‹ Les dessinateurs d'illustrations au dix-huitième siècleChapitre 26 sur 60 · M4 LES DESSINATEURS D'ILLUSTRATIONS · texte numérisé non relu

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Cependant Sergent ne se tient pas pour battu. Deux ans après, le 19 septembre 1785, il revient à la charge dans une très-longue lettre rapportée tout entière encore par Restif ; seulement, tout en rappelant qu'il lui a écrit deux lettres sans obtenir de réponse, tout en lui réclamant ses deux dessins dont celui-ci doit être « possesseur ou dépositaire » , tout en regrettant que son portrait ait été fait par un autre, et en craignant que la critique qu'il avait faite d'un artiste au crayon bizarre et incorrect, au génie stérile et étroit * « qui n'a rien de commun avec le pinceau de M. Restif », ait pu lui déplaire, son but, cette fois, n'est pas de lui faire accepter des dessins, mais le canevas d'un roman. Il lui raconte alors la longue histoire, assez peu claire, d'une jeune femme vertueuse que son mari cherche à perdre pai* ses excitations, ses propos et ses calomnies. Après des péripéties trop longues et trop fastidieuses à raconter, elle fait connaissance d'un jeune homme qui l'aimait en secret depuis son enfance. Une affection pure s'établit entre eux et, malgré la vileté de son mari, ils s'exhortent l'un l'autre à résister à la violence de leurs désirs. Le jeune homme conserve précieusement deux cents lettres où l'on voit briller la pureté de son amante , et douze ans de constance et de traverses ont épuré cette passion. « A son sep- <( tième lustre, écrit Sergent, il conserve encore la « fleur de l'innocence et s'en honore, au risque de

* Il fait allusion au dessinateur Binet.

SKRGENT. fila

« paraître un fol ou un sot aux yeux de ses contem- (( porains. Jamais ses lèvres ne furent se placer sur (( les charmes d'une autre femme ; les baisers qu'elles « ont reçus de son amie y sont encore purs comme « son amour... Hé bien, monsieur, cet homme que « vous trouverez rare dans ce siècle, cet homme qui (( s'estime lui-même, c'est moi. » Et Sergent termine cet épisode de sa vie, qui dut paraître un peu bien vertueux au bouillant Restîf, en l'autorisant à faire usage de ce tableau en le déguisant ou le changeant à son gré.

En 1789, Sergent collabora à la Collection des portraits des députés des trois ordres, portraits au lavis dans un encadrement bistré, qu'il publia avec Levachez, marchand d'estampes sous les colonnades du Palais-Royal. Il fit enfin accepter à Restif quelques dessins pour son ouvrage des Nuits de Paris, et représenta dans chacun d'eux le spectateur nocturne au milieu des aventures qu'il provoquait. Les premiers événements de la Révolution lui donnèrent des sujets pour ses estampes coloriées : le Royal Allemand sabre le peiiple dans les Tuileries, le Peuple parcourt les rues avec des flambeaux en criant aux armes, les Travaux du Charnp-de-Mars, le Roi brisant les chaînes du tiers-état, pièces où « les figures sont expressives, vraies de costume et très-spirituellement éclairées ». Mais bientôt le mouvement politique, dans lequel il s'était jeté avec ardeur, le détourna de ses travaux artistiques, et le seul ouvrage gravé par lui pendant ces années tourmentées et sanglantes est la Carte

d entrée à la Convention ! Il est vrai qu'il est, en sa qualité d'artiste, organisateur des cérémonies nationales, chargé des dispositions et de leur surveillance, et qu'il cherche à leur donner un cachet antique et païen !

Secrétaire des Jacobins, membre de la Commune et de la Convention, Sergent est accusé d'avoir pris part aux massacres de septembre, ce qui gâte un peu pour nous son auréole. Il fut accusé, en outre, de s'être, peu de temps après, fait adjuger à vil prix, dans une vente aux enchères, un beau camée, ce qui lui valut le surnom A' Agathe. Voici comment Michelet raconte cet épisode peu glorieux de la vie de notre artiste. L'idée était venue aux membres d'un comité de surveillance institué par la commune de Paris, de vendre les dépouilles des victimes : « La vente était publique, mais, quelque publique qu'elle fût, elle n'en était pas moins suspecte. Qui eût osé. enchérir sur eux;, s'il leur plaisait de dire qu'ils achetaient tel objet? Sergent, en sa qualité d'artiste, maniait insatiablement un camée de prix en agate. Ce n'était pas, a-t-il dit pour se justitifier, un camée antique. Peu importe. Qu'il fût antique ou moderne, il en tomba amoureux. Personne n'osa enchérir et Sergent l'eut au prix d'estimation. »

Son nom se rattache pourtant à la fondation du Musée des antiques et à la création du Conservatoire de musique ; il présida la Société populaire des arts, qui remplaçait désavantageusement l'ancienne Aca-

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demie , et y prononça, le 3 germinal an II, un discours où il dit qu'il est temps de proscrire l'habit qui a trop longtemps assimilé l'homme à Tesclave, et d'en créer un « qui dégage des entraves sans dérober les belles formes du corps ». C'est probablement le costume qu'il recommandait, dont il a exposé le dessin au salon du Louvre en 1793 : Costume républicain [de sans-culotté)^ B.ài0^ié^ proposé et dessiné par Sergent , député de Paris à la Convention nationale.

A la chute des Jacobins, Sergent, menacé dans son existence, alla demander protection au général Marceau, dont il avait épousé la sœur, Emira Marceau, qui elle-même s'est occupée de gravure. Il suivit son beau-frère en Allemagne et en Suisse, grava plusieurs portraits de lui, et, quand le général fut tué, dessina et grava deux compositions à sa mémoire. De retour à Paris, il exposa au Salon de l'an YII des dessins à l'aquarelle représentant les Costumes des filles suisses et paysannes bernoises, d'après les femmes qui servaient dans la vacherie suisse établie dans le jardin Marbeuf, et il dessina quelques-unes des figures des Contes de la Fontaine, gravées par Coiny et Duplessis-Bertaux.

Proscrit au 18 brumaire, il habita successivement Turin, où il fut bibliothécaire de l'Université, Venise, Milan, où il collabora à des ouvrages de costumes coloriés et ^'antiquités, dont il grava les planches, et mourut à Nice en 1838, à l'âge de 87 ans.

Sa femme, qui signait Émira Marceau, femme

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de Cernel et ensuite Sergent, a gravé sous la direction de son mari , et a concouru à la gravure des collection de Blin et de Levachez. Sergent fut pour elle le plus rare des maris, et Renouvier ajoute que ce vieux jacobin lui fit, à 86 ans, l'éloge de toutes les qualités physiques et morales de sa femme avec une candeur et un feu qui n'appartiennent qu'à un adolescent de quinze ans.

Restip de la Bretonne, — Nuits de Paris, 1788-94. — 8 voL in-12.

6 dessins in-S», à Tencre de Chine, dans l'œuvre de Sergrent. — Au CABINET DES ESTAMPES.

SÈVE (jACQlES DE

Le peintre et dessinateur de Sève ne paraît pas avoir beaucoup attiré l'attention des biographes, et les renseignements sont fort rares sur son compte. Il paraît descendre de Gilbert et de Pierre de Sève, tous deux peintres de la manufacture des Gobelins, et qui seraient ses grand-père et père. Tous deux aussi étaient de l'Académie de peinture ; Gilbert de Sève datait de la fondation (1648), et Pierre de Sève, né à Moulins, y avait été reçu en 1663. Quant à Jacques de Sève, dessinateur de beaucoup de talent, nous rencontrons son nom pour la première fois sur les ingénieuses petites vignettes des Contes du temps passé de Perrault (1742), de l'édition de Coustelier. sous la rubrique de la Haye, et que Martinet n'a fait que retoucher pour celle de Lamy (1781).

Son talent de vignettiste, son art de grouper de petits personnages correctement dessinés dans ces vignettes en tête-de-page ou culs -de -lampe, était réel et avait été remarqué, car il est chargé par les éditeurs de les fournir pour nombre d'ouvrages : pour

les Fables de la Fontaine (1746), où il est généralement gravé par Fessard, pour les Œuvres deM'"^ Deshoulières (1747), pour les Caractères de la Bruyère (17S0), pour les OEuvres de Moncrif (\1M) '; on remarque encore ses beaux frontispices pour le Traité des arbres fruitiers de Duhamel du Monceau, pour le Velleius Paterculus de Barbou, etc.

De Sève a été l'un des collaborateurs les plus actifs de la belle édition des OEuires de Buffon, de l'Imprimerie royale, qui commença à paraître en 1749. Il dessinait avec beaucoup de naturel et de fidélité les animaux et avait été chargé, par le naturaliste, de les dessiner d'après nature au Jardin des Plantes , parsemant ce volumineux ouvrage d'ingénieux culs-de-lampe ornés d'animaux très-finement dessinés; mais son illustration de beaucoup la plus importante est celle qu'il a- dessinée pour la belle édition des OEuvres de Bacine en 3 volumes in-4 (1760). Les grandes figures y sont traitées dans le goût, un peu théâtral, des de Troy et des Boucher, mais avec beaucoup d'aisance et tout à fait en peintre. La figure de Britannicus est très-dramatique, et celle des Plaideurs heureusement composée. Les vignettes et les fleurons sont pleins d'invention et de mouvement. C'est le graveur Fhpart qui a été le principal interprète de ces dessins.

' Le marquis de Paiilmy possédait, des œuvres de Moncrif, un magnifique exemplaire qui se trouve maintenant à la bibliothèque de l'Arsenal, et où les figures sont tirées en noir, en bleu, en vert et en bistre.

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