VERNET
le graveur donne au peintre ne sont pas exagérés. Los dessins originaux, qui existent aussi, peuvent faire parfaitement apprécier la manière dont Yernet composait ses tableaux. Un trait rapide de crayon indique, avec la forme des objets, la forme qu'ils doivent occuper. Un coup de pinceau indique en même temps les ombres. Quant aux tons, le peintre se contentait d'un mot mis en italien, et, avec une surprenante mémoire, reproduisait les demi-teintes, la variété des différents effets du jour que cette sommaire indication lui rappelait.
Dans ses tableaux, l'entente parfaite du site, l'habileté dans la manière de peindre et surtout une facilité et un naturel étonnants dans ses personnages si heureusement groupés, font de cette série de tableaux les types du genre. Le peintre des tempêtes dessinait, en effet, aussi bien les figures que les flots furieux. Ces sveltes Provençales qui se promènent dans les premiers plans des ports de Marseille, d'Antibes et de Toulon, en formant de gracieux groupes, personnages qui étaient presque toujours des portraits, le plus souvent sa femme, et ses enfants Livio et Carlo, ces mariniers du port de la Rochelle ou de celui de Dieppe, Lebas eut l'idée de les graver à part et d'en former une réunion de planches in-8^ qui est bien la plus jolie Série de costumes qui se puisse imaginer.
Yernet était lié avec tout ce que ce monde d'artistes et d'amateurs comptait d'hommes distingués ; on sait que Diderot était un de ses plus chauds admi-
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rateurs. Il était des dîners du lundi chez M™° Geoffrin, qui s'y prit si bien, qu'elle obtint du peintre un tableau composé sur le sujet de la Bergère des Alpes, conte de Marmontel qui avait obtenu un succès de larmes.
Il était aussi l'ami de Bernardin de Saint-Pierre. Accueillie froidement à la lecture chez M""^ Necker, la charmante histoire de Paul et Virginie risquait de ne pas voir le jour, et Vernet trouva le Longus de Tile de France désolé, prêt à jeter son manuscrit au feu. Il le força à lui lire l'ouvrage condamné et organisa, ému jusqu'aux larmes, une seconde lecture, qui cette fois eut un grand succès. Bien plus, il tint à honneur de contribuer à l'ornement de l'édition originale (1789). C'estlui qui a dessiné le sujet où Virginie est retrouvée morte sur la plage, pendant que les flots furieux brisent les restes du Saint-Géran, petite composition sentimentale qui n'a dû être qu'un témoignage d'amitié de l'artiste pour le littérateur. L'étude qui a servi pour le corps de Virginie, passée en vente, était charmante de naïveté.
Bernardin de Saint-Pierre, pour remercier son ami Vernet de son dessin, lui envoya douze exemplaires de son roman. Le peintre, dans une lettre datée du 27 janvier 1789, lui en accusait réception, tout en se trouvant trop payé « pour un croquis fait à la hâte, « qu'il étoit honteux démettre sous ses yeux» ».
1 Catalogue des autographes de Renouard.