‹ Les dessinateurs d'illustrations au dix-huitième siècleChapitre 28 sur 60 · OD · texte numérisé non relu

OD

Celui-là est un peintre, un vrai peintre de genre français, plein de verve et de gaieté dans ses tableaux de noces de village, de saltimbanques faisant leur boniment, et forme le vrai pendant de son ami Demarne. Il a cependant fait œuvre de vignettiste deux ou trois fois dans sa vie, et, à ce titre, il nous appartient.

Taunay est né le 1 1 février 17oo; c'était le fils d'un chimiste peintre émailleur de la manufacture de porcelaines de Sèvres. Il fut élève de François Casanova, et c'est pendant son séjour dans son atelier qu'il fit, à vingt ans (1776), cette charmante illustration de la Journée de ramour (ou Heures de Cijthère)^ poëme que l'on attribue généralement à la meilleure amie de l'abbé de Voisenon , à la comtesse de Turpin, qui, elle-même, laissait entendre que le livre était de Guillard, jeune auteur qu'elle protégeait. « Ce qu'il y a de certain, rapporte Grimm, u c'est qu'on trouve dans ces poésies une infinité « de choses qu'il serait beaucoup plus naturel d'à-

« voir faites en tête-à-tète que tout seul ou toute « seule. » Cus jolies bergères, ces galants bergers, si fort à la mode à l'époque, n'en sont pas moins, sous le crayon de ïaunay, fort agréables à voir, et font pressentir le peintre spirituel des scènes toutes remplies de fines intentions de la campagne^; des foires et de la vie du peuple.

Mais, lorsque Casanova quitta la France pour devenir peintre dé batailles au service de Catherine II, Taunay, voulant achever son éducation de paysagiste, partit pour la Suisse avec Demarne et d'autres camarades. A son retour, en 1784, il fut reçu de l'Académie, et une place s'étant trouvée vacante parmi les pensionnaires de France à Rome, Taunay, bien qu'il n'eût plus d'études de débutant à faire, demanda à remplacer le jeune artiste décédé. Il s'y retrouva avec Drouais, dont il subit l'inlluence, ce qui eut pour résultat de mettre un peu de style dans ses œuvres.

Pendant la Révolution il s'était retiré à Montmorency, et y vivait modestement en élevant une nombreuse famille, dans une habitation illustrée par le séjour de Jean-Jacques Rousseau. Quand Pierre Didot entreprit sa grandiose édition de Racine, il s'adressa aux premiers dessinateurs de l'époque, Chaudet, Gérard, Girodet, et ne trouva pas d'artiste plus capable que Taunay d'interpréter les scènes comiques et gaies à^^ Plaideurs (1801); celui-ci s'en est tiré à son honneur et a dessiné les trois compositions qui lui étaient confiées avec sa verve et son

TAUNAY. 62î>

esprit habituels. On a encore de lui, dans un genre qui se rapproche de notre sujet, des pièces pour Uobinson Crusoë et quatre grandes compositions, la Vie de l'Enfant prodigue, gravées en couleur par Descourtis.

Il acceptait pour vivre, à la même époque, des travaux bien modestes, comme le coloriage des estampes de la grande édition de Paul et Virginie. La fortune ne lui souriant guère, Taunay entreprit, sur de fallacieuses promesses , le voyage du Brésil , croyant y faire fortune, mais il n'y rencontra que déceptions. Son fils, Adrien, se noya dans le Guaporé, rivière que, par intrépidité et bravade, il voulait traverser à la nage, et son frère le sculpteur, Auguste Taunay^ qui était parti avec lui, étant mort également dans ce pays lointain, Taunay revint à Paris. Il y mourut doyen de l'Académie des Beaux- Arts, le 30 mars 1830.

La Vie de l' En fcmt prodigue.

Taunay a peint, sur ce sujet, 4 compositions qui ont été gravées en couleur par Debucourt. Le tableau représentant le Départ. — Chez M. DELBERGUE-CORMONT.

Racine [Œuvres de Jean), Paris, Pierre Didot , 1801. — 3 vol. gr. in-fol.

Un exemplaire unique imprimé sur vélin, contenant les 57 dessins originaux, dont ceux de Taunay, pour les Plaideurs , ont figuré à la vente Firmin-Didot en 1810. — L'ouvrage a été retiré.

TROY (jEAN-FRANÇOIS De)

François de Troy, originaire d'une ancienne famille de Toulouse, est né à Paris en 1679. Son père était un habile peintre de portraits, qui semble n'avoir cédé qu'avec regret à la vocation qui, dès son enfance, entraînait son fils vers la peinture; cependant il consentit, après que ce dernier eut concouru sans succès pour le grand prix de Rome, à ce qu'il fût envoyé en Italie. Le jeune de Troy obtint pourtant plus tard une place de pensionnaire à l'Académie de France à Rome, séjourna en différentes villes d'Italie, particulièrement à Pise pendant deux ans, chez un seigneur de la ville, nommé Grassulini, qui l'hébergea et lui procura des travaux. Enfin il se divertissait tellement en Italie, où le plaisir l'occupait plus que le travail, que son père dut avoir recours à l'ambassadeur de France à Florence pour Fobliger à revenir dans son pays. Il avait vingt-sept ans quand il arriva à Paris ; il se présenta à l'Académie dont son père était directeur.

Page 1