‹ Les dessins du Louvre (volume 2)Chapitre 7 sur 18 · NÉ A COLMAR VERS 1490. — MORT À COLMAR EN · texte numérisé non relu

NÉ A COLMAR VERS 1490. — MORT À COLMAR EN

- CHONGAUER fut l'un des plus célèbres peintres-graveurs du quinzième siècle. Il était allemand d'origine, mais il demandait bientôt à l’école de Van Eyck l'inspiration flamande. Il fondait l'école du Haut-Rhin et l'Europe se disputait ses œuvres. Il devint élève du peintre Rogier van der Weyden et du graveur tupert Rust. Il ne put atteindre le coloris de Rogier, mais surpassa vite son maître de burin, fort inconnu aujourd'hui. Au sortir de ces deux ateliers, il entreprend des suites d’esÿ tampes, des Vierges, des Annonciations, des Naissances, des Passions et des Saints. Alors aussi commençait sa renommée. Michel-Ange, Nicoletto de Modène, Gherardo de Florence copiaient ses gravures. IL faisait com-

merce d'amitié avec le Pérugin. Ils s’écrivaient et s’envoyaient des dessins. Bourgeois de Colmar, Schongauer avait pignon sur rue. Il faisait bonne chère et traitait ses disciples, les Largkmair, les Barthélemy Schoën, les Franz von Bocholt, les Israël Mecken. Il se mêlait d'orfévrerie avec un art tout précieux. Il peignait peu, mais

burinait beaucoup. Son thème éternel était la Bible et le Nouveau-Testament.

Les artistes de l’époque venaient étudier deux de ses toiles fameuses : la Vierge aux Roses, la Mort de la Vierge, suspendues aux murailles de l’église Saint-Martin, Le Musée de Colmar, la Galerie de Londres, le Belvédère de Vienne, la Pynacothèque de Munich,

Ulm, Nuremberg se piquent de posséder nombre de tableaux de Martin. Le Louvre est

plus modeste et ne catalogue pas cette prétention. D'ailleurs, trois dessins de Schongauer

nous découvriront le génie du maître. Il peint comme il dessine, il grave comme il dessine, et cette singularité facilite la connaissance de l'homme. Saint Laurent, Saint Étienne, Saint Martin montrent en leur structure, en leurs

détails, la force et les faiblesses de l'artiste. Les deux lévites soutiennent les instruments ; =:

et les palmes du martyre, le guerrier te d'Amiens. Des membres maigres, des jointures noueuses à crispations éter-

atéchumène donne des plis de sa casaque au gueux

de la por fes à plis secs et cassants, des rainures monotones outrent l'aspect de ces

nelles, des étoffes à figures. Mais comme la vie, les justesses de mouvements, les attitudes diverses, le caractère et le délicat des têtes échauffent ces allures trop sculpturales par endroits !

Cette nature n'est pas une nature de choix; elle sent son commun, mais elle est robuste.

La Vierge debout, mains jointes et yeux au ciel, étale les mêmes lignes le long de sa robe de fer. La plume paraît correcte et fine, avec d'étranges impatiences.

Le Mauvais Riche écrit à la mine d'argent sur papier vert, incise la parabole divine d'une pointe fièvreuse. Une infernale ironie mouvemente ce groupe de démons. Ils tirent et écartèlent le damné. Lui, n’en peut mais, crie miséricorde, appelle Lazare, demande une goutte d’eau pour sa langue de feu; mais Lazare est au sein d'Abraham et le père Abraham répond vertement. Les corps imitent le style de van der Weyden : les visages se contractent de traits plus personnels : vraie furie diabolique d'un effet puissant.

La plupart des dessins de Schongauer sont des plumes vigoureuses ; elles portent le monogramme MS. Cette marque d’estampille inquiète les curieux et les historiens de l'école allemande. Personne n’a vu de croquis signé. Cette absence de paraphe ne laisse aucun repère. Les contrefaçons aisées d’une pareille griffe tentèrent les élèves de Martin; ils s’avisèrent de reproduire ses gravures revêtues elles aussi du seul cachet majuscule. Cette fraude découverte rendait craintifs les amateurs de dessins; ils eurent pour le maitre un critérium terrible : « Y a-f-il le nom? lisez-vous le nom? craignez la contrebande! une contrebande semblable à celle des planches! »

Ce scrupule honnête mais excessif les perdit : ils cherchent encore cet autographe tant désiré. Le British Museum croyait éclaircir les doutes. Il renferme une étude de Schongauer, où Albert Dürer écrivait : « Le beau Martin a fait ceci l’an 1469. » Mais l’auteur des Dessins de Maîtres Anciens fait bonne justice de cette présomption : « Il y a à Londres un dessin annoté par Dürer, dessin qui malheureusement cause plus de déception qu'il ne donne de lumière. Au lieu d’une plume qu'on est en droit d'attendre, on a devant soi une facture lourde et empesée, ne rappelant en rien l’idéale délicatesse des gravures de Schon. Cette feuille nous montre un Christ Seigneur du monde, assez court de proportions et mal

venu. Evidemment la bonne foi de Dürer‘a été surprise. » Et voilà le dernier espoir

évanoui! Les sages s’en consolent et tiennent pour originaux les feuillets du Louvre. Un

excès de prudence les attribue à Martin, mais leur magistrale manière légitimerait un jugement plus affirmatif.

Les habitants de Colmar sont très glorieux de leur illustre compatriote. Ils fondaient

en 1847, une société sous le patronage de Schongauer ; ils établirent un cabinet d’estampes,

une bibliothèque, une école de dessin; ils restaurèrent le cloître des Unterlinden, siège de cette compagnie et voulurent ériger une statue au grand artiste du quinzième siècle. Ils choisirent un sculpteur du terroir, Bartholdi, pour élever ce monument. L’édicule est de style et de goût : simple, pittoresque. Le héros effeuille ses tablettes avec le calme d’un penseur et une paisible élégance.

Schongauer et Dürer furent parfois mis en parallèle ; rien néanmoins ne les rassemble.

Albert Dürer était triste, profond, fantastique, effroyable; Schongauer ne rêvait pas,

n'effrayait point : il agite, il éclaire ses scènes, il aime le monde réel, il poursuit les détails, il atteint le sentiment.

Le Louvre possède trois dessins attribués à Martin Schongauer. Ce sont : Saint Laurent, Saint Etienne, Saint Martin, des collections T. Lawrence et His de la Salle; — au verso de ce croquis est une Madeleine debout.

Ces quatre figures ont été gravées par Schongauer. (Voir Bartsch, €. VI, p. 141, n° 49, et p. 445, n° 56 et 57.) — La Vierge debout : étude pour une figure de la Crucifixion ; au verso, autre étude de Vierge debout ; collections T. Lawrence et His de la Salle. — Le Mauvais Riche, mine d'argent.

Les cartons renferment : deux autres attribués, d'un intérêt fort douteux : Le Christ Seigneur du monde, à la plume. — Le Jardin des Oliviers, mine d'argent rehaussée de blanc sur papier préparé. — Huit dessins d'après le maître : Saint Jean-Baptiste; le Cheñin du Calvaire : plume rehaussée de blanc sur papier vert, de la collection Jabach ; six têtes de femmes et d'hommes.

Le dix-huitième siècle méprisait les vieux maitres allemands ; l’on achetait à la vente de la collection Crozat en 1741 « quarante desseins, dont un représente un ancien oratoire par Martin Schoen » pour lasomme de 6 livres; et en 1775, un amateur acquérait à la vente de Mariette « un volume in-folio relié, contenant 187 estampes des commencements de la gravure en Allemagne par François van Bockholt, Israël van Meckenen et Martin Schon » au prix dérisoire de 399 livres 19 sols.

Le Musée des Offices de Florence compte cinq plumes de Schongauer : Vierge en adoration, Christ à micorps, Lutte d'un chevalier et d'un démon, Nativilé du Sauveur, Sujet inconnu. — Au Musée de Bäle, l'on voit du même, une Vierge et Enfant, d'une curieuse manière.

Martin avait deux frères, orfévres de réputation, Paul et Grégoire.

(Voir pour le maitre alsacien la monographie d'Émile Galichon dans la Gazette des Beaux-Arts; septembre 1859, t. IL, et l'œuvre gravé du Cabinet des Estampes.)

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