M.\RQUIS DE LA BORDE
1 Biographie universelle de Michaud.
SAINT-AUBIN (jacqles-gabriel de
Germain de Saint -Aubin était brodeur du roi. L'un de ses quatorze enfants était ce dessinateur délicat et charmant, Gabriel de Saint-Aubin, né à Paris en 1724 ^ De bonne heure il avait dessiné et étudié d'après nature à l'Académie ; il reçut aussi les
1 Extrait de YAlmaiiach hLiorique et raisonné des architectes, peintres et sculpteurs^ pour Tannée 1777 : « Les messieurs de Saintci Aubin sont quatre frères qui se distinguent dans les arts et dont (( les talens précieux ne doivent point être confondus. — Le pre- « mier est Charles de Saint-Aubin, dessinateur du Roi pour la « broderie et les dentelles. Il est fâcheux que ses talens et ses « succès soient si subordonnés aux caprices de la mode. Ce qui « peut en donner une idée précise, c'est son mémoire sur la bro- «( derie qui fait partie de ceux de l'Académie des sciences. Il de- « meure rue des Prouvaires. — Le second, Gabriel de Saint-Aubin, « peintre,' autrefois professeur de l'Académie de Saint-Luc, qui a « tellement la passion de son art qu'il dessine l'histoire en tout « tems et en tout lieu. Il demeure Rue de Beauvais. — Le troi- « sième est Augustin de Saint-Aubin, graveur de l'Académie, dont M nous avons fait mention à l'article des agréés. Il dessine et grave « l'histoire et le portrait. On en connoit d'après une longue suite « de Mr Cochin. Il a tout récemment mis au jour une des pierres (i gravées du cabinet de M^r le duc d'Orléans , qu'il dessine et u grave en plus grand. — Le quatrième est Louis de Saint-Aubin " peintre à la manufacture de Sèvres. >»
leçons de Jeaurat, de Colin de Yermont et de Boucher, et concourut pour le grand prix de peinture en 1752. Ce fut Fragonard qui l'obtint sur le sujet de Jéroboam sacrifiant aux idoles, et Saint-Aubin n'eut que le second prix. L année suivante, nouvelle tentative sur le sujet de Nabuchodonosor faisant crever les yeux à Sédécias ; même résultat! Il n'obtint encore que la seconde place, et ce fut Monnet qui partit pour Rome. Ne nous en plaignons pas. Notre jeune dessinateur, découragé, envoya promener les sujets àL2,V Ancien Testament, « fit un feu de joie des « doctrines, des routines, des pratiques et des respects « humains de l'art, » et, libre désormais, ne travailla plus qu'à sa guise, sans souci des traditions, exposant, quand il lui plaisait, ces dessins enlevés de verve et pétillants d'esprit.
C'est à cette circonstance peut-être que nous devons un chaud, spirituel et charmant dessinateur parisien , au lieu d'un peintre d'histoire froid et compassé, retour de Rome. Saint- Aubin s'empressa de se faire recevoir de cette pauvre académie de Sainl-Luc, corporation des peintres qui s'efforçait de rivaliser avec l'exclusive Académie royale et qui fut écrasée par elle. C'est là, mêlé à des inconnus, qu'il exposa chaque année une foule de portraits et de nombreux dessins.
Le besoin de dessiner était, en effet, passé chez lui à l'état de manie. Il voulait garder un souvenir de tout ce qu'il voyait : le passant dans sa silhouette grotesque, la Parisienne élégante, la conversation
amoureuse en un coin, la foule et son mouvement, une inauguration, un feu d'artifice, un travail au Pont-Neuf, une exposition ; c'est l'homme du faitdivers. Et ces croquis pointillés à la plume, ces dessins souvent un peu nuageux lavés à l'encre de Chine et relevés de quelques touches d'aquarelle et enlevés avec un inimitable brio, sont vraiment d'un goût charmant ; l'esprit y pétille et les intentions fines y abondent.
Celle de ses compositions que préfère M. Reiset ' est la Vue du Salon de 1765, « dans laquelle l'ar- (( tiste s'est plu à représenter avec une prodi- « gieuse adresse, et à l'aide de quelques touches de « gouache, une grande partie des tableaux expo- « ses. »
C'est aussi une intéressante note historique que l'harmonieuse composition de la Pose de la première pierre de l'Ecole de chirurgie par le roi Louis XYI, et l'on entre à sa suite dans l'intimité du xvni" siècle avec les Modèles de r Académie, le Théâtre de Nicolet ou le Cabinet de Blondel de Gagny. L'événement du jour, une illumination, la statue que Ton découvre, la représentation théâtrale, tout est pour lui matière à spirituelles compositions. Et, dans cet ordre d'idées, nous ne pouvons non plus passer sous silence le dessin étourdissant de facture spirituelle du Couronnement de Voltaire dans sa loge, à la représentation à' Irène , tout peuplé de specta-
* Frédéric Reiset. Notice des dessins au Musée du Louvre.
leurs aux tètes de la grosseur d'une tète d'épingle et pourtant ressemblantes, qui se penchent pour le voir (1778).
Ses eaux-fortes conservent les mêmes qualités de vivacité et d'effet que ses dessins. VEiitrée d'un empereur victorieux à Rome est superbe d'effet; la Foire de Uesoiîs (17S0), les scènes des tragédies de Mérope (1750) et de Tancrède (1760), le Charlatan du Pont- Neuf, le Spectacle aux Tuileries, le Tonneau d'arrosage, la Bibliothèque des avocats, l'eau-forte pour le conte de la Fontaine On ne s^ avise jamais de tout ; toutes ces pièces sont étourdissantes de verve et d'inattendu, d'un effet et d'une couleur extraordinaires, et le tout entouré de légendes, d'exclamations, de réflexions, de renseignements et de vers. Il les gravait pour son amusement, n'en faisait pas commerce et n'en tirait qu'un petit nombre d'épreuves ; aussi sont-elles fort rares.
Gabriel de Saint-Aubin nous appartient plus spécialement par les dessins qu'il a faits pour orner des livres imprimés ou des manuscrits. Citons , parmi ces derniers, ceux exécutés en 1749 pour un Mémoire sur la réformation de la police, qui trahissent encore une certaine jeunesse, et ceux que contient l'exemplaire qui fut présenté à M'"^ de Pompadour d'un Discours sur la peinture (1758). Quant aux petites compositions à l'encre de Chine du Placet adressé à la reine Marie-Antoinette^diV un solliciteur, ma foi ! plein de goût, et qui retracent microscopiquement les principaux faits du règne, elles sont délicieuses, et font
r.ABRIEL DK SAINT-ATRIN. oH5
d'un opuscule peu intéressant en lui-même une œuvre artistique de haut goût.
Parmi ses dessins exécutés pour les livres imprimés, on lui doit ceux qu'il a exécutés de 1760 à 1764 pour un Spectacle de U histoire romaine par Philippe de Prétot, paru en 1776 et dont il fut tiré sans doute peu d'exemplaires, car il est extrêmement rare. J^os planches furent utilisées plus tard, ainsi que d'autres d'après Eisen et Gravelot pour le même livre, dans un Abrégé de l'histoire romaine de l'abhé Millot, paru en 1789. Ces dessins sont conçus d'une manière originale et devaient être pleins de brio et de mouvement, autant qu'on peut en juger par les gravures, où il a été bien mal interprété et pour ainsi dire trahi, car ses graveurs ont réussi à faire quelque chose de lourd et de froid de ce dessinateur si vivant et si coloré; pourtant la composition qui représente la Mort de Germanicus , encore bien jolie, fait supposer que Gabriel a dû en graver l'eauforte pure, ainsi que le Triomphe de Pompée, avec sa grandiose perspective théâtrale et sa foule tumultueuse.
Signalons aussi le frontispice du Jardinier et son Seigneur de Sedaine (1761), les jolis médaillons, signés de lui, des Étreimes françaises de Petity (1766), les figures pour Narcisse dans F île de Vénus (1769), qui sont originales, bien qu'il y ait été encore trahi par le graveur Massard \ Le volume
< Les sravures de Massard sont datées de 1765.
o6H LES DESSINATEURS D'ILLUSTRATIONS.
se vendait au profit des créanciers du poëte Malfilâtre , mort à trente-quatre ans dans la pauvreté.
Gabriel de Saint- Aubin a enfin illustré d'une foule de croquis amusants les catalogues des ventes de tableaux et d'objets d'art auxquelles il assistait, croquant au vol le tableau, le vase mis en vente, sans compter la charge de l'expert et du spectateur. Son catalogue de la vente Mariette, tout rempli de ses dessins, en est un bon exemple.
Les dessins de Saint- Aubin^ comme nous l'avons vu, ne souffrent pas l'interprétation. Tantôt ce sont des aquarelles lavées à grande eau, en de chaudes teintes de bistre ou de sanguine sur lesquelles il revient avec la plume, accentuant une silhouette, et faisant par ses oppositions violentes étinceler les lumières; tantôt ce sont des mines de plomb estompées avec le doigt et pour lesquelles il associe dans un fouillis charmant tous les procédés, reprenant ses personnages avec le crayon noir, les pointillant d'une fme plume et les accentuant de quelques touches de pastel pour leur donner la chaleur et la vie. Mais ces rêves entrevus défient, par leur indécision charmante, le burin et même la pointe d'un graveur habitué aux sages et académiques élucubrations de Lebarbier ou de Cochin. Il faut qu'il s'interprète et se grave luimême à l'eau-forte. Alors quelle bonne fortune ! La pointe court sur le cuivre avec agilité, pleine d'imprévu et de verve, et nous donne ces morceaux si pleins de ragoût, l'Escalier du Salon du Louvre ou les Noîivellistes du café Procope,
Gabriel de Saint-Aubin a sans doute dessiné ou peint les portraits de quelques-uns de ses amis; nous en avons la preuve, tout au moins pour celui de Sedaine, par une longue pièce de vers que cet auteur lui adresse pour le prier de faire son portrait, ce qu'il ne dut pas, avec sa bonne grâce et son désintéressement ordinaires, refuser. Nous en reproduisons les premiers vers :
Quand voulez-vous que ma figure Aille, droite comme un piquet, Se planter en belle posture Auprès de votre chevalet?
Mon minois, que par conjecture J'estime moi-même assez laid, Veut une fois être parfait.
Et gagner par votre peinture Le gracieux que la nature Jadis lui refusa tout net.
Terminons par un petit portrait de Gabriel de Saint- Aubin tracé par un contemporain, Pahin de la Blancherie \ et qui paraît bien ressemblant : « Dé- « goûté par les préférences auxquelles il fut très- (( sensible, il se livra entièrement à une sorte de (( système et ne suivit plus que son penchant na- (( turel pour tous les genres de talent et de connois- « sauces. Aussi étoit-il très-instruit : il n'y avoit « rien dont il ne pût parler à la satisfaction même (( des professeurs de chacune des sciences. Mais cela u ne mène ni à la fortune ni à la célébrité en pein-
* Essai d'wî tableau historique des peintres de l'Ecole française, in-4", Paris, 1783.
(( ture : aussi n'eut-il ni l'une ni l'autre. On ne le ren- « controit jamais qu'un crayon à la main, dessinant « tout ce qui se présentoit à ses yeux, soit dans les « temples, soit dans les amphithéâtres, cours publics « ou ventes, et même dans les rues. Ce goût excès- « sif de tout voir, tout savoir, tout dessiner, lui em- « portoit si complètement tous ses instants, qu'il « avoit une négligence extrême de sa personne, tant « pour sa santé que pour son extérieur, quoiqu'il « ne fût pas hors d'état de satisfaire à ces deux (( points. Il portoit cette abnégation de soi-même au « point qu'il est mort dans un dépérissement total « de la nature, n'ayant voulu se laisser soigner que « quand il n'étoit plus temps de le faire. » Gabriel de Saint- Aubin est mort le 9 février 1780.
Mémoire sur la ré formation de la police de France., 1749. — In-fol., mar. bleu, comp. tr. d. (Aux armes de France.)
Manuscrit exécuté pour le roi Louis XV, orné d'un frontispice et de plusieurs dessins de G. de S.-A. — Chez M. le baron Jérôme PICHON.
Illumination de la galerie de Versailles en 1751.
Croquis au crayon va-A" en longueur. — Chez M. AUDOUIN. Ballet des fées rivales, aux Italiens.
Croquis à la plume et à l'encre de Chine. — Chez M. AUDOUIN. Discours sur la peinture et sur l'architecture. — Paris, Prault, 1758. In-8<*, mar. rouge, dent. tr. d. (Ane. rel.)
Exemplaire de dédicace aux armes de M"" de Pompadour, contenant 2 charmants dessins à l'encre de Chine. — Chez M. le baron Jérôme PICHON.
Sedaine. — Recueil de poésies. — Londres et Paris, Duchesne, 1760. — Un vol. in-12, mar. rouge.
Exemplaire ayant appartenu à G. de S.-A. et couvert de dessins au crayon et à la plume — Catalogue Cigongne. — Chez S. A. R. le duc d'AUMALE.
GABRIEI. DR SAINT-AUBIN. 'MV.i
La Fontaine. — Le Cas de comcience.
Dessin in-l" à l'encre de Chine, signé et daté 1760. — Vente du marquis de Fourquevaux (1876). — 50 fr. — Chez M. PORTALIS.
Le Vielleur...
A la raine de plomb, daté 1764. — Chez M. DELBERGUE-CORMONT. Loth et ses filles.
Dessin au crayon, rehaussé de bistre et de pastel, signé in-4' en largeur. — Chez M. PORTALIS.
La Statue de Louis XV, entourée de personnages.
Dessin à la plume et au bistre. — Vente Morel de Vindé (1873). — 130 fr. — Chez M. le baron James de ROTHSCHILD.
Anocréon caressé par Véîius, dessin signé et daté 1762.
Au MUSÉE DU LOUVRE.
Catalogue des tableaux et objets d'art du cabinet de M. Gaignat ,
par Pierre Remy. — Paris, Vente, libraire, 1768. — 1 voL in-12,
demi-rel.
Sur les marges, G. de S.-A. a dessiné environ 150 croquis des objets mis en vente. — Vente J. Boilly (1869). — 350 fr. — Chez M. GALICHOX.
La Promenade aux Tuileries, dessin oblong, signé et daté de 1769. Chez M. Philippe de SAINT-ALBIN.
Malfilatre. — Narcisse dans l'Ile de Vécues, poëme. — Paris, Lejeay, 1769. — In-8o.
Le dessin du chant I", à la mine de plomb. — Vente faite par Clément a 876'. — 23 fr. - Chez M. PORTALIS.
Deux autres dessins. — In-8o à la plume et à la mine de plomb.
Vente de dessins et estampes de Morel de Vindé (1873}. — .300 fr. — Chez M. LE BARON Jame-s de ROTHSCHILD.
Frontispice représentant un paysage avec portiques.
Dessin à la plume et à l'encre de Chine placé en tète de l'exemplaire des Chansons de la Borde, contenant les dessins originaux. — Chez S. A. R. LE DUC dAUMALE.
Allégorie représentant le Roi Louis XVI posant la première pierre de l'amphithéâtre de rÉcole de chirurgie, dessin à l'aquarelle gouachée, signé et daté 1774. •
Vente du marquis de Fourquevaux. — 350 fr. — Chez M. Jules COUSIN.
Le Roi, accompagné de Mofîsieur et du comte (C Artois, reçoit les remerciments de son royaume par Corgnne du génie et de la reconnaissance.
Dessin à la gouache. — Vente du marquis de Fourquevaux. — 500 îV. — Vente Ferai. — 700 fr.— Chez M. Henri PÉREIRE.
M. de Puységur présente un placet à la Reine (prix de vertu fondé à Romainville) le 21 may 1775.
Charmant dessin à la mine de plomb. — 500 fr. — Chez M. le COMTE d'ARMAILLÉ.
Placet adressé à la Reine Mairie-Antoinette (1775).
Manuscrit in-fol., mar. r., tr. dorée (aux armes de la Reine), renfermant de nombreux et charmants dessins à l'encre de Chine, ovales et in-S» en largeur. Les principaux représentent le (Couronnement du roi à Reims , son retour, une représentation dans la salle de spectacle de Versailles, etc., etc. — Chez M. le b.\ron Jérôme PICHON.
VoLTAiRK. — Irène, tragédie. — Voltaire, couronné à la représentation (\ Irène, salue le public de sa loge ; dessin daté du 15 avril
A la plume et à l'encre de Chine, rehaussé de couleur. — Au MUSÉE DU LOUVRE.
Huit petits dessins in-16, pour un Roman...
A la plume et au bistre. On peut les attribuer k G. de S. -A. — Chez M. AUDOUIN.