MOITTE
« avait lieu de l'attendre, néanmoins plusieurs perce sonnes (dont je suis du nombre) prétendent y voir (f des preuves qu'il est plus avancé dans le talent (( que l'autre ; aussi les élèves qui le haïssent tant « ne l'attaquent pas sur le défaut de talent et con- (( viennent qu'il est plus avancé que son concurrent. « Ce qu'ils lui reprochent, c'est un caractère qui « leur répugne, c'est-à-dire qu'il leur paraît source nois et mauvaise langue. Cela peut être , mais « FAcadémie ne s'informe pas de ces choses. »
Diderot, de son côté, qui était du parti opposé, a fait un piquant récit de cette petite émeute artistique. Après la proclamation du prix de sculpture, « l'élève Millot, à qui, raconte Diderot, la « partie saine de l'Académie et de ses camarades « avait décerné le prix, se trouve mal. Alors il (( s'éleva un murmure, puis des cris, des invectives, (( des huées, delà fureur. Ce fut un tumulte effroya- <( ble. Le premier qui se présenta pour sortir ce fut (( le bel abbé Pommuyer, conseiller au Parlement et (( membre honoraire de l'Académie. La porte était (( obsédée, il demanda qu'on lui fît passage. La foule « s'ouvrit, et, tandis qu'il traversait , on lui criait : (( Passe, foutu âne. L'élève injustement couronné (( parut ensuite. Les plus échauffés des jeunes élè- « ves s'attachent à ses vêtements et lui disent: « Croûte, infâme croûte, tu n'entreras pas, nous t'as- (( sommerons plutôt. \^^^\q\\.ç^ tremblant, déconcerté, « disait : Messieurs, ce n'est pas moi, c'est l'Acadé- « mie, et on lui répondait : .Sï tu n'es pas un indigne
« comme ceux qui t'ont nommé, remonte et va leur « dire que tu ne veux pas entrer. »
(( Il s'éleva sur ces entrefaites une voix qui criait : « Mettons-le à quatre pattes et promenons-le autour « de la place avec Millot sur le dos, et peu s'en fal- (( lut que cela ne s'exécutât. Cependant les acadé- « miciens qui s'attendaient à être siffles, honnis, « bafoués, n'osaient se montrer. Ils ne se trom- (( paient pas. Ils le furent en effet avec le plus grand (( éclat possible. Cochin avait beau crier : Que les (( mécontents vieyinent s'inscrire chez moi, on ne (( Técoutait pas! »
A Rome, la vue des statues antiques acheva d'apprendre à Moitte l'élégance des formes et la beauté des proportions, mais les contrariétés dont avait été accompagné son succès altérèrent gravement sa santé. Après trois rechutes, il fallut le renvoyer en France, et le chagrin de quitter prématurément l'Italie, sans avoir retiré de son séjour tout le fruit qu'il en attendait, lui fit une telle impression, que, sans la persopne qu'on lui avait donné pour l'accompagner, il aurait attenté à ses jours en traversant le mont Cenis. A son retour, de tendres soins le rétablirent, et, en 1773, Auguste, orfèvre du roi, se l'attacha comme modeleur et dessinateur. Ses plus beaux ouvrages furent faits d'après les dessins de l'artiste et eurent une incontestable supériorité sur ceux de ses confrères.
Laissons de côté ses œuvres de sculpture pour mentionner sa participation à l'ornementation des