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LES FINANCES, LE BUDGET ET LES MONNAIES

forma quantité d'abus en matières financières. Ainsi, en 1535, avec un revenu de deux millions

et demi dTécus? la dépense était de 1 million 390,000 éeus (Giustiniani). Le même Giustiniani, en énumérant toutes les sources de revenus et < 'H les de dépenses, émet cet amusant paradoxe : l< Plus ces peuples (les Français) sont grevés, plus m ils paient gaiement » Si cela était vrai alors, ce dont il est permis de douter, il y a longtemps que cela a cessé de Fètre; Giustiniani n'est pas, d'ailleurs, le seul à énoncer cette proposition qui ressemble h une méchante raillerie. Gorrer dît à peu près la même chose en 1567, avec ce mrrectif que, si le Roi était aimé de ses sujets, il pourrait en obtenir autant d argent qu'il lui en faut. Il rapporte à ce sujet que Louis XI comparait son royaume à un pré qu'il fauchait quand il voulait; que l'empereur Maximilien comparait à son tour le Roi de France au berger d'un troupeau de moutons dont la toison était d'or et qui se laissaient tondre à volonté. Il cite le mot de François Ier : Gomme Charles-Quint lui demandait combien lui rapportait annuellement son royaume : « Autant que je veux », répondit François. Mais il ajoute : « Pour pluv< sieurs raisons, le roi actuel n'en pourrait dire .« ni faire autant. D'abord, au Heu de lui donner « de l'argent, les Huguenots lui en soustraite raient plus volontiers; ensuite, les cathode liques lui en donnent de mauvaise grâce ». Les embarras financiers, déjà prononcés sous

Charles IX, ne firent que s'accentuer sous Henri III. Telle est la conclusion.

Où se trouvait l'argent du Royaume? Correr y répond ainsi : « Il est aujourd'hui entre les « mains d'une seule classe de citoyens. Le clergé « est ruiné, et il ne peut espérer relever la tête « tant que dureront ces troubles. Sans compter « les biens engagés ou vendus avec l'autorisa- « tion du Pape, le clergé a payé, depuis 1561, « plus de douze millions d'écus, ce qui serait « peu de chose, car il a sept millions d'écus « de revenu annuel , si l'armée catholique ne « lui avait pas causé autant de dommages que « l'armée protestante. La noblesse, à cause des « guerres, n'a pas le sou. Le peuple a été si bien « pillé par les gens d'armes qui vivent partout « à discrétion, qu'à peine a-t-il de quoi couvrir « sa nudité. Restent les bourgeois et les ma- « gistrats, qui ont de l'or à foison et n'en savent « que faire. » 11 y a là, en ce qui concerne le clergé, une exagération manifeste : pour la noblesse et le peuple, il faut passer condamnation. Il y avait dans le clergé plus d'argent que partout ailleurs. N'avait-il pas été autorisé, en mai 1563, à engager le temporel de ses bénéfices jusqu'à concurrence de cent mille écus de rente ? La vérité était que le clergé se faisait pauvre pour n'avoir pas à subvenir aux frais d'une guerre profitable seulement aux intérêts de la Religion. Ce qui n'empêchait pas les Rois, en toutes circonstances, de lui accorder faveur

sur faveur. Le 16 août 1571, ses privilèges et libertés sont confirmés. Les évêques, abbés, prieurs et communautés, sont autorisés à faire attacher les armes du Roi aux portes de leurs maisons comme sauvegarde; le -1 novembre 1572, le clergé est exempté de toutes contributions aux charges des villes, excepté dnns les cas de disette, pour hi subsistance des pauvres; le 23 décembre 1571, il est déclaré exempt de toute contribution et du logement des gens de guerre; la confirmation de ces privilèges est renouvelée le 12 février 1577, en mai 1579, en février 1580; les ventes des biens de l'Eglise, faites pendant les guerres de Religion, sont annulées en mai 1576; les ecclésiastiques sont placés sous la sauvegarde des gentilshommes et des bourgeois des villes, en mai 1577 ; la contrainte par corps ne peut être exercée contre eux, etc.. On pourrait prolonger ces citations à l'infini. Le clergé était donc forcé à la reconnaissance envers les Rois très chrétiens; mais il est regrettable de constater qu'il n'en donnait guère de preuves.

« Aux difficultés que le Roi éprouve auprès « de ses propres sujets, continue l'ambassadeur « vénitien, j'ajoute qu'il a perdu tout crédit « auprès des marchands étrangers, et qu'en « dehors de son royaume, il ne trouverait pas « un écu sans donner un nantissement. Privé « de ces ressources, le Roi est contraint de s'en « tenir à ses seuls revenus, lesquels, s'ils étaient

« libres, lui apporteraient six millions. Les « revenus ordinaires du Royaume donnent « quatre millions huit cent mille ducats; les « quatre décimes qui sont comptés parmi les « revenus annuels, six cent mille. La vente « des emplois et autres ressources semblables « complètent la somme de six millions, sur les- « quels un million deux cent mille sont en- « gagés. La ville de Paris, à elle seule, en a « huit cent mille; les revenus sont, au surplus, « très mal administrés. On peut dire que le « Trésor public n'appartient pas à un seul, « mais que c'est une bourse dans laquelle « chacun plonge sa main. Celui qui a la main « la plus grande en retire la plus forte somme. » Ceci se passait en 1567. Ne dirait-on pas que c'est en 1897 que le Véïiitien a écrit ce qu'on vient de lire?

Il est intéressant de contrôler les relations des divers ambassadeurs vénitiens Tune par l'autre. A la date de 1563, Barbaro disait : « Le revenu ordinaire du Roi est d'environ six « millions d'écus d'or. Le domaine particulier « du Roi consistant en droits et en biens héré- * ditaires, mais dont une grande partie est en- « gagée, représente un million et demi. En « temps de guerre, on pourvoit aux nécessités « au moyen d'une augmentation de tailles ou « de décimes, ou d'emprunts que paient les « places fermées. Enfin, le Roi prend de l'ar- « gent à intérêt, aussi la dette s'élève-t-elle à

«t plus de quinze millions d'écus d'or. » Sous Henri III, comme je l'ai dit, la situation ne fait qu'empirer. Lippomano trace un tableau très sombre de la situation de 1577 à 1580 : « Les revenus du Royaume sont très peu as- « sures. On refuse de payer les nouveaux im- « pots, et dans quelques provinces on n'acquitte « pas même les anciens. Le désordre de Tadmi- « nistration et les dilapidations continuelles m ruinent tout à l'ait le royaume. Les ambassade deurs ne sont pas payés, la Cour est toujours « dans la gène, l'armée n'a ni soldats ni four- « nîtures et elle s'en Venge en volant et en ^ pillant les villages- »

A propos des finances, il faut bien parler des monnaies. « La monnaie et la langue, dit Lip- « pomano, sont les deux choses par lesquelles « un peuple se distingue essentiellement des « autres peuples et des autres pays. » La monnaie changeait de valeur en France comme eu tout pays. Ainsi, Técu s'était élevé, en 1576 et 1577, à cause de la guerre, jusqu'à quatre, cinq «et six francs; à d'autres époques il était descendu jusqu'à un franc, mais le cours ordinaire ^tait trois francs, « taux avantageux aux négo- « ciants, aux boutiquiers, aux nobles peut-être « et aux contrôleurs des finances». La monnaie d'or consistait en demi-écu, écu au soleil, l'Henri, le double Henri, qui vaut un peu plus que le double ducat de Hongrie. Les monnaies d'or étrangères qui avaient cours dans le

royaume, étaient le doublon d'Espagne, l'écu et le ducat portugais, et les ducats de Hongrie et de Pologne. Le ducat était une monnaie frappée en or et en argent dans divers pays. Le ducat d'or de Venise était au titre le plus fin et on l'employait pour « dorer à l'or de ducat » les belles armures et les riches poignées d'épées. Une ordonnance de 1546 avait donné cours en France au ducat en lui attribuant une valeur de *M sous et quelques deniers. Le sou tournois représentant, sous Henri II, environ 50 centimes de notre argent actuel, le ducat d'or équivalait à 21.* francs. Sous le règne de Henri III, le ducat d'Espagne valait '6 livres ï sous, soit 24 francs 80 centimes de nos jours. Le ducat d'argent était une monnaie de compte employée en Espagne et à Venise.

« Les Français ont peu de monnaies d'argent, « mais, en revanche, celles qu'ils ont sont fort « commodes et presque toutes conformes aux « monnaies des Romains, comme on peut le « voir par les calculs de Guillaume Budé. Ils « ont le franc, qui est le tiers d'un écu ; ils ont « le quart d'un écu au soleil et le quart d'un « écu pistolet qui est un teston ; ils ont le réal, (c la moitié du teston et la moitié du réal; puis « le sou, puis le carolus, qui vaut un sou moins « deuxliard?; puis le quart de sou qu'on ap- « pelle le liard ; puis le quart de réal, le denier, « la pièce de deux deniers et une autre qu'on « appelle la maille et qui vaut la moitié d'un

« denier. Cette dernière n'a pas cours dans le «* commerce et ne sert qu'à faire l'aumône * aux pauvres. » (Lippomano.) L'ambassadeur a mélangé les monnaies d'argent et celles de billon; c'est ce qui explique comment, après avoir parlé du petit nombre des monnaies d'argent, il en énuraëre une si longue série,

Ailleurs, il affirme que tout or étranger, autre que celui cité plus haut, est interdit, ainsi que celui du Bourbonnais, de la Navarre, de la Lorraine, de la Flandre et de l'Angleterre, et que la monnaie étrangère dont on se sert le plus communément en France est le réal d'Espagne qui représente le douzième d'un écu au soleil. Précisément à la même époque, FEstoile, après avoir dit que l'on ne voyait plus de me* nue monnaie, douzains et carolus, car elle « avait été transportée hors du royaume pour « Feschanger ù For estant h un haut prix en « France n, énumère les monnaies d'or et, d'argent qui avaient cours, avec leur rapport à l'argent français ; « L'escu soleil à 3 livres « 12 sous 6 deniers ; le double ducat à deux « testes, à 10 livres ; les dueas doubles de Por- « tugal, dits Saint-Eslienne ou mi lierais, à 0 « livres 5 sous; le noble roze a il livres; Fim- « périale de Flandre, d'or double, h G livres; « simples, à 6 et 7 sols; les Philippes d'argent, « à 3 livres; les testons de France, à 20 et 52 « sols; les ducas dits de Pologne, dont couroit

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