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le jeune homme se promettait bien de ne suivre que ses goûts et de laisser les ordres à d'autres. Aussi, quand on s'apprêtait à lui obtenir un bénéfice, déclara-t-il que son désir était d'embrasser la carrière des arts. Slodtz, qui avait heureusement démêlé dans ses essais les germes du talent, s'entremit auprès de sa famille ; il se porta garant des succès futurs du jeune homme, et obtint de le prendre dans son atelier.
En 1753, Robert profita du départ de l'ambassadeur de France, M. de Choiseul-Stainville, pour partir avec lui pour Rome. Son rêve était enfin réalisé. Il y trouva Pannini le peintre des ruines, dont il prit les leçons et qui l'inspira dans la manière de voir la nature ; enfin le surintendant de Marigny, sur les chaleureux éloges qu'on lui fit du jeune artiste, l'autorisa, sans avoir concouru, à faire partie des pensionnaires du roi. Que les douze ans qu'il passa dans sa ville de prédilection durent lui semblercourts ! Cette active flânerie de Rome si délicieuse et si artistique, sous cette tiède atmosphère, au milieu de cette population pittoresque, dans les cours ornées d'antiques fontaines et les escaliers peuplés de statues de ses vieux palais, sous les arcades ruinées de ses aqueducs et de ses temples, on la retrouve dans chacun de ces dessins si poétiques et si lestement tournés, dans chacune de ces belles eaux-fortes , qu'elles soient signées de lui ou de l'abbé de Saint-Non ; on la retrouve encore dans cette jolie série des Soirées de Rome, dédiées à
M"^^ Le Comte. C'est une vieille église de couvent, h l'heure douteuse de VAve Maria^ un tombeau antique auprès duquel on rêve, ou quelque pittoresque fontaine animée d'un groupe de femmes romaines.
D'une nature audacieuse, Hubert Robert a laissé par ses dangereuses escapades une sorte de légende à Rome. Ne s'avisa- t-il pas un jour de faire le tour de la corniche extérieure de la coupole de Sainl- Pierre? le vertige s'empara de lui, et il échappa miraculeusement à la mort. Une autre fois, dans sou désir de parcourir toutes les parties du Cotisée, qui lui servait si souvent de modèle, il paria avec quelques camarades de l'Académie qu'il grimperait extérieurement jusqu'au faîte ruiné, en s'aidant seulement des saillies et des pierres disjointes. Il attendit la fin de la journée, afin de ne pas être troublé, et accomplit avec des efforts inouïs cette périlleuse ascension, gagnant son pari, qui consistait en six cahiers de papier à dessin. Pour témoigner de sa victoire, il mit en croix deux branches d'arbuste. Au point du jour, cette croix attire les regards d'un passant qui croit y voir un miracle ; la foule s'attroupe, Robert, qui veut la détromper, risque d'être lapidé. Enfin le pape Clément XIII le fit appeler pour lui reprocher doucement sa hardiesse inutile.
Saint-Non, ce conseiller au Parlement qui avait jeté sa toque par-dessus les Alpes, aussitôt arrivé à Rome, se lia avec Fragonard et Robert. Les belles parties dans la campagne romaine ! les agréables séjours à Tivoli ! et quel charmant voyage de Naples
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il leur offre à lous deux, el que Saint-Non utilise, en entassant déjà les documents pour le grand ouvrage qu'il entrevoit ! Charmantes excursions d'artistes jeun(?fe et gais, dans ce beau pays dont on n'est jamais rassasié, faites à petites journées, et où l'on fait arrêter le carrosse de l'abbé chaque fois qu'une ruine pittoresque, unbourg perché sur la montagne ou seulement un amusant ramassis de femmes de la Campanie , de chevaux ou d'enfants, attire leurs regards ou sollicite leur crayon. A Naples, ils gravissent le Vésuve, descendent aux fouilles d'Herculanum , dessinent toutes les antiquités qu'on en retire, et font cette belle excursion aux temples dePaestum, les colonnes d'Hercule, alors et maintenant encore, d'un voyage dans cette partie de lltalie.
x'^.ussi quelle belle nuoisson ils rapportent ! Fragonard et Robert font paraître chez Basan Différentes vues dessinées d'après nature dans les environs de Home et de Nnples, belle suite de grandes eaux-fortes, et des séries de Fragments choisis dans les peintures et Ips tableaux les plus intéressants des palais et des églises d'Italie. Saint-Non, de son côté, a gardé tous les dessins de ses deux amis, qui retraceront les principaux épisodes du voyage et aussi les principaux monuments. Que ces paysages de Robert, le Palais de la reine Jeanne, le Tombeau de Virgile, une Fouille à Pompeia, sont donc charmants, et quelle manière amusante, bien qu'un peu conventionnelle, de voir la nature dans ce Voyage pittoresque à Naples et en Sicile que l'abbé fit paraître en 1781 !
o58 LES DESSINATEURS D'ILLUSTRATIONS.
Hubert Robert savait animer de conceptions heureuses le genre un peu monotone qu'il avait adopté. Mariette, qui Fa connu et pour lequel il avait fait plusieurs dessins, a dit de lui : « I] a une toucfie « agréable, et ses tons sont assez argentins ; il est (( un peu trop indécis dans sa couleur, mais il met (( beaucoup d'esprit dans ses dessins. Chacun lui « en demande, surtout de ceux qu'il fait légère- « ment colorés \ »
Robert, après dix ans de séjour en Italie, revenait à Paris en août 176S. On le décida à se présenter à l'Académie, et il peignit dans ce but la vue du port de Ripetta, à Rome. Il comptait si peu sur cet ouvrage, qu'il se disposait à repartir pour son pays d'élection quand sa réception à l'unanimité lui fil modifier ses projets. Chaque amateur voulut avoir un tableau de lui, au moins un dessin \ Dans les expositions, que Diderot décrit de sa plume magique, ses tableaux de ruines et de décors, commandés à l'avance, appartiennent au duc deChoiseul, au comte de Saint-Florentin, à la marquise de Langeac; Catherine II même lui fit de flatteuses propositions, qu'il déclina, pour le décider à venir à Saint-Pétersbourg. ^me Vigée-Lebrun, son amie, a, dans ses Souvenirs, bien décrit le succès du peintre à Paris : « De
1 Mariette. Abecdeario, publié par les Archives de l'art français.
* Nous trouvons cette mention dans le Salon de 1781, par Diderot : « Hubert Robert, Neuf dessins coloriés des plus célèbres mo- « numents d'architecture et de sculpture de l'ancienne Rome. Ces " dessins sont fort beaux, mais les figures mal dessinées. Us apu partiennent à M. le chevalier de Coigny. »
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« tous les artistes que j'ai connus, Robert était le « plus répandu dans le monde, que du reste il « aimait beaucoup. Amateur de tous les plaisirs, « sans en excepter celui de la table, il était recher- « ché généralement, et je ne crois pas qu'il dinàt « chez lui trois fois dans Tannée. Spectacles, bals, « repas, concerts, parties de campagne, rien n'était « refusé par lui, et l'inaltérable gaieté de son carac- (( tère le rendait l'homme le plus aimable qu'on pût « voir en société. »
Robert fut nommé garde des tableaux du roi et dessinateur des jardins royaux. Il était considéré, eu effet, comme un excellent ordonnateur de ces pittoresques agencements de la nature appelés déjà jardins anglais, et il contribua à en répandre le goût en France. On cite surtout le parc de Méréville appartenant au financier La Borde ; et les Bains d'Apollon, dans celui de Versailles, auraient été exécutés, sur l'ordre de Louis XVI, d'après ses indications et ses dessins.
n exposait toujours aux Salons de l'Académie un certain nombre de tableaux et de dessins. A celui de 1 771 , il avait envoyé un grand nombre de paysages et de vues exécutés à la sanguine ou à l'aquarelle, avec cette liberté et cet abandon que nous aimons tant chez lui. Diderot les lui reproche pourtant : <( Si cet artiste continue à esquisser, il perdra l'ha- « bitude de finir. Sa tête et sa main deviendront « libertines. Il veut gagner ses dix louis dans la « matinée ; il est fastueux, sa femme est une élé-
o(50 LES DESSINATEURS D'ILLUSTRATIONS.
« gante : il faut faire vite ; mais on perd son talent « et, né pour être grand, on reste médiocre. »
La Révolution le priva de ses places, et, ses anciennes fonctions le désignant à la suspicion des patriotes d'alors, il fut emprisonné à Sainte-Pélagie et à Saint-Lazare pendant dix mois. Son activité et sa bonne humeur ne Vy abandonnèrent point : « Il se (( levait à six heures du matin , peignait jusqu'à « midi, et, après le dîner, il jouait au ballon dans « la cour avec une adresse étonnante. Avant d'ace voir pu obtenir un petit local pour peindre, il (( peignait sur les assiettes dans lesquelles on lui « apportait son dîner, sur sa table , sur le dessus « de ses chaises, et lorsqu'il fut rendu à la liberté, « il avait fait cinquante-trois tableaux, sans compte ter une quantité prodigieuse de dessins que s'é- (( talent disputés ses compagnons d'infortune. C'est (( pendant son séjour dans cette prison qu'il des- (( sina le portrait de Roucher , que cet infortuné (( poëte envoya la veille de sa mort à sa femme et à (( sa fille \ »
Hubert Robert, sur la fin de sa vie, habitait à Auteuil la maison de campagne qui avait appartenu à Boileau. Il y avait installé une collection de tableaux. Il mourut subitement dans son atelier, le 15 avril! 808.
De nombreux et beaux dessins de Hubert Robert. — Chez M. le