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le détail, l’affinement et la différenciation ; une quatrième, avec des principes de construction pour les uns, des notations de mouvements par les autres. Ce tableau psychologique est si bien arrangé qu’on y découvre davantage les velléités doctrinaires d’un homme que les reflets irisés de la vie des enfants.
Autre chose. On parle volontiers en face des productions des petits de trois à sept ans, d'interprétation mythique de la nature, ou de conceptions prélogiques. A la vérité, c’est utiliser une terminologie d’historiens, de philosophes, pour ne pas parler de scoliastes. Est-ce qu’on ne pourrait pas se débarrasser de ces mots, fort évocateurs sans doute, mais qui préjugent infiniment ? En fait, si l’on en juge par leur façon de s'exprimer, par les dessins qui sont des matériaux tangibles, qu’on peut tourner et retourner, et classer, les enfants comprennent d’une façon globale, fruste, rudimentaire, approximative ce qu’ils sentent, distinguent, voient, et c’est l’occasion, le hasard qui leur fait voir les choses de ce côté-ci plutôt que de ce point de vue-là. Autrement dit, le mythe dont on parle se borne à être l’expression d’un premier contact avec les choses, et plus justement le terme de mythe correspondra à celui de sensation globale ou première. Au lieu de partir dans l'idéologie, on s’en tiendra à l’observation. Et la conception de mythe peut à l’avenir être remplacée par la notion concrète de rudimentaire, d’approximatif, de fruste et de fortuit, de global. Il s’agit, en définitive, de réaction première, contrôlable, vérifiable, ayant pour origine des événements situés dans l’espace et le temps.
Mais il n’est pas superflu de reprendre plus méthodiquement quelques-uns des caractères des dessins enfantins.
A quatre, cinq ans, les bonshommes manquent assez souvent de bouche, de nez. On en a inféré que la bouche était un organe superilu ou d’ordre secondaire dans l’idée du dessinateur et que c'était l'intérêt, conscient et abstrait, qui guidait le jeune enfant (Luquet), comme c’est l'intérêt qui guide les primitifs (Loth et Morlet). Plus simplement, à cet âge, la bouche, le nez, sont vus ou ignorés, suivant que dans sa perception approximative l’enfant tombe dessus ou pas. Il n’en est pas frappé à priori, et s’il les voit, c’est l’effet du hasard, ou d’une sensorialité développée, ou des deux à la fois.
Voici, par exemple, des gamins de six et sept ans qui en notant bras, nez, bouche, oreilles, et parfois cinq doigts à chaque
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main et cinq orteils à chaque pied, ce qui dénote une vision
très poussée, passent sous silence le corps proprement dit, de
sorte que tout en étant normalement développés pour une
perception, ils font par
ailleurs des bonshommes
comme on les fait à
quatre ans. Jean, âgé de
six ans, est tellement pris
par les yeux, le nez et la
bouche qu’il en oublie de
marquer la figure, alors
que jusque-là il faisait
toujours le rond de la 21. S. Bonshommes sans corps, par figure. Claude (cinq ans garçon de 6 ans et fillette de 7 ans.
six mois) a découvert
depuis peu les cinq doigts de la main ; son bonhomme s’en
ressent au point qu’on ne voit à peu près plus que les
doigts ; au surplus, pour que nul n’en ignore, il les a
numérotés. Et Madeleine (cinq ans
| huit mois), à l’ère des poignées de
porte et des pouces, comme me l'écrit
si gentiment la maman qui m’a fourni
son dessin, vous campe des créatures
chez lesquelles la main-poignée et le
pouce ont presque tout envahi. Cela
rappelle étrangement l'impression
dont parle Zarathoustra lorsqu'il se
trouve sur un pont et qu’il voit passer
des personnages dont l’un est tout
œil, le second exclusivement bouche
ou ventre, un autre se présentant
Ne comme une énorme oreille, au-dessous
contour du visage (par de laquelle pend un vague pistil qui
Jean, 6 ans. est le reste du corps. Les impressions
pessimistes de Nietsche n’ont évi-
demment rien à faire avec la vision unilatérale et enthou-
siaste de l’enfant, maïs on ne saurait nier la note poétique de
l’un et de l’autre. Le petiot réagit intensément à ce qui le frappe,
ça lui donne une pensée qui momentanément occupe tout « le
champ de la conscience » et éclipse le reste. Une notation devient
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prédominante. Nous sommes dans le syncrétisme, qui va se traduire de bien des façons différentes :
Par un chapeau barrant brutalement la tête, ou posé à distance, au-dessus de la tête, surtout si l’ovale de cette dernière
23. W. Dessin de Claudy, 5 ans et demi qui, découvrant les doigts, les numérote.
24. W, Madeleine, à 9 ans ë muis, donne une importance primordiale à la main-poignée et au pouce.
est beau et doit être ménagé; par d'innombrables appendices digitaux, compliquant les bras, le jour où l’on s’est avisé que c'étaient là des organes importants ; par des bras partant de la tête, du cou, du ventre, ou même posés à côté du corps, dès l'instant qu'ayant dessiné tête, tronc et jambes, on s’est aperçu qu’il y avait encore des particularités importantes à faire figurer;
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par le dessin des jambes vues à travers les pantalons, puisque l’une et l’autre chose existent et doivent compter dans les écritures. Le cas le plus merveilleux de syncrétisme qu’on puisse montrer est sûrement celui que relève Luquet, d’un enfant belge de trois ans et demi qui dessine d’abord à sa façon un bonhomme rudimentaire et qui ajoute en angle ou en auréole autour de ce
25. S. Deux cas de syncrétisme : 27. W. Jambes bras partant de la tête; chapeau 26. L. Nombreux ap- vues à traversle au-dessus de la tête; garçons de pendices digitaux, par pantalon; gar-
5 ans. Bavaroise de 7 ans. con de 10 ans.
personnage les boutons qu’il a vus d’autre part ou qu’on lui a signalés. Comment ne pas être impressionné par un document si parfaitement honnête et complet, preuve d’une suite d’investigations non simultanées ni reliées, reflet d’une vision naïve mais déjà élargie. Ni mythe, ni art, pourrait-on déclarer, mais écriture figurative à la portée de l’enfant.
Une manifestation intéressante, qu’on serait tenté de ramener en quelque mesure au syncrétisme, apparaît dans la pluralité des points de vue qu’adopte successivement l’enfant dans un seul dessin. Les yeux, le ventre et les bras du bonhomme seront de face; le nez, la pipe et les pieds seront de profil. La notation est complète, certes, autant qu’elle peut l'être, on dit tout ce qu'on veut dire, mais pour se faciliter la besogne on se place à deux points de vue. Oserai-je insinuer que les Egyptiens sont coutumiers du procédé, ce qui ne les a point exclus du pur