite pas à attribuer à Henri IL

Le chevalier était tenu de prêter un serment et de le mettre par écrit. En voici la teneur : « Nous, Françoys de Belleval, chevalier, baron « de Longvilliers, d'Avrilly et de Bauche, sei- « gneurdes dits lieux, Recques, Armainvilliers « et Marquise, aiant agréable l'honneur qu'il a « plu au Roy, chef souverain de Tordre de « M. Sainct Michel, et aux confrères, compai- « gnons, chevaliers, du dict ordre, de nous élire

« et nommer en ceste amiable compagnie, « dont le remercions de très bon cœur ; et proa mettons par ces présentes que de tout nostre « pouvoir nous aiderons à garder, soutenir et « deiTendre les grandeurs et droictz de la Goûte ronne et majesté roiale» et Tau to ri té du Sou- « verain de l'Ordre, de ses successeurs souvent rains, tant que nous vivrons et serons d'icelle; « que nous nous employerons de tout nostre « pouvoir à maintenir ledict ordre en estât et « honneurs et mettrons peine de l'augmenter «c sans le souffrir descheoir ou amoindrir, tant « que nous pourrons y remédier et pourveoir. « Que s'il arrivoit que Dieu le veuille, qu'en « nous fust trouvée aulcune chose pour laquelle u sellon les coutumes et statuts de l'Ordre en « faussions privé, sommé et requis de rendre « le collier, nous, en ce cas, le renvoyerons « audit Souverain et au trésorier dudict ordre « sans, après laditte sommation, porter ledict « collier. Nous porterons et accomplirons « patiemment toutes les peines et punitions « qui, pour ce ou pour aultre moindre cas, « nous pourroientestre enjoinctesetordonnées; « que nous nous trouverons et comparaîtrons « aux convocations et assemblées ou y envoye- « rons sellon les statutz et ordonnances d'icel- « luy, et obéirons audict Souverain et à ses « commiz en toutes choses raisonnables, tou- « chant et regardant le devoir et office dudict « ordre ; et accomplirons de toute nostre puis-

120 l'ordre

« sance les statutz et ordonnances portées es « articles et serment que nous avions faict « entre les mains de M. le duc de Montpen- « sier (1), duquel nous avons agréablement « reçu et accepté le collier dudict ordre. En

(1) Henri de Bourbon, duc de Montpensier, prince de Dombes, gouverneur de Normandie, né le 12 mai 1573, mort le 27 février 1608. François de Belleval avait été attaché à son père, François de Bourbon, duc de Montpensier, mort le 2 juin 1592, en qualité de gentilhomme de la maison du Prince, dès 1572, et assista à ses côtés en Poitou, en Touraine «?t en Normandie à dix combats dans lesquels le duc de Montpensier défit les troupes de la Ligue. Plus tard, en 1589, ils étaient ensemble au combat d'Argentan, le 20 avril, à la prise de Bernay et de Honileur, à la bataille d'Arqués le 24 septembre; le 14 août 1590 à la bataille d'Ivry, où François de Belleval eut un cheval tué sous lui et son armure faussée de trois balles ; aux prises d'Alençon, Falaise, Lisieux, Pont-Lévôque et Honfïeur, au siège de Rouen [1591-1592), de Dreux le 8 juillet 1593, et au siège de Honileur qui dura du 9 mai au 3 juin 1594 et où François fut blessé à l'assaut du 1" mai. En 15%, François de Belleval prenait part au siège de La Fère, et en 1597, a celui d'Amiens où il se distingua, puisque les historiens picards le citent :ivec éloge. — Sous le règne de Henri III, François de Belleval avait été lieutenant des Gardes du corps et capitaine «le la compagnie des gardes du duc d'Epernon. Il vit de près le meurtre du duc et du cardinal de Guise et joua un rôle subalterne dans la tragédie. Il a relaté les détails de ce qu'il vit dans une curieuse lettre adressée à un gentilhomme • lu Boulonnais, Charles de Sourhouette du Halde, dont il devait épouser lasœur, devenue son héritière, en janvier 1593. Ce document inédit ayant quelque importance pour l'histoire, je le transcris ici :

« Monsieur mon bon compagnon, je vous blasme fort que vous n'avés pas esté avec nous pour voir la fin qu'il a pieu au Roy donner à tout cecy. Il n'y a plus qu'un roy à l'heure présente et cest le nottre, un cher et bon maître, comme vous scavez. M. de Guyse a méchamment ftny après une méchante vie, et M. le Cardinal aussy. Or, voilà ce que j'en sçais. Le Hoy, se sentant journellement

« témoin de quoi, nous avons signé la présente a de nostre main et cachetée de nos armes, « Faict à Paris le xv* jour de Novembre 1596. « Lougiilliers. »

ÀprèsJa formule du serment, vient celle de

* pressé par la conjuration, qui eatoit de l'enlever et le « mener a Paris, et scachant tout le propos de par Mous, •* de Provenchère qui ru ce voit dun eosté pour le redire « du ri autre, ne prinst à considérer ce ou il luy con viendrait « faire de M on s. de Guy se et eut lavis d'aucuns de ses plus

■ familiers qu'il convenoit de l'emprisonner et qu'on eut k " lu y faire son procès : mais cest avys ne fut du goût du

* Ho y qui dist ces mots en son particulier a Mons de » Hêvoi : « mettre le Gu isard en prison seroit tirer un « sanglier aux lïlets, qui se trouverait possible plus puis-

* sant que nos ce nies; quand il sera tué il ne nous fera « plus de peine, car homme mort ne fait plus guerre* » « — A quoy chacun du Conseil dist amen car plus rfeu « pouvoit, La veille, qui estait jeudi, sur les dix heures, « Mims. de Larchaut, notre eappitaine, pour lors malade

* et en son liet pour la dyssenterie, nVenvoia quérir en « mon logis par un garde et me dist que cestoit pour le

* lendemain matin et quil falloit prendre avecq moi Mons. « de Montclar, exempt* et vingt de nus compagnons, et nous - loger à la montée du vieux cabinet par où l'on descend à

■ la gnllerie des Cerfs, avecq eu m mandement que qui-

■ conque ce fust ne peut entrer, ne sortir, ne passer : comme » je lui demandois ce qu'il adviendrait ne lu y et des autres « gardes du corps que Je command ois pour lors par rapport

* à sa dite maladie, il me respondït qu'il se tien droit & la « montée et à la porte de la chambre du Conseil et que je m n'en aye soin, mais seulement de mettre mon corselet

* pour crainte de pire ut de le faire mettre aux gardes et a d'exécuter le commandement. En retournant à mon logis

* je rencontrai Mons. du Haldc qui me dist que le Roy « vouloit aller le matin a La Noiîe pour revenir en Bût» «Conseil, et quil lu y avoit ordonné de réveiller à quatre «• heures. Le matin, à sept heures, Mons. de Monclar •■ mTamena les vingt gardes et nous feumesà la moutée du

* vîeu v cabinet sans voir personne, fors que sur les huit m heures j'entendis dans ledit vieux cabinet un grand bruit « et une voix qui crioit : ** lié! mes amis! » dont mes

* gardes etuîent fort surpris et ne sachant rien se vouloient

* porter dans le vieux cabinet; mais je leur ils l'exprès ■■ commandement de ne bouger déparie Roy, et peu après,

■ Mons. de Loignac i") ouvrit Ja porte et me dit * e'ust

■ fait; le Roy vous commande que vous alliez arrêter

■ Mons, le C.irdiual #■ la tour de

Cirdinal qui est au Conseil et le meniez dedans a Moulins. « Ce que je fis incontinent avecq les

(*) Charles de Montpezat, seigneur et baron de Loignac.

122 l'ordre

la réception du collier de Tordre que le Roi envoie au nouveau chevalier, à titre de « don et présent ». — « Nous, François de Bèlleval, « chevalier, baron de Longvilliers, chevalier « de Tordre du Roy, confessons avoir eu et

« vingt gardes, et trouvasmes dedans la chambre du Conseil « Mons. le Cardinal qui disoit : « Ah! on a tué mon frère! » « — Et le conduisîmes dans la tour où il fut estroitte ment « gardé aves deux gardes dedans sa prison et deux à la « porte et Mons. l'archevêque de Lion avecq luy; mais pour « celui-là le Roy ne luy vouloit point de mal aucun. Comme « il avoit tenu des propos pleins d'extrême mépris et d'in- « sollence contre Sa Majesté, ils émurent tellement le « courage du Roy qu'il résolut de s'en despêcher et com- « menda qu'on le fist tôt mourir. Mais comme aucuns ne « le vouloient, disant que cestoit pitié et sacrilège, le cap- « pitaine Le Gast se chargea de l'affaire avec quatre gardes « de sa compagnie, et les deux corps furent braisiez dans « une salle en bas par l'exprès commandement de Mons. « de Richelieu (*), grand-prévost, qui fit jeter les cendres en « la rivière.

« De cette misérable fin ont esté fort esmus les dépputéz: « et des catholiques zélés aulcuns ont esté prisonniers, « comme Mons. de Rambures, mais il n'en sera rien de « plus fascheux pour luy s'il veut se ranger de ceux du « Roy, comme Ton croit communément qu'il fera par « raison, et aussy de Mons. de Saveuses, puisqu'il ne Tu y « faut que dire a Sa Majesté mercy. Pour moi, je ne vois « pas si bonne fin à tout cocy, et je doute fort que ceux de « l'Union, enraçés de la mort de Mons. de Guyse et de « Mons. le Cardinal, n'esmeuvent une plus rude guerre que « paravant. Si vous mande que fasciés bonne garde et que « ayez toujours la barbe sur lespaulle ; et ne manques « aussy d'avoir toujours un corps de cuirasse sous le pour- « point quand vous invités vos amys. Espérant Dieu, Mon- « sieur mon bon compagnon, vous donner parfaitte santé-, « très longue et heureuse vye.

« Votre plus humble afïectionné amy, « François de Bèlleval. »

Henri IV donna à François de Bèlleval, baron de Longvilliers, le collier de son ordre et en fit un des gentilshommes ordinaires de sa chambre. Celui-ci mourut en 1602.

(•) François du P lésais, seigneur de Richelieu, chevalier des ordres du roi, Grand-Prévot de France, père du Cardinal, mort le 10 juillet 1590, âgé de 42 ans, au moment où il venait d'être nommé capitaine des Gardes du corps.

« reçu de messire Martin Ruzé, seigneur de « Beaulieu et de Loiigjumeau, trésorier de « Tordre du Roy, ung grand collier d'icelluy, «* ordre contenant vingt-quatre nœudzct autant m do doubles coquilles avecq ung image Saint « Michel pendant à icelluy» dont ledict sei- <t gneur nous a faîet don et présent en nous « créant et faisant chevalier de son dïct ordre. u Duquel collier nous nous tenons pour compte tant, et en avons quitté et quittons ledict « sieur trésorier susdict et tous aultres par la « présente que nous avons pour ce signé de « nostre main et faict sceller du scel de nos « armes. A Paris, le xv* Novembre tÇUflL — « Longvilliers, » (Arch. de la famille de Belleval).

On vient de voir, dans le serment, que le chevalier se soumettait aux peines qui pourraient lui être infligées. Voici un exemple que ce châtiment allait jusqu'à la peine de mort. En décembre 1580, le chapitre de l'Ordre condamne à mort le sieur Desle, allemand, chevalier de l'Ordre, qui, chargé par le Roi d'aller lever pour lui des reitres en Allemagne, les avait, au contraire, enrôlés pour le compte du Prince de Condé. Desle fut pendu à Blois, en vertu des articles 27, 28 et 30 des statuts (l'Estoile).

En octobre 1572, pour se distraire sans doute delà Saint-Barthelemy, Charles IX voulut tenir à Notre-Dame de Paris un chapitre de l'Ordre :

124 l'ordre

« Le Roi, venu dans le chœur, s assit à main « droite, sous un dais de drap d'or ; et un peu « plus loin et au même côté étaient assis le duc « d'Anjou, les ducs de Montpensier, de Nevers « et de Guise, le maréchal de Tavannes, le « prince Dauphin (1), la Chapelles aux Ursins (2), « Rubempré (3) et Villequier le jeune (4). De « l'autre côté du chœur, à gauche, sous un « autre dais de drap d'or, étaient les écussons « des rois d'Espagne, de Danemark etdeSuède. « Un peu plus bas étaient assis le Roi de Na- « varre, les ducs d'Alençon et d'Uzès, le Prince « de Gondé, de Lansac (5), de Chavigny, le

(1) Louis de Bourbon-Montpensier, iils aîné du duc de Montpensier, dauphin d'Auvergne et qualifié le prince dauphin jusqu'à la mort de son père, le 22 septembre 1582.

(2) De la maison de Jouvenel des Ursins ; il était seigneur de la Chapelle-Gautier, en Normandie (Eure), qui prit le nom de la Ghapelle-aux-Ursins, et qu'Elisabeth des Ursins apporta à son mari Mercurin de Saint- Chamans, pour qui elle fut érigée en comté par lettres-patentes de mars 1612.

(3) François de Bourbon Vendôme, seigneur de Rubempré déjà cité.

(4) René de Villequier, baron de Clairvaux, plus tard gouverneur de Paris et de l'Ile de France. Il était l'un des favoris de Henri III. II se rendit tristement célèbre pour avoir, en septembre lb77, poignardé sa femme, Françoise de la Marck, qui était enceinte, au château de Poitiers, où était le Roi. Gela eut-il pour cause la jalousie, comme il le prétendit, ou le désir de venger les rancunes du Roi contre elle? Toujours est-il qu'il ne fut pas inquiété. et qu'il iigura dans la première promotion des chevaliers du Saint-Esprit, <m 1578.

(&) Guy de Saint-Gelais de Lansac, appelé le jeune Lansac parce que la Reine-Mère remployait concurremment avec Charles de Saint-Gelais, seigneur de Lansac, son frère aîné. Envoyé en ambassade en Pologne, il y contribua beaucoup .

«i nomte de Retz [1) et Villequier l'aîné (2). h Tous ces seigneurs étaient habillés de blanc « et couverts de leurs grands manteaux de « drap d'argent avec la grande queue traînant « à terre» le chapeau de velours cramoisi « enrichi de broderies et de grande quantité de « perles et de pierres précieuses, avec le grand « collier de l'Ordre par-dessus. Au-devant du

* Roi, dans le chœur, sur des sièges de drap « d'or étaient assis les maîtres de* cérémonies, « huissiers, trésorier, greffier et chancelier de « l'Ordre, tous vêtus de grandes robes de satin « blanc avec les chapeaux de sa'in cramoisi, « En cet équipage, le Roi et les seigneurs assiste tèrentaux Vêpres et aux vigiles, pour l'àme « des chevaliers trépassés. Puis, changèrent de « livrée, car le lendemain, à la célébration du

* service, ils avaient mis de grands manteaux if et chaperons à bourlets noirs avec le grand

* collier de l'Ordre, sauf le Roi qui avait le « manteau et le chaperon violet » (La Popelinière, Histoire de France, 1-2, liv. 31).

& IVHectîon de Henri III au trône de ce pays. Il mourut fort âgé en 1622.

(I) Albert de Gondi, baron puis comte de Reta, puis duo de Retz et pair de France en 1581, Né Je 4 novembre 1522, mort à Paris le ït avril 1602, Gentilhomme de 1k chambre et maître de la Garde-robe de Charles 3X, il fut l'un des principaux instigateurs de la Saînt-Rarthêlemy. Ambassadeur en Angleterre en 1572, maréchal de France et gouverneur de Provence en 1573, chevalier des ordres du floî, £<jïièr<tl dus galères en 157y.

(2^ Claude de Villequier, vicomte de la Guerche.

Les Finances, le Budget et les Monnaies»

Le chapitre si important des finances et du budget ne pouvait échapper aux investigations, d'hommes aussi observateurs que les ambassadeurs vénitiens : « Les prédécesseurs du Roi « (Charles IX) dépensaient beaucoup, surtout « François Ier, qui employait d« grandes somme» « d'argent en constructions, en fêtes et en plai- « sirs de toutes sortes, en outre des dépenses or- « dinaires consistant dans les gages de ses con- « seillers, de ses officiers, des gens d'armes et « des archers de ses ordonnances. Aujourd'hui, « les dépenses ont considérablement diminué,. .« en raison de la minorité du Roi et aussi à « cause des dettes de l'Etat. Les pensions ont « été restreintes et* les dépenses inutiles sup- « primées. Ainsi, en 1561, les dépenses de la « Couronne n'ont pas dépassé trois millions et « demi d'écus d'or. » (Barbaro.)

L'appréciation de Barbaro sur François Ier est inexacte; il parle de choses qu'il ne connaît que par ouï-dire, car, pendant la seconde partiede son règne, François Ier diminua, au contraire, considérablement les dépenses, et ré-

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