‹ Les dessins d'enfants et leur significationChapitre 1 sur 18 · LAUSANNE - GENÈVE - NEUCHATEL VEVEY - MONTREUX - BERNE - BALE · texte numérisé non relu

LAUSANNE - GENÈVE - NEUCHATEL VEVEY - MONTREUX - BERNE - BALE

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Les dessins sont des manifestations fréquentes parmi les enfants. Et après Sully, Schuyten, Luquet, Lombardo-Radice, Rasmussen, Rothe, on peut encore faire quelque investigation, en biologiste par exemple.

Nous nous bornerons ici à l’étude des bonshommes, car ceux-ci constituent la majeure partie des dessins d’enfants. Nous ne dirons rien des couleurs, rien non plus des dessins narratifs — sujets un peu compliqués — rien surtout de l’enseignement du dessin. Enfin, il ne s’agit pas de juger des dessins d’enfants au point de vue artistique. Peut-être l’art intervient-il dans ces productions ; c’est à titre exceptionnel, certainement.

Le dessin est pour les enfants presque toujours un moyen de s’exprimer. C’est une sorte d'écriture, et en particulier une écriture avant la lettre, quand ils ne savent pas encore leur alphabet. On commence à trois ans, on gribouille tant et plus entre cinq et six ans, on finit presque de dessiner librement entre huit et dix ans — sauf si l’on a quelque chose à dire et qu’on préfère le dessin à d’autres modes d’expression. Car les enfants ont leurs poètes, les uns médiocres, les autres touchants. C’est ceux qui fuient dans le dessin par insatisfaction de l’ambiance, ceux qui se . créent un monde à eux, de fantaisie ou de transposition, ceux aussi qui se grandissent, sans retenue, sur le papier, lorsqu'ils souffrent d’un sentiment d’infériorité.

La fuite dans le dessin des uns comme le dessin-écriture de la plupart des autres sont des phénomènes d’autant plus courants, faciles, inévitables, que l’enfant s'exprime là sans gêne, sans danger, sans connaître le beau langage, la syntaxe ou les lexiques.

Mieux que personne, Piaget a montré que la mentalité des enfants passe par des phases différentes selon leur âge. On ne se retrouve pas dans les dessins d’enfants, si on ne les rapporte

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pas à ces phases, de style un peu universitaire, à notre gré, mais fort significatives en tout cas :

Période de prise de contact avec l’entourage d’abord, pendant laquelle l’enfant absorbe et réagit directement — ce qui le fait apparaître comme essentiellement égocentrique, une sorte d'individualiste pur, qui ne suit que son impulsion, qui n’en fait qu’à son idée, qui se fabrique avec quelques bribes un monde à soi. C’est alors que les productions crayonnées prennent pour les adultes ces allures fantastiques, qualifiées par quelques-uns de mystiques, ou de mythiques. Nous sommes simplement en plein fonctionnement inhabile d'organes visuels et moteurs, devant un pouvoir de coordination peu avancé. Pour ce qui concerne le dessin, cette période part de deux ans et demi à trois ans, et elle dure jusqu’à cinq, six ans, environ.

Ce qu’on trouve de plus caractéristique ensuite, entre cinq et sept ans, c’est que l’enfant voit dans un ensemble un aspect qu'il cherche à figurer, mais en ajoutant candidement à sa transcription, un peu n'importe où, tel incident non exprimé encore. Il s’agit d’une notation par juxtaposition, par addition plus ou moins exacte ; c’est un apport de documents assez mal classés et quasi indépendants de la trouvaille première. Phase de syncrétisme, dont on a souvent parlé, et qui en effet frappe chez l'enfant d'âge pré-scolaire.

Dès lors, vers sept ans, l’enfant sent qu’il ji tenons moi avec lequel il faut composer, une discipline qui s'impose, des camarades plus forts, une résistance de celui-ci ou de celui-là, des conquêtes faites par garçons et filles plus grands. Il reste égocentrique, mais entre en relation avec autrui, dans le but de faire servir autrui à son propre avantage. Cet autisme dure encore un, deux ans. En dessin, l’incohérence est moins prononcée, on coordonne mieux, on Gevient conformiste. Il subsiste cependant une vision très particulière.

Vers huit ans, les enfants acceptent les observations de leurs maîtres et parents (souvent fausses d’ailleurs), non seulement parce que ces personnages sont tout puissants, comme pour le bébé, et que ce que dit l’aîné est tabou ou tout bonnement craint, mais ils saisissent qu’il y a un lien entre eux et les autres, des rapports entre les événements. Le sens social s’introduit en eux et influence leur comportement. Dans les manifestations mentales ce phénomène se traduit par la faculté de relier les obser-

pins

vations faites ensemble, de sorte que les dessins deviennent complets, équilibrés, scolaires, compréhensibles, disciplinés, sages et banals. On y verra, non pas seulement un manuscrit concernant ce que l’enfant aperçoit, mais aussi un moyen conventionnel de communication. | :

Désormais, malheureusement, beaucoup d’enfants s’arrêteront de s’exprimer par le crayon. Ils comparent et ne se trouvent pas à leur avantage. Ils s'entendent dire que ce qu'ils font est affreux, que ce n’est pas ainsi que l’on doit dessiner, qu’il faut suivre des règles.

Cela les détermine à renoncer aux notations dites libres, d'autant plus qu’on sait maintenant parler couramment et même écrire. Quant à ceux qui dessinent encore, il faut avouer qu'il n’y a pas grand’chose à attendre d’eux, en fait de traits personnels, parce que les images et les illustrations étalées dans les livres d'école, les journaux, les librairies, les cinémas laissent des réminiscences encombrantes. Puis, l’école prend les enfants dans l’engrenage des leçons de dessin; diverses méthodes en feront des techniciens plus ou moins habiles, dont les productions relèvent de la pédagogie et non plus de la psycho- Jlogie, d’un réalisme courant plus que de la fantaisie. ::

Certes, la mémoire des images per-

çues n’est pas une faculté illusoire, 1. W. RSR de rémi- ; . - niscences pris ans une et en face de dessins trop bien faits, Lo de érconside Là

d’allure livresque ou académique, il 8 ans.

faudra se reporter à la petite expé-

rience que voici : on met devant une classe d’enfants de sept à huit ans une planche lithographiée représentant un cheval harnaché, par exemple, et on leur demande, après avoir enlevé l’image, de reproduire ce qu’ils ont vu. Tout le monde fera un cheval convenable dont les éléments principaux se trouvent indéniablement dans le modèle. La fidélité de la réaction est

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remarquable. Il en est de même à l'égard de la plupart des tableaux qui éveillent quelque intérêt. Le mérite propre des dessinateurs est alors des plus minces. On n’est pas poète pour avoir récité une poésie.

Sans doute, ajouterons-nous, les stades du développement infantile, tels qu’on les décrit, ont toujours quelque chose de schématique, si réservé qu’on se montre. On aboutit à des catégories, alors qu'il faut voir les comportements de l’enfant d’une façon dynamique plus que statique, avec des remous, des retours en arrière, des sauts, des piétinements, des contradictions, des simultanéités, et cela dans les différents genres de dessins abordés, genres qui gardent souvent, chacun pour soi, le trait original. Une phase se montre, celle de la coordination par exemple, alors que dans une activité voisine on est en plein particularisme encore, dans l’autisme. Autant que l’adulte, sinon davantage, l'enfant a des réactions très souvent singulières, et l’on ne peut toujours conclure d’une manifestation à celles qui vont suivre. Si donc, il y a développement dans le sens des phases décrites par Piaget, ce développement ne peut être symbolisé par une ligne simple et droite.

Quoi qu’il en soit de ces considérations, les enfants aux divers âges montrent des graphismes fort variés, et c’est là le fait qui doit nous retenir.

Voici un bébé qui, à dix-neuf mois, a réussi pour la première fois à laisser sur un carton des tracés faits soit avec une plume, soit avec un crayon tendre.

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