‹ Les dessinateurs d'illustrations au dix-huitième siècleChapitre 25 sur 60 · BARON JÉRÔME PICHON · texte numérisé non relu

BARON JÉRÔME PICHON

Nombreux catalogues illustrés, chez M. G. DUPLESSIS et à la BIBLIOTHÈQUE NATIONALE.

SAINT-AUBIN (auglsti> de

Voici encore un de ces charmants dessinateursgraveurs, l'honneur du xyu!** siècle, un de ceux qui savent le mieux conserver la grâce delafemme, dans ses délicieux portraits d'après nature , et donner le caractère et la physionomie dans ses effigies historiques, un de ceux qui les interprètent enfin, le burin à la main, avec le plus de science et d'éclat.

Augustin de Saint- Aubin, beaucoup plus jeune que Gabriel, est né le 3 juin 1736. Il est à bonne école, celle de son frère, qui le fait dessiner sans relâche et, comme lui, d'après nature, et qui pourtant l'envoie bientôt chez Laurent Cars et chez Etienne Fessard, car il le destine à la gravure sérieuse. Mais le jeune Augustin, au nez retroussé, à la mine fûtée sous sa perruque frisée, tel que nous le montre le joli portrait gravé, d'après son propre dessin, par M. J. de Concourt, tout en apprenant les procédés de l'art où il est passé maître, ne paraît pas vouloir prendre la vie par trop au sérieux. Il quitte volontiers le burin sévère, ses tailles régulières qu'il

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applique aux planches à' antiquités du comte de Caylus, pour faire «courir la libre pointe sur le cuivre enfumé, et nous donner ces gracieux billets de concert, ces cartes de visite historiées, ces frises destinées aux tiroirs d'histoire naturelle de M. de Chevreuse, ces vues de galeries de tableaux avec son monde de curieux et de flâneurs, et même un essai de Calvaire, avec raison sévèrement jugé par son auteur : « J'ai fait cette drogue la première semaine que je suis entré chez Etienne Fessard, en 1755. » Il était de mode alors de faire paraître des suites d'estampes chez les marchands en vogue : séries d'ornements, de vases, de statues antiques, de cris de Paris, d'études de modèles, de paysages, d'animaux, de fantaisies de toutes sortes. Saint-Aubin ny manque pas et fait paraître ses six pièces dessisinées et gravées par lui, des Différents jeux des petits polissons de Paris, jeux de l'enfance toujours en faveur, toujours les mêmes alors comme aujourd'hui, la Fossette, la Toupie, la Corde, etc., où il groupe agréablement ses petits personnages mutins et spirituels; l'année suivante il donne: Mes gens, ou les Commissio7inaires idtr amont ains au service de qui veut les payer, robustes types de jeunes Savoyards gravés par Tilliard et à vendre chez Basan. Yoici comment cette suite est annoncée dans le Mercure de France (1770) : « Ces études forment autant de sujets » variés et très-amusants. Elles ont été gravées, « avec esprit, par M. TilHard et d'autres graveurs, « d'après les dessins de M. A. de Saint-Aubin, qui

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« a sçu donner à son crayon le caractère de naïveté « propre au sujet. »

Toutefois le lot de Saint-Aubin n'est pas, comme pour son frère, le peuple de la rue avec son inattendu, son pittoresque, mais ses haillons, son débraillé et son cynisme; ce qu'il lui faut, c'est la distinction des beaux messieurs et des jolies dames de la Promenade des remparts de Paris et de cette autre composition, les Portraits à la mode; son élément, c'est l'élégance des salons du Bal paré y plein de femmes en toilette et de danseurs du dernier goût, au jarret tendu, qui achèvent un menuet pendant que le fermier général, au ventre rebondi, reçoit une invitée encore couverte de son manteau de bal, garni de fourrures. Il nous introduira ensuite dans la brillante salle de concert d'un grand seigneur qui, là, assis près des musiciens, écoute le virtuose religieusement. L'assemblée est attentive, pendant que deux amants, heureux de se retrouver, échangent à voix basse quelques paroles. Ces deux admirables compositions, exposées au Salon de 1773, ont été gravées de la manière la plus habile et la plus fine par Duclos.

Saint- Aubin est alors un très-joli garçon, spirituel, recherché, fêté dans les salons, « une de ces aima- « blés figures d'hommes auxquelles la poudre don- « nait alors je no sais quoi de brillant, de piquant, « de féminin et de tendrement voluptueux '. » Il est reçu à l'Académie en 1771, et le sculpteur Caf fi eri,

' J. et E. de Goncourt. Étude sur les Saint-Aubin.

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sortant de la séance où il venait d'être reçu avec d'unanimes éloges, lui dit : « Il ne sera pas dit que « vous serez exempt de fève noire, voilà celle que « je vous réservais. » Il devient le mari d'une jolie femme, Louise-Nicole Godeau, fille du maître d'hôtel du comte de Cuylus^ dont il nous a laissé le portrait charmant sous le masque de Louise- Emilie y baronne de***. Il est dessinateur et graveur du duc d'Orléans, dont il reproduira, un peu plus tard, si finement les Pieuses gravées (1780), où il sèmera à toutes les pages ses fleurons élégants.

« On a vu avec satisfaction, » écrivait le critique du Mercure de France (1777), « au Salon, sous « différents cadres, plusieurs dessins à la sanguine « et d'autres lavés à l'encre de Chine, exécutés (( d'après une partie de ces pierres gravées anti- « ques par M. de Saint-Aubin. Getartiste, dessinateur « et graveur, ne peut être trop exhorté à mettre (( beaucoup de fidélité et d'exactitude dans ses des- « sins, et à ne point, dans cette espèce de traduc- « tion, imiter Bouchardon, qui, rempli du beau (( style antique, le donnoit à toutes les figures qu'il (( copioit. »

Les travaux affluent, et, infatigable , Augustin passe de Gravelot à Cochin, de Leprince à Boucher, avec une égale facilité et un égal talent. La gravure des culs-de-lampe pour Boccace, des figures pour \ Almanach iconologique de Gravelot, et de V Inauguration de la statue de Louis XV (1766) d'après le même, celle des figures du Voyage en Sibérie (1767),

des Saisons, d'après Leprince, presque toutes les gravures des compositions de Boucher pour les Métamorphoses d'Ovide (1767), et qui en rendent si bien le charme voluptueux, celles de Térence (1770), l'une de celles du Poëme de la Peinture de Lemierre (1770), sont dues à sa pointe habile. Citons encore la gravure des fleurons du Voyage en Grèce du comte de Choiseul-Gouffier (1782) ^, et de ceux de la Gerusalemme Uhei^ata (1783), le tout d'après Cochin, dont il a été l'un des graveurs favoris, la Vénus anadyomène, servant de frontispice à la dissertation de l'abbé de La Chau, sur Vénus, et une infinité de pièces d'après Moreau, Monnet, etc. : telle est une partie de son œuvre pour les livres pendant la plus heureuse époque de sa vie artistique.

En même temps Augustin, dessinateur de portraits né, saisissant au vol une ressemblance, indiquant d'un rien un trait caractéristique , voyait défiler devant son crayon toutes les illustrations de son époque et en traçait, pour la postérité, les profils. Il faut choisir dans cette prodigieuse quantité d'effigies dont la plupart sont intéressantes ! Quelques femmes d'abord : la Pi^incesse de Montbarrey, la Baronne de Rebecque, Sophie le Coulteux du Molley, propriétaire des jardins de la Malmaison, chan-

1 « J'ai reçu de monsieur Tilliard la somme de trois cent soixante livres pour la gravure de la vignette du p'^ chapitre du second volume du voyage de la grease par M"" de Choiseuil, dont quittance à Paris ce 19 Juin 180G. S* Aubin.» — Pièce commimiquée par M. E. Cottenet.

tés par Delille, Madame de Heinecken, dont le fils, également dessiné par notre artiste, écrira plus tard un dictionnaire de gravure, et Madame de Létine, belle-mère de l'amateur De la Live deJidly. Quelques bibliophiles, maintenant, dont il aimait à tracer les ex-libris, aussi coquets que ceux de Ghoffard, le Marquis de Paulmy, Jérôme Bicjnon, Amelot, Charles de Brosses, le magistrat voyageur ; les poètes Colardeau et Dorât, les trois portraits-miniatures de Voltaire, la Beaumelle et Fréron, pour le frontispice du Commentaire sur la Henriade (177o) , Gluck, charmant médaillon historié (1781), Condorcet, de Belloy, rAhbé Leblanc, Necker, au sujet duquel il eut des discussions avec le graveur de Launay, et les portraits de Diderot et de d'Alembert, destinés à orner Tun des frontispices de l' Encyclopédie \ etc.

Portraitiste observateur et charmant, peut-être a-t-il trop souvent vu de profil ses modèles, et trop souvent aussi donné à leur portrait la forme de médaillon. Cependant il a varié plus que Cochin son format et son procédé, et le reproche de monotonie que l'on pourrait faire au second serait

' Nous reproduisons la pièce suivante tirée des Archives de l'art français, à titre de renseignement sur le prix de la gravure des dessins à la fin du siècle dernier :

« Je reconnais avoir reçu de monsieur Panckoucke la somme de trois cens livres en deux billets échéables le vingt deux vendémiaire fixe et l'autre le vingt du même mois, à compte sur la gravure en frontispice de l'Encyclopédie, représentant le portrait de Didot (lisez Diderot), d'Alembet (sic), etc.. Paris, ce huit thermidor an V de la République.

Approuvé l'écriture, Saint Aubin. »

578 LES DESSINATEURS D'ILLUSTRAÏlOiNS.

injuste, attribué au premier ; seulement ce qui les fait confondre souvent à ce sujet dans une même appréciation, c'est que Saint-Aubin a gravé, et avec l'habileté consommée qu'on lui connaît, une bonne partie des portraits dessinés par Cochin, qui, trop occupé par les soins du monde, lui en confiait volontiers la reproduction ; ceux du directeur de théâtre Monet, de Moreau, de Beaumarchais (1773), de J.'J. Rousseau, i^ouv sa. belle édition de 1774, et de Cochin lui-même nous semblent être parmi les plus intéressants.

Nous trouvons deux mentions qui ont trait à notre artiste dans le journal de Wille. Aladatede septembre 1774, il est fait mention d'un grand dîner, un vrai festin auquel il assiste avec sa famille chez le graveur de Launay, et oii il trouve comme convives, outre A. de Saint- Aubin, les graveurs Lempereur et Choffard. — Mais, à la date de novembre 1788, notre dessinateur n'était plus resté en aussi bons termes avec son amphitryon, car Wille rapporte : « Le 11, j'al- « lai à l'assemblée de l'Académie royale^ où on lut « une lettre de plainte écrite par M. de Saint-Aubin « contre M. de Launay, l'accusant de lui avoir copié « le portrait de M. Necker, etc.. » De Launay répondit quelques jours plus tard, et l'assemblée décida, sur l'avis de Wille, qu'il fallait les renvoyer dos à dos.

Cependant la Révolution arrive et tout change; le dessinateur des élégances les voit disparaître une à une, et avec elles son argent qui s'engouffre dans

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la dépréciation des assignats. Sa place de graveur de la bibliothèque, à laquelle il tenait et qui lui avait été obtenue par l'abbé Barthélémy, désireux de faire graver habilement les médailles du cabinet du Roi, lui est enlevée. L'atelier humide, qu'il y occupait depuis quarante ans, lui est retiré. Saint-Aubin, dont la santé est altérée, âgé de soixante-sept ans, écrit lettres sur lettres au ministre pour qu'on lui donne un logement au Louvre, mais c'est peine perdue. Choisissons parmi les nombreuses missives qui ont trait à cette revendication, poursuivie par l'artiste avec une âpreté digne d'un meilleur sort, celle-ci, adressée à Denon, qui est inédite : « 22 vendé- « miaire an XIL Monsieur, un rhume affreux me « retient enfermé et m'empêche d'aller vous voir. « Youdriez-vous, lorsque vous aurez un instant de « loisir, me marquer ce que vous avez fait avec le « ministre, relativement à moi, et si vous avez pu « le convaincre qu'un artiste laborieux et utile, qui « a travaillé pendant près de cinquante ans, peut « encore mériter les regards du gouvernement, quoi- « qu'il ne soit [plus d'âge à entreprendre de grands « ouvrages, et surtout quand cet artiste ne demande « que le remplacement de ce qu'il avoit déjà et qu'on « lui ôte?

« Je vous envoyé un petit portefeuille que vous « mettrez sous vos yeux, afin d'y mettre quelquesce unes de vos productions, à mesure qu'il vous en « tombera sous la main, et surtout votre portrait.

« Plaignez les pauvres enrhumés. J'ai l'honneur

« de vous saluer avec la plus sincère estime. Saint- « Aubin, rue des Prouvaires, n° 519*. »

Heureusement que dans sa détresse il avait rencontré un honnête éditeur, amateur de beaux livres et appréciateur du talent, Renouard, qui avait besoin de portraits pour ses nombreuses publications et qui reconnaît volontiers, dans son Catalogue raisonné, qu'ils sont « d'une ressemblance et d'une grâce toute particulière » , et voilà notre vieil artiste qui recommence, sur le tard, sans trêve ni repos, à tracer de sa fine mine de plomb les traits des auteurs de l'antiquité, Homère , Virgile, Horace, Cicéron, Salluste et les trente portraits des rois de France et de personnages célèbres du Voltaire de 1802. Il se hâte, il s'use, il tousse des semaines entières et peut à peine se traîner chez Renouard pour toucher son argent, mais il ne lâche pas son burin. Sa main court indifférente , mais toujours agile de Crébillon à Corneille, de la Bruyère à Boileau, de Ch^esset à Racine, ce portrait de Racine au sujet duquel il écrivait à son éditeur : « J'ai été si griève- « ment malade que je n'ai pas donné un coup de « burin de tout le mois dernier. Je ne travaille pas « encore; il y a deux jours, j'ai voulu dessiner « une petite médaille d'une heure d'ouvrage, c'est « tout ce que j'ai pu faire, mais non sans peine. Je « me suis trouvé heureux, dans mon malheur, de « n'avoir pas eu dans les mains quelque planche

1 Cette lettre fait partie des collections de M. Eugène Piot, qui nous a gracieusement permis d'en prendre copie.

« après quoi vous auriez attendu, puisque je n'au- « rais pas pu vous satisfaire. Il me tarde de voir « revenir mes forces et le beau temps pour termi- « ner votre Racine. »

Le dessinateur de tant de profils délicats et charmants mourut le 9 novembre 1807.

Nous détachons d'une excellente étude * sur la gravure de portrait cette page qui nous semble bien peindre ce côté spécial de son talent, particulièrement dans sa dernière période : « Augustin de Saint- « Aubin courrait risque de ne pas être apprécié à sa « juste valeur, si on le considérait uniquement (( comme un interprète fidèle des œuvres d'autrui. « Outre un certain nombre de dessins de son inven- « tion, qui sont comptés à juste titre parmi les pro- « ductions les plus agréables de l'art français au « xvni^ siècle^ il mit au jour un grand nombre de « portraits qui, gravés aussi bien que dessinés par « lui, lui assurent un rang auquel il n'aurait pu « prétendre s'il s'était contenté de reproduire les « dessins de ses contemporains. Chargé par les prince cipaux libraires de son temps, par les de Bure et « les Renouard entre autres, de graver les portraits « qui devaient accompagner les éditions qu'ils pu- (( bliaient, A. de Saint-Aubin se trouva souvent « contraint d'adopter pour ses planches une dimen- « sion exiguë indiquée par le format même des « livres à orner. C'est à cette circonstance particu-

* Georges Duplessis. De la gravure de Portrait en Fraîîce. — In-8<».

« lière que Ton doit un certain nombre d'effigies « d'auteurs anciens, dessinées par Saint-Aubin d'ace près des originaux choisis avec critique, et une (( grande quantité de portraits des écrivains français « empruntés à des bustes célèbres ou à des peintures (( dont l'authenticité n'est pas contestable. On sent, (( en examinant ces nombreux portraits, que l'arec liste ne reculait pas devant une recherche qui (( l'amenait à s'approcher le plus possible de la (( vérité. Au lieu de reproduire, à l'exemple de « quelques-uns de ses confrères, le premier portrait « qui frappait ses regards , il savait discerner parmi les « documents qui lui étaient présentés celui qui répon- « dait le mieux à l'idée qu'il s'était faite du person- « nage dont il entendait transmettre les traits à la posée térité, et rarement il se trompait. Lorsqu'il s'agisee sait de transporter sur le métal la physionomie d'un ee de ses contemporains, il se chargeait lui-même de ee faire, d'après nature, un dessin exact, ou lorsque, ee pour un motif quelconque, il ne pouvait agir ee de la sorte, il s'adressait à un dessinateur sur ee l'exactitude duquel il pût compter, et le plus souee vent c'était à Charles-Nicolas Cochin qu'il faisait ee appel. Augustin de Saint-Aubin avait coutume de ee réparer à l'eau-forte ses planches ; il les modelait ce ensuite à l'aide de travaux au burin, exécutés avec ee une rare sûreté de niain, et dans ses moindres ee ouvrages il montrait clairement que la recherche ee de la forme exacte le préoccupait avant tout. Etc. . . »

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Les Quafi'e Poétiques d'Aristote, Desprénux , etc., avec remarq. de labbé Batteux, 1771. — 2 vol. in-S».

Le dessin du graveur, A. de Saint-Aubin, identique k celui de Cochin. — Chez M. V. DESÉGLISE.

Un Porb-ait de femme.

Dessin aux trois crayons, signé A. de Saint-A. ad vivum delin^ anno 1773.— Chez M. AUDOUIN.

Un dessin, plume et bistre, d'après une Pierre gravée du cabinet du duc d'Orléans.

Chez M. ALT)OULN.

Rabaut. — Précis historique de la Révolution française , Paris, Didot, 1792. — In-12.

Le dessin du Portrait de Bailly. — Vente Renouard. — 40 fr. FoNTEXELLE. — Entretiens sur la Pluralité des mondes, Dijon, Causse, 1794. — Pet. in-S», mar. v.

Exerapl. impr. sur vélin, avec le dessin du portrait. — Vente Renouard. — 60 fr. — Catalogue Cigongne.— Chez S. A. R. le duc d'AU- MALE.

Bernis (card. de). — Ln Religion vengée, Parme, Bodoni, 1795. — In-8o, vél. blanc.

Exempl. conten. le dessin du portrait. — Vente Renouard. — 41 fr. Gessner [Œuvres de S.). —Paris, Renouard, 1795. — 4 vol. in-S", demi-rel.

Exempl. impr. sur vélin contenant le dessin du portrait. — Vente Renouard. — 125 fr.

Crispi Salustii Opéra, Parisiis, Renouard, 1795. — 3 vol. in-18. — mar. r,

Exempl. impr. sur vélin avec les dessins de 2 portraits. — Vente Renouard. — 43 fr.

Nivernais [Œuvres du duc de). — Paris, Didot, 1796. — 7 vol. in-8o, gr. pap. mar. r.

Exempl. avec le dessin du portrait, aux trois crayons. — Vente Renouard. — 32 fr.

P. ViRGiLii Opéra. — Londini, Bensley, 1796. — 2 vol. in-8°, gr. pap. demi-rel.

Le dessin du portrait de Virgile. — Vente Renouard. — 54 fr. Barthélémy (l'abbé). — Voyage du jeune Anacharsis. — 1799.

4 dessins du portrait de l'auteur joints à 8 dessins d'antiquités grecques. — Vente Renouard. — 80 fr.

La Fontaine [Fables àe\ — Paris, Didot, an VII (1799).— 2 vol. in-12, mar. v.

Exempl. avec le dessin du portrait. — Vente Renouard. — 160 fr.

FoNTENELLE {OEuvres diverses de). — La Haye, 1728. — 3 vol. in-fol,, gr. pap. mar. bleu. (Padeloup.)

Exempl. contenant le dessin à la mine de plomb du grand portrait. Vente Renouard. — 149 fr.

PiRON {Œuvres choisies d'Alexis). — Paris, 1832. — 2 vol. in-8o, gr. pap.

Exempl. contenant 2 portraits au crayon. — Vente Renouard. — 32 fr.

Q. HoRATii Flacci Opéra. — Parisiis, 1733. — In-16, gr. pap. Le dessin du portrait d'Horace. — Vente Renouard. — 40 fr.

HoMERi et Hesiodi Certamen. H. Stephano autore, 1573. — In-8o, m. bl.

Le dessin d'un portrait d'Homère. — Vente Renouard. — 10 fr.

Recueil de soixante-quinze dessins de portraits.

A la mine de plomb et au pastel : Montaigne, la Fontaine, Bossuet, Molière, Le Sage, J.-B. Rousseau, J.-J. Rousseau, Piron, Necker, etc. (51 portraits d'homme et 24 de femme), en un vol. in-4". — Vente Renouard. — 625 fr. — Chez M. LE vicomte de JANZÉ.

Recueil de quarante-six dessins de portraits.

A la mine de plomb, de la grandeur d'une pièce de 2 francs : Voltaire, La Beaumelle, Fréron, Rousseau, Franklin, Helvétius, etc... en un vol. in-18. — Vente Renouard. — 92 fr. — Vente Cape. — 106 fr, — Vente Gautier. — 49 fr. — Chez M. PORTALIS.

Réunion de 9 portraits dessinés : Crébillon , Arnaud (l'obbé) , Le Kain, Saint-Aubin, par lui-même, etc..

Vente Renouard. — 95 fr. — Chez M. le vicomte de JANZÉ.

Réunion de \^ dessins de portraits.

Spirituelles esquisses d'après nature, d'Alembert, Maurepas, etc.. — Vente Renouard. — 65 fr.

BoiLEAU. — Le Lutrin. — Pet. in-40.

Exempl. avec 2 dessins du portrait, joints aux dessins de Moreau. — Vente Renouard. — 230 fr. — Chez M. MAHÉRAULT.

Fléchier. — Oraisons funèbres, Paris 1802. — 4 vol. iii-12.

Exempl. impr. sur vélin avec le dessin du portrait. — Vente Renouard. — 50 fr.

BouRDALouE, Mascaron , etc. — Oraisons funèbres, Paris, 1802. — In-12.

Exempl. impr. sur vélin avec le dessin du portrait de Bourdaloue. — Vente Renouard. — 50 fr.

Massillon [Petit Carême de), Paris, Renouard, 1802. — In-12 mar. bleu, impr. sur vélin, avec le dessin du portrait. Vente Renouard. — 30 fr.

Pascal {Pensées de), Paris, Renouard. — 4 vol. m-12, mar. bleu.

Impr. sur vélin, avec le dessin des 2 portraits.— Vente Renouard.— 99 fr.

Montaigne {Essais de Michel de), Paris, Didot, 1802. — 4 vol. in-S», demi-rel.

Exempl. avec le dessin du portrait. — Vente Renouard. — 40 fr.

Montesquieu. — Temple de Gnide. — 2 tomes en un vol. in-i2, mar. bleu. (Bozérian.)

Exempl. impr. sur vélin . contenant 3 dessins du portrait. — Vente E. Gautier, - 310 fr.

Les Vies de Plutarque.

31 dessins de portraits-médailles, à l'encre de Chine.— Vente Cap»^. 19 fr.

Voltaire [Œuvres complètes de), Paris, Renouard, 1803.

30 portraits à t'encre de Chine d'A. de Saint- Aubin . joints aux 113 dessins de Moreau . en un vol. in-4», raar. bleu. — Vente Renouard. — 1.645 fr. — Chez M. le b.vron James dk ROTHSCHILD.

La Fayette /Mme de . la Pinncesse de Montpensiei' , Paris, Renouard. 1804. — In-12, mar. bl.

Exempl. sur vélin . contenant le dessin du portrait de M"« de Sévigné. — Vente Renouard. —59 fr.— Catalogue Cigongne.— Chez S. A. R. LK DUC dAUMALE.

La Rochefoucauld {Mémoires du duc de), Paris, Renouard, 1804. 3 vol. in-12, mar.

Exempl. impr. sur vélin , avec 8 dessins de portraits. — Vente Renouard. — 120 fr. — Catal. Cigongne. —Chez S. A. R. le duc d'AU- M-ALE.

Montpensier (Mlle de), Relation de l'Isle imaginaire. — Histoire de la princesse de Paphlagonie , Paris, Renouard, 1805.— In-12, mar.

Exempl. impr. sur vélin , avec le dessin du portrait. — Vente Renouard. -47 fr. — Catal. Cigongne.— Chez S. A. R. le duc d'AUMALE.

Régnier (Mathurin^. Paris, Herhan. 1805. — In-i2, demi-rel. Exempl. avec le dessin du portrait. —Vente Renouard. — 9 fr.

J.-J. Rousseau. — Confessioiis.

Un portrait au crayon, joint à 14 dessins de Moreau et Chasselat. — Vente Renouard. — 280 fr. — Vente Solar. — 480 fr.

Delille. — L'Homme des champs , Paris, Didot, 1805. — In-S». gr. pap.

Le dessin du portrait, joint aux deux paysages de Moreau, peints sur les plats. — Vente Renouard. — 241 fr. — Chez S. A. R. le duc dAUMALE.

586 LES DESSINATEURS D'ILLUSTRATIOiNS.

Legouvé. — Mort de Henri IV, tragédie, Paris, Renouard, 1806. — In-8o, mar. bleu.

Exempl. impr. sur vélin , avec le dessin du portrait. — Vente Renouard. — 59 fr.

Esprit de Vlnstitut des filles de Saint-Louis, par Mme de Maintenon, Paris, Renouard, 1808. — In-12, demi-rel.

Exempl. impr. sur vélin, avec le dessin du portrait de M^^ de Maintenon. — Vente Renouard.— 31 fr. — Catal. Cigongne.— Chez S. A. R. le DUC d'AUMALE.

Gresset (OEuvres de), Paris, Renouard, 1810-11. — 3 tomes en 7 vol. mar. r.

Exempl. conten. le dessin du portrait, joint aux dessins de Moreau. Vente Renouard. — 905 fr. — Chez M. DUTUIT.

Racine [Œuvres de), Paris, 1811, — 4 vol. in-8°.

3 dessins de portraits, joints aux dessins de-Moreau. — Vente Renouard. — 634 fr. — Chez M. le comte de NAUROY.

Hamilton (ÛEwî;reç du comte A.}, Paris, Renouard. 18J2. — 4 tomes en 7 vol., pet. in-4o, mar. v.

Exempl. impr. sur vélin, avec les dessins des portraits, joints aux dessins de Moreau. — Vente Renouard. — 735 fr. — Chez M. DUTUIT.

Molière [Œuvres de), Paris, Renouard, 1812.

Les dessins des portraits, joints aux dessins de Moreau. — Vente Renouard, — 1,105 fr. — Chez M™*; la baronne S. de ROTHSCHILD.

Corneille [Œuvres de P.), Paris, Renouard, 1817. — 12 vol. in-S». 2 dessins des portraits, joints aux dessins de Moreau. — Vente Renouard. — 580 fr. — Chez M"» la baronne S. de ROTHSCHILD.

Crébillon [Œuvres de), Paris, Renouard, 1818. — 2 vol. in-8o.

Le dessin du portrait, joint aux dessins de Moreau. — Vente Renouard. — 260 fr. — Vente du comte de la Bédoyère (1862). — 405 fr. — Chez M. TANDEAU DE MARSAC-

Portrait de Laurent Cars.

Dessin à la mine de plomb. — Vente du graveur Ponce. — (1831.)

SAINT-NON (JEAN-CLAUDE RICHARD De'

C'était un véritable artiste que ce conseiller au Parlement démissionnaire , et l'une des étoiles les plus brillantes de cette jolie pléiade de graveursamateurs du xvm® siècle. L'abbé de Saint-Non^ dont le nom est lié à l'un des grands ouvrages d'art de cette époque, a mis dans tout ce qu'il a fait un goût, une décision et un entrain remarquables.

Jean-Claude Richard de Saint-Non était fils d'un trésorier-payeur général de l'hôtel de ville de Paris, et tenait par sa mère à la famille des peintres Boullongne. Il annonçait, dès son enfance, une vive inclination pour les arts; mais, comme il avait des frères aînés, sa famille voulut lui faire prendre la tonsure et la robe. Il étudia donc à contre-cœur la théologie et la jurisprudence, prit le sous-diaconat et acquit une charge de conseiller-clerc; il avait en même temps reçu le bénéfice d'abbé commendataire de l'abbaye de Poultières. Tout en remplissant consciencieusement , malgré sa répugnance pour les discussions juridiques, ses devoirs

de magistrat, il s'occupait de musique, de dessin, de peinture et surtout de gravure à l'eau-forte, pour laquelle il avait une vraie prédilection. Les discussions que souleva la bulle Uriigenitiis amenèrent l'exil du Parlement, et Saint-Non, disgracié comme ses collègues, fut envoyé par lettre de cachet à Poitiers, où il resta une année. Ce fut un des moments les plus agréables de sa vie : il passa son temps à dessiner et à graver, et l'on conserve de ce séjour la pièce gravée représentant une « Vue des environs de Poitiers que fai dessinée d'après nature, étant exilé dans cette ville, ^/z 1753 ».

De retour à Paris, il continua à s'occuper d'art. Leprince, qui revenait alors de Russie, se servait d'un procédé nouveau pour graver à l'imitation des dessins au lavis, et en faisait un secret. Saint-Non apprit de son ami Lafosse à se servir du même moyen, et grava, justement d'après Leprince, une foule de scènes de mœurs, de costumes , de paysages, dans cette manière expéditive et légère (1755- 1756).

Cependant, fatigué des débats du Parlement, auxquels il ne pouvait rester étranger, l'abbé de Saint- Non profita d'une circonstance favorable pour envoyer sa démission de conseiller, et, devenu libre ^ partit pour Fltalie qu'il désirait depuis longtemps visiter. Arrivé à Rome, il y rencontra bientôt Fragonard, qui s'y trouvait comme pensionnaire du roi, et le paysagiste Hubert Robert, tous deux jeunes et passionnés pour les arts, et il se lia avec eux

SAINT- NON. o89

d'une étroite amitié. Les deux jeunes gens couraient de compagnie la campagne et les villas , trouvant à chaque pas des paysages tout faits, des monuments, des ruines , croqués aussitôt d'une main agile et égayés de leur esprit et de leur crayon léger.

L'abbé était enchanté. De 1759 à 1761, ils sont ses dessinateurs en titre et ses compagnons, reproduisant tout ce qui arrête son admiration ou sa curiosité. H les emmène au printemps à Naples , leur fait visiter les fouilles d'Herculanum et ce qu'on a déjà découvert de Pompéi. Natoire, se préoccupant de l'avantage que ses pensionnaires pourraient retirer de ces voyages, écrivait au marquis de Marigny, le 4 juin 1760 : « M. l'abbé de Saint-Non vient d'arriver de Naples « avec le S' Robert. Les études qu'il a faites dans ce « païs-là me font grand plaisir. Ils ont parcouru « tous les environs et n'ont rien négligé pour met- " tre à profit leurs fatigues. Ce pensionnaire ne peut « tirer que de très-grands fruits de cette promeu nade. » En été, il les loge à Tivoli , dans cette villa d'Esté que lui prête l'envoyé de Modène et dont Saint-Non nous a laissé les belles perspectives et les beaux ombrages dans des eaux-fortes faites^ d'après les dessins de ses amis ; et Natoire d'écrire encore : « M. l'abbé de Saint-Non est depuis un mois « et demi à Tivoli avec le pensionnaire Flagonard, « peintre. Cet amateur s'amuse infiniment et s'oc- « cupe beaucoup. Notre jeune artiste fait de très- « belles études qui ne peuvent que luy faire beau- « coup d'honneur. Il a un goût très-piquant pour

« ce genre de paysage, où il introduit des sujets « champêtres qui lui réussissent. » Et toujours ils s'en vont dessina Qt, gravant, aquarellisant, tantôt un coin d'une fresque de la Farnésine, tantôt un antique de la villa Albani, tantôt un sous-bois de la villa Borghèse, se reposant du pinceau dans le maniement de la pointe.

De retour en France, Saint-INon publia, soit avec son procédé expéditif au lavis, soit àl'eau-forte, une suite en 60 planches de Vues de Rome et de ses environs (1761-62-63), d'après les dessins d'Hubert Robert et de Fragonard, un recueil d'une centaine de Gnffo7iis, mélange bizarre de scènes de mœurs, d'antiquités, de croquis de toutes sortes, et plus tard, tantôt d'après les dessins signés familièrement Frago, tantôt d'après ses propres dessins, une autre série sous le titre de Fragments choisis dans les peintures et les tableaux les plus intéressants des palais et des églises de r Italie (1771-73). Le succès qu'obtinrent ces publications décida Saint-Non à réaliser le projet qu'il avait de publier, en les complétant, les documents nombreux et les dessins qu'il avait réunis dans son séjour en Italie et d'en proposer la souscription. Ce Voyage pittoresque, ou Description des royaumes de Naples et de Sicile (1781-1786), rempli de cartes, de plans, de vues, de notices sur les littérateurs, les artistes, les mœurs et les usages du peuple napolitain, est un des premiers beaux ouvrages de ce genre qui ait paru en France et l'un des plus importants monuments élevés à l'art. « C'est à un goût très-vif,»

SAIM-NON. ;j9!

écrivait Saiiil-iNoii dans sa dédicaco à la reine, « c'est « à la passion des arts que cet ouvrage doit sa nais- « sance ; depuis quelques années, il fait l'occupation « principale et la plus agréable de ma vie^ et je leur « devrai encore, à ces arts aimables, un bonheur de (( plus, celui de vous en faire l'hommage. »

L'abbé de Saint-Non s'était donné un mal inouï pour mener à bien cette grande entreprise. Outre le texte, qui était partie son œuvre, partie celle de Faujas Saint-Fond, de Dolomieu, de Denon et de quelques autres littérateurs, Saint-Non avait pris soin d'orner son livre d'une foule d'estampes fort belles et fort soignées, et dont les dessins étaient dus, soit à ses anciens compagnons de voyage, soit à des artistes envoyés exprès de Paris et de Rome pour dessiner vues et monuments. Il s'était assuré le concours de l'architecte Després, bon dessinateur, qui faisait son séjour à l'Académie de France, et qui ne demandait pas mieux que de collaborer à des travaux bien payés. Voici la lettre que Saint-Non adressait à M. le comte d'Angiviller, pour lui demander de permettre au pensionnaire du roi de s'occuper des dessins de son ouvrage :

/■ Paris, ce 4 de juin.

(( L'intérest que vous m'avez paru prendre, Mon- « sieur, à notre ouvrage sur l'Italie me fait espé- « rer que vous prendi'ez en considération la petite (( requeste que j'ai prié mon ami Robert de vous « présenter de ma part. Vous avez connoissance de

o92 LES DESSINATEURS D'ILLUSTRATIONS.

« la tournée considérable que des pensionnaires de « l'Académie de Rome ont été faire avec M. de Non « en Calabre et en Sicile, pour y dessiner d'après (( nature les monuments et les vues les plus intéres- « santés. Ce voyage a coûté considérablement et le « résultat en a été une collection très-nombreuse de (( vues et de desseins qui me seront envoyés succes- « sivement ; mais il se présente dans ce moment un « obstacle aux travaux du meilleur et du plus habile (( de ces artistes, M. Des Prés, architecte et pension- « naire à l'Académie de Rome. L'usage est que ces « artistes envoyent tous les ans des desseins ou des (( projets d'eux icy. Ce Des Prés est par conséquent « dans ce cas-là, mais, comme c'est unhomme d'une « vaste imagination , il a cru devoir pour cette an- « née envoyer une composition de lui de 18 pieds « de long , qui doit Foccuper au moins deux mois « de tems. levons demanderois, Monsieur, de trou- « ver bon que cet artiste retarde de trois ou quatre « mois l'envoy qu'il projette de faire de cette sin- « gulière et extraordinaire composition et qu'il em- « ploie ce tems à suivre et remplir une partie de la « suite de son voyage de Calabre et de Sicile après (( lequel j'attends, et qu'il m'intéresse d'autant plus « de recevoir dans peu, que mon projet est, pour ce « second volume de notre ouvrage sur Fltalie, de « faire marcher le texte avec les gravures qui doivent « l'accompagner. Pour remplir ce projet, il est né- « cessaire que je puisse , non-seulement avoir ces c< desseins longtemps d'avance pour les faire exécu-

SAINT-NON. o93

ter eu gravure , mais aussi pour pouvoir former le texte et mettre en ordre cet ouvrage très-considérable et auquel plusieurs personnes doivent mettre la main. Ce ne sera, comme j'ai l'honneur de vous le dire, que quelques mois de retard pour le dessein ou projet à envoyer à l'Académie d'architecture par M. Des Prés, et il seroit peut-estre à

craindre que pendant ce qu'il a vu dans son

voyage cette collection ne perde infiniment de son intérest et de son mérite.

« Je m'en rapporte, monsieur le comte, à ce qu'il vous plaira d'ordonner à ce sujet , et proffitte avec empressement de cette occasion de vous renouvel- 1er l'assurance de mon tendre et respectueux attachement.

« L'abbé de Saint-Non'. »

Parmi les plus jolies compositions exécutées par Fragonard, sous les yeux de l'abbé de Saint-Non, pour son ouvrage, citons de magnifiques culs-delampe, avec des vues de volcan, et la découverte d'un squelette dans un caveau de Pompéi. Dans les paysages d'Hubert Robert, le palais de la reine Jeanne, la côte de Pausilippe et la grotte, et les fouilles de Pompéi, sont les plus agréables. En même temps, des artistes étaient envoyés, nous l'avons vu, sous la haute direction de Denon, pour compléter la collection des vues et des monuments ,

* Cette lettre appartient ù M. E. Cottenet, qui a eu l'extrême obligeance de nous la communiquer.

tandis que Saint-Non dirigeait, à Paris, les artistes qui gravaient les planches. Outre Després, l'architecte Renard, pensionnaire du roi, obtenait la permission d'aller dessiner d'après nature des vues intérieures d'églises. L'architecte-dessinateur Paris exécutait de beaux culs -de-lampe ornés de médailles ou des portraits des grands hommes nés dans les Deux-Siciles. Le paysagiste Chastelet dessinait aussi les vues les plus remarquables, pendant que Berthault et Saint-Aubin les ornaient d'entourages de guirlandes de fleurs gravées par Saint-Non \

Saint-Non s'était réservé la reproduction en couleur des bronzes antiques, vases étrusques, qui sont en effet parfaitement exécutés à la fin des chapitres ; en même temps, il dirigeait l'armée des graveurs, tous de premier ordre, qu'il y employait : Martini, A. de Saint-Aubin, Queverdo, Delvaux, Coiny et Duplessis-Bertaux , qui peuplait généralement de figures les dessins de monuments de Després.

Dès l'année 1778 les livraisons de ce bel ouvrage" avaient commencé à paraître ; grâce à un pareil livre, écrivait-on dans le Mercure de Finance (1779), l'homme de goût peut, sans sortir de son asyle , voyager et

1 Cassas nous apprend, dans une de ses lettres qu'il a fait, pour le même ouvrage, un petit dessin qui lui a été payé 6 louis et qu'il doit encore en faire d'autres.

2 Le prix de chaque livraison était de 12 livres (avec 8 estampes). 25 livraisons complétaient un volume. Plus tard, « entraîné par des frais énormes qu'il était loin de prévoir », Saint-Non fut obligé de faire payer un louis chacun des volumes du texte qu'il avait promis gratis. L'ouvrage entier coûtait 23 louis.

jouir de tout ce que la nature et les arts présentent de plus beau. Il peut passer en revue les palais, les temples, les statues et les tableaux, et «tous les mo- « numents du génie attendent ses ordres pour se « rassembler autour de sa personne et multiplier ses « jouissances en perfectionnant son esprit et son « goût. Ce Voyage pittoresque de l'Italie est l'entre- (( prise d'une société d'amateurs zélés pour le pro- (( grès des connaissances utiles. Parmi ceux qui di- (( rigent la partie des beaux-arts , on distingue (( M. l'abbé de Saint-Non dont le savoir et le goût « sont connus avantageusement. M. de Faujas est « chargé de la partie qui concerne l'histoire natu- « relie. Outre les objets déjà recueillis par MM. Ro- « bert, Vernet et Fragonard, les éditeurs en possè- « dent un grand nombre d'autres non moins pré- « cieux. M. Ghâtelet, peintre de paysages, MM. Des- » prés et Renard, architectes, pensionnaires du roi « à Rome, ont été envoyés dans les lieux les moins « fréquentés de l'Italie, tels que la Calabre, la Sicile « et Malte, pour y dessiner avec la plus scrupuleuse « exactitude les monuments dignes d'être recueil- '( lis. »

On pense combien une pareille entreprise était dispendieuse. (( Plusieurs riches amateurs se réunirent « pour cette entreprise, mais bientôt fatigués des « soins et des dépenses qu'elle entraînoit, ils Fa- « bandonnèrent. Tout le faix retomba sur l'abbé de « Saint-Non qui, seul alors, remplit les engage- « ments de la société avec le public et y consacra

o96 LES DESSINATEURS D'ILLUSTRATIONS.

(( toute sa fortune et celle de son frère ^ » Aussi l'abbé de Saint-Non était-il à la recherche des souscripteurs pour pouvoir la soutenir et la mener à bien. Nous retrouvons l'écho de ses préoccupations dans les lettres, où l'on rencontre aussi beaucoup d'autres détails intéressants, qu'il adressait au baron de Joursanvault, ancien officier bourguignon, lettré, aimant les études, les documents historiques et les arts, et qui avait fait de son hôtel de Beaune un petit musée. Saint-Non lui écrivait, le 17 avril 1778 : « Je désirerois bien, monsieur le ba- ( ron, que tous les souscripteurs du Voyage de tlta- ( lie eussent autant de goût et autant l'amour des ( arts que vous l'avés ; je serois d'abord beaucoup ( plus heureux dans l'entreprise que j'en ai faite et ( en aurois mille fois moins de peine, mais, comme

< l'a dit le bon la Fontaine : est bien fol du cerveau ( qui veut contenter tout le monde et son père. Ce que ( vous m'avez demandé, mon cher monsieur, pour ( colorier certaines estampes, je m'en suis fort oc-

< cupé, moi et M. de Lafosse, etpeut-estre y aurois- ( je réussi, quoique ce n'eût pas été sans beaucoup

< de peine et des détails auxquels il m'eût été bien ( difficile de me livrer ; mais ce qui m'en a le plus ( détourné, c'est la crainte de trouver des contradic- ( teurs et des critiques nouvelles. On auroit traité

< d'enluminures les estampes faites avec le plus

< de soin, et véritablement il faut convenir que,

^ Notice sur l'abbé de Saint-Non, par Brizard, 1792.

« ne pouvant absolument colorier qu'une petite et {( très-petite partie de ces gravures , cela formcroit (( avec le reste de l'ouvrage une disparate qui pour- « roit déplaire avec raison; ainsi il n'est pas possible « d'y penser, et j'y ai renoncé

(( Vous faites, au reste, beaucoup trop d'honneur « à mes talents, dont vous avez trop bonne idée. La « 1" planche gravée d'après le Schedone et l'Espa- « gnolet, est de Prévost, un de nos premiers gra- « veurs sans contredit et dont je fais grand cas, « quoique ses gravures ne soient pas prisées autant u qu'elles méritent de l'estre parce que les yeux u sont gastés par les vignettes et le fini de beaucoup « de gravures d'un très-petit genre, et qui ne peut « avoir lieu dans un ouvrage aussi considérable. (( Tout ce que je désire , c'est le suffrage des gens « de goût et \Taiment éclairés... »

Puis les livraisons se succèdent, et Saint-Non ne peut plus suffire aux réclamations, aux demandes de toutes sortes ; il écrit encore au baron de Joursanvault : « Paris, ce 1®'" janvier 1779. Je puis vous « asseurer, monsieur, du désir que j'aurois de vous « faire jouir le plus tost possible de l'ouvrage « intéressant dont je m'occupe, parce que vous « estes asseurément un des amateurs les plus (f distingués et les plus remplis de goût et d'amour « pour les arts que je connoisse; mais je suis, « je vous l'avoue, si occupé qu'il m'est impossible c( de penser par moi-même aux détails de tous les « envoys qu'il y a à faire de ces livraisons à me-

« sure qu'elles paroissent, ce qui augmentera en- « core par les suites, puisque je compte bien que (( désormais elles paroîtront presque tous les mois « exactement. C'est M. de Lafosse, graveur, place « du Carrousel à Paris , qui est mon homme de

« confiance et chargé de tous ces détails »

Plus tard notre éditeur- amateur est préoccupé que son souscripteur soit satisfait, et il lui écrit encore le 3 janvier 1780 : « Yos lettres, monsieur le baron, me font toujours le plus grand plaisir, et je suis on ne peut plus sensible à votre attention honneste et aux compliments que vous avez la bonté de m'envoyer pour le commencement de l'année. J'aurois bien mieux désiré que vous m'eussiez dit, à la place , un mot de votre façon de penser sur l'ouvrage de l'Italie pour lequel vous avez souscrit et que je désirerois bien vous plaire un peu ; les suffrages d'un amateur aussi éclairé seroient pour moi la récompense de tous mes travaux. J'espère bien, monsieur le baron, les mériter un peu plus par les suites, et crois pouvoir vous promettre déplus en plus des choses vraiment intéressantes. Les deux premières livraisons entre autres qui vous arriveront, c'est à dire la 10^ et la 11% que je ferai paroistre en même tems ; vous me ferez plaisir de m'en dire votre sentiment quand elles vous seront parvenues. Ce seroit sans doute avec le plus grand plaisir que je jouirois des beaux spectacles de la nature dont vous me parlez, mais il me faudroit pour cela plus de liberté que je n'en

« ai : personne n'en faisoit plus de cas que moi, et « il est difficile d'en avoir moins; mais j'espère bien « la retrouver un jour, et Femploy le plus doux que « j'en ferai sera de voyager après avoir fait voyager <( les autres. *.... »

Mais cette entreprise était au-dessus des moyens d'un particulier, et Saint-Non finit par s'y ruiner. De riches amateurs s'engagèrent bien, nous l'avons vu, à le seconder, mais les sommes qu'ils avaient promises rentraient mal, et, malgré l'activité de l'auteur, l'ouvrage traînant en longueur, ils se lassèrent. Saint- Non, pour tenir ses engagements avec le public et parvenir à terminer ce beau livre si peu recherché maintenant, dut y travailler sans relâche dix ans et fut obligé d'y sacrifier toute sa fortune; mais, malgré son succès, il était ruiné.

Il avait encore son petit bénéfice au diocèse de Langres ; la Révolution allait le lui enlever, quand il mourut le 25 novembre 1791.

Recueil fie 42 dessins faits à Rome et dans les environs en 1760 et 61 . — In-4o obi. V. mar.

Vente Chardin (1823). — 14 fr.

Saint-Non (abbé de). — Voyage pittoresque à Naples et en Sicile, Paris, Lafosse, 1781-86. — 5 vol. in-fol. "

Suivant Brunet, un exemplaire imprimé sur vélin et contenant les dessins originaux, ayant appartenu au marquis de La Borde, aurait été détruit.

1 Ces lettres font partie de notre collection.

(jACQUES-PHILIPPE-JOSEPH DE

Saint-Quentin est né en 1738. Après être resté quelque temps dans l'atelier de Boucher, il entra, en 1762, à V École royale des Elèves protégés. Cette institution formée par le concours, de jeunes gens choisis et distingués, sorte de pépinière des grands prix de Rome, était destinée à mettre les jeunes artistes à même de profiter davantage de leur séjour dans cette ville, soit qu'ils eussent déjà obtenu avec le prix la pension du Roi, soit qu'ils s'y préparassent encore. Fondée par l'influence de Coypel, et longtemps florissante malgré l'animosité de FAcadémie, l'école traversait, depuis 1760, une crise difficile par suite de la pénurie du trésor royal, qui ne permettait pas au surintendant des bâtiments, Marigny, de faire face aux dépenses et de payer la pension à laquelle les élèves avaient droit. Saint-Quentin, qui venait d'obtenir le grand prix de peinture pour son tableau de la Mort de Socrate, et qui n'avait reçu aucune somme depuis longtemps, eut l'idée, au moment de partir pour Rome, de battre monnaie avec

isa créance sur le trésor royal, et imagina de créer des lettres de change sur Cochin , premier peintre du Roi et représentant le marquis de Marigny. Il inventa des dettes fictives avec des fournisseurs, ses compères : un cordonnier, un doreur, un tailleur de la rue Trousse-Yache, pour avancer, autant que possible, l'échéance si retardée de sa pension, et alla même jusqu'à se laisser poursuivre et faire opposition sur ce qu'on lui devait pour une prétendue dette de frottage d'appartement*, lui qui était logé

' Nous reproduisons à ce sujet quelques pièces tirées des Archives nationales et rapportées par M, L. Courajod dans son livre : l'École royale des Élèves protégés.

« Je prie M"" Cochin de vouloir bien payer au S' Bachot cordonnier la somme de cent livres à prendre sur la gratification que le Roi m'a accordée en qualité de pensionnaire de l'Ecole des élèves protégés. » — Saint-Quentin.

« Je prie M"" Miger de payer à M^ Durocher, talieur, la somme de sans huy livre que je luy dois. »

Mr Durocher, maître tailleur rue Troussevache, en entrant par la rue Saint-Denis. « Mr Durocher pouras aler resevoir les sans huit w livre que je luy suis redevable chés M"" Cochin. Il demandera « Mr Miger et luy diras le temps a peut près ous il vous feras « avertire et suis votre serviteur. » — Saint-Quentin.

« Miger, je te prie de mettre à la suite de notre petis mémentos « Mr Lorend, rue de la grande truanderie, et de lui donner quand « tus pouras quatre vingt seize livre pour Mr Froment, sans soixante •* livre pour M^ Moutier. Quand tu pouras avoir notre argans, sela i- nous feras plaisir. Adieu, porte-toi bien, et suis ton amie. '^ Saint-Quentin.

« Tu pairas à Dalbant la somme de 29 livres que je lui suis rede- « vable. »

« Je reconnois devoir à M"" Froment la somme de 160 livre que « Mr Miger aura la bonté de remettre comme nous sommes conve- « nus de l'argans qu'il doit resevoir de ma pension, — Fait à Pa- « ris, ce 2 octobre 1765. — Saint-Quentin. »

Miger, dont il est question ici, est le graveur, alors élève et commis à la solde de Cochin.

gratuitement au Louvre. On voit par cette anecdote que Saint-Quentin était un homme d'expédient , sinon de ressources.

A son retour de Rome, il est à croire que ses tableaux n'eurent pas de succès auprès des académiciens, car le jeune peintre ne réussit pas, après plusieurs tentatives, à se faire agréer dans le cénacle ; il était naturellement furieux de son échec, et étant allé, avant l'ouverture de l'exposition de 1775, voir les tableaux des peintres au milieu desquels il enrageait de ne pas voir les siens, il y rencontra Diderot, avec lequel il exhala sa mauvaise humeur, critiquant vertement les tableaux de ceux dont il n'avait pu être le confrère. Celui-ci a imaginé, dans sa lettre à Grimm sur le Salon, de le prendre pour interlocuteur, et si tous les détails de ce long dialogue ne sont pas absolument exacts, au moins peut-on croire que le fond en est vrai. Aussi en citerons-nous quelques extraits qui feront connaître le caractère de notre artiste.

« Sous la protection spéciale du concierge, M. Phe- (( lipot, j'étais, écrit Diderot, entré de bonne heure « au Salon. Je m'y croyais seul et je me disposais à « examiner tranquillement les chefs-d'œuvre que (( nos artistes avaient exposés cette année; mais il « n'en fut pas tout ainsi que je l'avais espéré. « J'avaisTété précédé par un jeune homme fougueux, « jetant sur tout un coup d'œil rapide et sévère, et « très-résolu à ne rien approuver. A parler franche- « ment il en avait quelques raisons : il était récem- « ment de retour de Rome , il avait présenté à

SAINT-QLENTIN. 603

« l'Académie successivement trois ou quatre ta- (( bleaux d'agrément, et ils avaient été tous rejetés, « quoiqu'il eût été comblé d'éloges et qu'il se fût « assuré des suffrages de ceux qui donnent le ton (( dans l'école. Il m'aborde, car je ne lui étais pas « inconnu : « Vous venez ici pour admirer, me (( dit-il, mais vous aurez peu de chose à faire. »

Et Saint-Quentin commence à critiquer violemment chaque tableau devant lequel ils s'arrêtent, sans se priver en même temps de dénigrer l'artiste. Il trouve que ce a triste et maigre Vien s'en va », et que la jambe de sa Vénus est d'un bon pouce trop courte ; que Lagrenée a donné à sa Diane et à son Endymion des carnations de pain d'épice, et quant aux tableaux d'Amédée Vanloo, pour toute réponse il se met à rire :

DIDEROT

tt Vous n'êtes pas doux.

« Quand on est passionné et qu'on a raison...

DIDEROT

« Mais à quoi cela vous sert-il? Quand vous aurez « bien dénigré les tableaux des autres, les vôtres « n'en deviendront pas meilleurs.

« Mais on deviendra peut-être plus indulgent « quand on verra les meilleurs maîtres tomber dans « des fautes d'écoliers. »

Wt LES DESSINATEURS D'ILLUSTRATIONS.

Ils sont interrompus par l'arrivée de la reine Marie-Antoinette, qui vient visiter le Salon, mais se promettent de se retrouver le lendemain. « Ma pre- « mière envie, continue Diderot, fut de manquer « au rendez-vous. En général la critique me dé- « plaît, elle suppose si peu de talent! Cependant je (( me ravisai ; je pensai qu'en réduisant à la moitié, « aux trois-quarts le mal qu'il disait de nos artistes, « je pourrais recueillir quelques bonnes observa- (( tions qui lui échappaient, ou qu'opposant des « éloges mérités ou non mérités aux flots amers de « sa bile, j'aurais du moins, sans qu'il s'en aperçût, « l'avantage de lui rendre son rôle pénible. Ainsi je « vainquis ma répugnance et je retournai au Salon, « où il m'avait précédé. Il avait l'air triomphant, et « autant il remarquait d'imperfections dans les com- « positions d'autrui, autant il paraissait transporter « de beautés dans les siennes. Avec un peu d'adu- « lation et de finesse, je crois qu'il m'aurait avoué, « avec le plus de modestie qu'il aurait pu, qu'à tout « prendre ses ouvrages n'étaient pas inférieurs à (( ceux sur lesquels on s'extasiait ici.

« Eh bien, monsieur de Saint-Quentin, lui dis-jo, « êtes-vous aujourd'hui aussi méchant qu'hier?

« Est-ce être méchant que d'être juste?

DIDEROT

« Dites la vérité : si vos juges avaient été moins

« sévères avec vous, vous Tauriez été moins avec (( eux. »

Ils coiitiiiuenl ensuite leur revue que l'on peut, à juste titre appeler critique, bien que Diderot essaye de réagir par quelques éloges sur la sévérité de son interlocuteur, mais faiblement et, comme Saint- Quentin le lui dit, en trouvant autant de plaisir à entendre des méchancetés que lui à en dire. Notre jeune artiste veut bien cependant reconnaître quel-i que talent à Lépicié, quoiqu'il ne soit pas de l'avis de M. Cochin, qui le compare à Téniers ; seulement il trouve sa couleur farineuse. Pour Yernet, il constate qu'autrefois il copiait la nature, mais qu'aujourd'hui il copie sa chambre. « Je suis bien loin d'avoir « à me louer de lui. Si vous saviez le mal qu'il m*a « fait! Il m'a cassé le cou. Quand je le consultai « sur mes tableaux, il n'avait qu'à me dire, car je «< sais entendre la vérité : Cela est mauvais, je ne (( présenterais pas cela, vous vous exposerez à un refus. u J'aurais suivi son conseil et je l'aurais embrassé. c( Mais me trahir! mais m'immoler à des plaisante- « ries! c'est que cet homme, habile d'ailleurs, est « sans caractère... »

Enfin Leprince trouve grâce devant lui! Ses tableaux sont divins, et la couleur des plus séduisantes. Les portraits de Hall aussi, surtout celui de l'abbé de Saint-Non, en miniature, ont tous ses suffrages; mais il trouve que Robert, qui depuis si longtemps fait des ébauches, pourrait bien faire un tableau fini, et il envoie les toiles de Robin, de Francisque

Millet et de Taraval au pont Notre-Dame, où elles ne trouveront pas un acquéreur.

On voit, si l'on en croit Diderot, que Saint-Quentin avait bien mauvaise langue, mais il vaut mieux supposer que le littérateur, qui en était riche, lui a prêté un peu de sa causticité. Ce dialogue, vivement et spirituellement mené, n'en est pas moins intéressant en ce qui touche notre jeune artiste, et nous ^onne sur lui des détails d'autant plus curieux et authentiques, qu'ils sont moins amenés par le fond du sujet qui était la critique des tableaux du Salon de 1775.

Occupons-nous maintenant du vignettiste. Les bonnes études artistiques de Saint-Quentin et ses qualités de dessinateur le firent choisir pour orner les livres, de ses compositions. Il avait dessiné déjà quelques vignettes et culs-de-lampe pour le quatrième volume, daté de 1774, de l'édition des Fables de la Fontaine, gravée par Fessard, et six seulement des vignettes du quatrième volume des Chansons de la Borde, qui sont très-largement traitées et tout à fait à la hauteur de celles de Le Barbier qui a signé les autres figures. Celles de notre artiste rappellent, dans leur manière légère, celles de Moreau. Ces dessins sont charmants, spirituels, faciles et les meilleurs après ceux de son illustre collaborateur ; il est à regretter, en les voyant, que la part de collaboration de Saint-Quentin ait été aussi restreinte.

Ses compositions pour le poëme de l' Aijriculture (4774) par Fulcran de Rosset, sont pittoresques, et le

paysage magistralement traité y tient, comme le demandait le sujet, une grande place. D'ingénieux groupes d'enfants dans de petits paysages placés en tête des chants complètent, avec les figures de Loutherbourg, ce beau livre. Saint-Quentin avait dessiné, la même année, le portrait de l'auteur du poëme, président au Parlement de Montpellier. Renouard nous apprend que ce dernier était un poëte fort médiocre et que le ministre de la marine, Bertin, son ami, sachant qu'il préparait de son ouvrage une édition ornée de gravures magnifiques et qu'il désirait la faire exécuter à l'Imprimerie royale, avait du moins voulu, tout en ménageant l'amour-propre de l'auteur, qu'il fût purgé de ses plus choquantes imperfections. Il proposa donc au président de faire revoir ses vers par un ami de beaucoup de goût et fort discret : c'était Gresset; le manuscrit lui fut envoyé et revint corrigé, mais rempli de traits malins ou d'observations un peu dures que l'on dissimula autant qu'on le put au susceptible auteur magistrat, et le poëme put paraître ainsi sans déparer trop la partie artistique de l'œuvre.

Saint- Quentin a dessiné encore les figures de Musarion (1780), traduction française du poëme de Wieland, sur les Grâces, assez agréable illustration, médiocrement gravée à Zurich ; mais ses compositions les plus connues sans contredit sont les cinq figures qui ornent l'édition originale du Mariage de Figaro, que Beaumarchais fit imprimer à Kehl, en 1785, eu même temps que se terminait sa grande

entreprise du Voltaire. Ces dessins, largement lavés au bistre, sont très-bien composés. Ils auraient été donnés au père du possesseur actuel, ainsi que l'exemplaire sur vélin qui les accompagne, par Fauteur lui-même.

On sait avec quelle peine Beaumarchais put faire jouer cette célèbre comédie satirique. Louis XVI s'était écrié, après que Marie- Antoinette lui eut fait lecture de la pièce : « C'est détestable, cela ne sera « jamais joué. Il faudrait détruire la Bastille pour « que la représentation de cette pièce ne fût pas une « inconséquence dangereuse. Cet homme se joue « de tout ce qu'il faut respecter dans un gouverne- « ment. » Et pourtant la pièce finit par être représentée au Petit-Trianon, avec la Reine dans le rôle de Rosine, et applaudie à la Comédie française par tout Paris , et surtout par les grands seigneurs qu'elle fustigeait.

Saint-Quentin a tiré parti avec esprit des principales scènes de l'ouvrage, et ses vignettes, pleines de gaieté^ d'expression et de fines intentions, sont inséparables maintenant de l'idée qu'on se fait d'un bel exemplaire du Mariage de Figaro,

Saint-Quentin avait exposé, en 1776, un grand tableau, représentant une vue de la place Louis XV et d'une partie des Tuileries.

B. DE La Borde. — Choix de chansons, Paris, de Lormel, 1773. — 4 voL in-So. fi g.

Un|exemplaire imprimé sur vélin, mar.r. tr. d.,avec les 6 dessins originaux de Saint-Quentin, à la plume, rehaussés do sépia. joints ii ceux

de Moreau, Lebarbier et Lebouteux, ùg. av. la lettre et eaux-fortes.— Vente Radziwill. — 7,050 fr — Chez S. A. R. le duc d'AUMALE.

Be.umarchais (Caronde . La Folle Journée, ou le Manage de Figaro, comédie; de limpr. de la Société liit. et typogr. — Et se trouve à Paris, chez Ruault, s. d. — Gr. in-S», Gg.

Un exemplaire imprimé sur vélin, auquel sont joints les 5 dessins orit'inaux à la plume et au bistre sur papier jaune, signés et datés 1781. — Chez M. Philippe de SAINT-ALBIN.

SERGENT (a. -F

Sergent-Marceau, appelé de ce second nom parce qu'il était le beau-frère du général Marceau, parenté qui, nous le verrons, lui fut fort utile parla suite, est né à Chartres le 9 octobre 1751. Son père étaitimprimeur en taille-douce^ et, tout naturellement, les goûts du fils se tournèrent du côté du dessin et de la gravure, dont il avait des exemples sous les yeux. Il prit les leçons d'Augustin de Saint- Aubin, s'attacha surtout à la gravure au lavis et se fit d'abord connaître comme un dessinateur d'actualités : Expérience aérostatique de MM. Charles et Robert dans le jardin des Tuileries^ le 1" décemb?'eilS3 ; Effets du baquet magnétique de Mesmer , pièces en couleur, et d'autres du même genre. Il travailla ensuite à de nombreuses planches pour la Collection des portraits des grands hommes^ femmes illustres et sujets mémorables de la France^ gravés au lavis et imprimés en couleur par Blin, qui les fit paraître en 1789. Dans cette nombreuse série, pour laquelle Desfontaines (Swebach) a retracé les principaux faits historiques,

SKHGENT. lill

les portraits, tous de Sergent et datés de 1789 à 1791, sont d'une ressemblance fantaisiste, et oii la recherche de la vérité semble avoir eu peu de part. (( Ces planches, a dit pourtant Renouvier, variées « de forme et d'exécution, témoignent de la facilité « dans le dessin et beaucoup de légèreté et d'agré- « ment dans le travail de gravure ; l'expression en (( est gentille, et le costume offre ce compromis en- « tre la vérité et la convention que Moreau lui- « même n'avait pas dépassé. »

Sergent eut avec Restif de la Bretonne quelques rapports au sujet des dessins que le romancier avait fait exécuter pour les Contemporaines^ et de ceux que le dessinateur lui offrait pour les remplacer. Le 26 octobre 1783, il lui écrivait pour lui dire que des artistes en réputation avait trouvé bien incorrects et bien peu spirituellement faits ceux de cet ouvrage qui devaient offrir un tableau des modes et des costumes de l'époque. 11 lui vante alors deux dessins qu'il lui envoie en même temps, comme échantillon de son savoir-faire, celui de la Fille de mon hôtesse dans un moment plus piquant que celui qui est gravé et 011 des artistes célèbres ont trouvé de l'innocence et de l'ingénuité. L'autre, celui de la Jolie voisine, est aussi davantage, d'après lui, dans le véritable caractère. Sans prétendre égaler Moreau le jeune dans ses élégantes compositions, il sérail fâché de ne pas réussir mieux que le dessinateur des Contemporaines. « Pardon , monsieur , je suis provincial, je « suis franc, trop peut-être. Ne croyez pas cepen-

dant que ce soit aucun motif d'intérêt qui me fasse faire si hardiment la critique de ces gravures! Non; c'est que j'ai étudié sous un habile maître et que la vue de ses ouvrages m'a rendu trèsdifficile , encore plus même pour les miens; c'est que je suis fâché que vos ouvrages, que vous avez voulu orner, qui n'avaient cependant nul besoin de cette parure, soient associés avec de tels dessins. En envoyant les deux que j'ai faits à M°»^ la V^Duchesne, je lui proposai de m'employer, quoique en province ; je lui offrais de les faire au plus bas prix qu'elle pourrait trouver à les faire exécuter à Paris, de refaire une ou plusieurs fois ceux qui ne conviendraient pas, et en outre, de prendre en livres les paiements qu'elle aurait à me faire pour cela. Ainsi, vous voyez qu'il n'entre dans ma proposition qu'une grande envie de travailler sans beaucoup d'intérêt. Si c'est vous qui vous chargez de cela , mon plan est différent encore : je serais plus satisfait d'être occupé par vous; j'estime trop un auteur dont j'aime les ouvrages, je le dis avec la même franchise et probité provinciale, avec passion , pour lui faire une proposition qui eût l'air vénale. Je demanderais seulement à M. Rétif : Permettez-moi, avant mon départ de Paris, dans 8 jours, d'essayer à tracer votre portrait, de le faire graver de format à pouvoir se placer à la tête de vos ouvrages, ou, si vous ne le voulez pas, que je vous le laisse dessiné . Souffrez qu'un jeune élève des arts vous

SERCENT. fil3

« fasse cet hommage, qu'il vous doit bien pour le (( plaisir que vous lui avez procuré. Sa reconnais- « sance ne vous sera pas gênante ; vous ne serez « exposé à lui ouvrir votre porte qu'une ou deux « fois par an. C'est le désir de quelqu'un qui a ap- « pris à vous estimer en vous lisant, et qui se croi- « rait heureux de vous connaître plus particulière- « ment en obtenant de vous un moment d'entre- « tien à Theure et au lieu que vous lui indiquerez.

(( Sergent, dessineur et graveur, à l'hôtel <( d'Orléans, rue Daufme\ »

Le jeune artiste chartrain était malavisé de critiquer, auprès d'un homme aussi susceptible que l'était Restif, les dessins qui, ainsi que nous l'avons rapporté à propos de Binet, étaient presque autant l'œuvre du romancier que celle du dessinateur. Aussi, malgré les flatteries à son adresse que contenait la lettre de son correspondant, le romancier se garda-t-il d'aller voir l'artiste, encore plus de l'employer, et, dans une lettre qu'il lui écrivit le 12 novembre suivant, et que Sergent ne paraît pas avoir reçue, il avoue que la mauvaise expression des figures, l'exagération ridicule de la finesse des tailles et des pieds des femmes, est la faute des graveurs, et s'excuse, disant comme prétexte que l'offre de son portrait est précisément ce qui l'a empêché de lui rendre visite.

* Lettre reproduite par Restif de la Bretonne dans le tome XVII des ContemporohieSy 2*' édition.

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