MASQUELIER
pittoresques de la Suisse, publiés par Benjamin de la Borde (1780), ouvrage pour lequel ils ont tous deux gravé de nombreuses plancbes ; l'auteur des cbansons avait pu apprécier déjà le talent de notre graveur, dans son gracieux Portrait à la lyre, et dans la rare pièce de 1/°'' de la Borde, enceinte, qu'on y joint quelquefois, tous deux dessinés par Denon. Q est à croire que c'est ce dernier, qui lui avait déjà fait graver son Déjeuner de Ferneij, qui l'aura mis en rapport avec le financier musicien.
Aussi, quand Benjamin de la Borde, le grand organisateur des représentations théâtrales de la Dubarry et de la Guimard, voulut éditer son Essai sur la musique ancienne et moderne (1779), il demanda à Masquelier de lui dessiner et de lui graver, pour ses tètes de chapitres, quelques fins petits portraits de musiciens et poëtes célèbres. Là sont accolés, deux à deux, Orphée et Pythagore , Thibaut comte de Champagne et Blanche de Castille, Lully et Bameau, Piccini et Quinault. On ne peut en faire de meilleur éloge que de dire qu'ils sont dignes du portrait de l'auteur des chansons.
Masquelier a encore dessiné et gravé des vues pour le Voyage de la Pérouse et des planches des Antiquités nationales de Millin. Enfin il a exécuté, comme en se jouant et pour se distraire, de charmantes fantaisies de sa composition, d'une exécution brillante et facile.
Son entreprise la plus importante est celle de la Galerie df Florence (1789), gravures des dessins de
Wicar, exécutés d'après les peintures, marbres, bronzes et pierres gravées des grandes collections d'art de cette ville, entreprise pour laquelle il s'était adjoint à ce dernier et à Mongez, mais dont il avait la direction. Cet important ouvrage, bien exécuté et qui forme quatre volumes in-folio, continua de paraître pendant la Révolution. La publication touchait à sa fin quand Masquelier mourut d'une attaque d'apoplexie , à l'âge de soixante-dix ans, le 26 mai 1811'.
Il avait épousé en 1779 Marie-Adélaïde Bourgeois, fille du concierge du prince de Condé, au château de Chantilly.
MOTTTE fjEAN-Gl ILLALME
La famille Moitié est une de celles où le goût des arts est héréditaire et contagieux. Pierre-Etienne Moitié, graveur, a six enfants qui, tous, deviennent artistes; deux filles qui s'adonnent à la gravure, et quatre fils : François-Auguste, né en 1748, graveur comme ses sœurs (c'est lui qui a gravé les Divers Habillements suivant le costume d Italie, d'après les dessins de Greuze); Alexandre Moitié, né à Paris en 17S0, mort en 1828 ; d'abord peintre, ensuite professeur de dessin ; c'est à lui, sans doute, qu'il faut attribuer les dessins exécutés d'après les tableaux de M. Poullain, et qui ont servi pour graver le recueil de cette galerie publié par Basan en 1781 ; Jean-Baptiste-Philibert, né en 1754, architecte, pensionnaire du roi à l'Académie de France à Rome, mort à Dijon en 1808, professeur à l'Ecole des beaux-arts de cette ville; enfin notre dessinateur Jean-Guillaume Moitié, qui est né à Paris en 1747 , et qui préféra la sculpture.
Les nombreux artistes qui fréquentaient la maison de son père encouragèrent ses dispositions naissantes, et Pigalle, que l'on regardait comme le premier sculpteur de son temps, sollicita la faveur de l'avoir pour élève , et l'aida à remporter le grand prix de sculpture en 1768. C'est à l'occasion de cette récompense dont la justice fut contestée alors par ses camarades, qui n'aimaient pas son naturel taciturne et peu communicatif, et qui jugeaient qu'un autre concurrent l'avait mieux méritée, que Cochin fit défendre par l'Académie, à ses élèves, de porter l'épée. Des rassemblements menaçants pour ses membres s'étaient formés pendant le jugement des prix du concours. Cochin et Pigalle avaient été insultés, et les laquais de l'abbé Pommuyer, membre libre de l'Académie, fort maltraités. Enfin Ton voulait faire un mauvais parti au jeune Moitte et l'on commençait à le « ballotter » quand Pigalle put tirer son élève des mains de ses camarades et le faire évader.
Cochin, dans une longue lettre à M. de Marigny, dont nous avons déjà rapporté quelques passages, lui raconte ce qui s'est passé et ajoute, au sujet de iMoitte, que le jugement qui lui déc'erne le prix « a déplu à quelques-uns même des plus habiles de l'Académie », que les élèves ont cru y voir l'influence du père du jeune artiste qui en est l'un des membres, mais que le prix a été jugé dans toutes les règles et sans cabale. « Quoique son prix de cette an- (( née ne soit pas aussi bon à plusieurs égards qu'on