Les dessins du Louvre
es trésors artistiques de la France se développèrent sous Louis XIV. François I", Henri II, Henri IV et Louis XIII, avaient réuni à Fontainebleau des merveilles de renaissance italienne : ce fut un acheminement. Colbert paraît. > Il achète des peintures, des marbres précieux , pour embellir Versailles. 11
amasse des dessins : voici se former le cabinet des dessins.
L'année 1671 marque la naissance de cette collection. Accrue par le travail de deux siècles, elle catalogue aujourd’hui trente-sept mille numéros. Ensemble incomparable et unique en Europe. Les ventes fameuses, les legs, les donations, firent atteindre ce nombre prodigieux.
Le financier Evrard Jabacb cédait à Louis XIV, cinq mille cinq cent quarante-deux dessins. La plupart provenaient du vaste encan mis sur les dépouilles du roi d’Angleterre, Charles 1". Un chanoine de Paris, gourmet d’œuvres d’art, Desneux Delanoue, mourait vers la même époque, et Colbert poussait les enchères de trois cent cinquante de ses compositions. Lebrun, le grand Lebrun, léguait à S. M. toutes ses esquisses (12 février 1690). Mignard son successeur « comme premier peintre et garde des tableaux de la couronne », fit de même. En 1712, cent soixante-deux: études du cabinet de Montarsy, l’orfèvre célèbre, entraient au Louvre. L’immense collection Crozat se dissipe (174-1) : le cardinal de Fleury n’y entend point malice et refuse tout argent. On demandait cent mille livres des vingt mille dessins. « Le roi a déjà assez de fatras » répond le vieux politique.
Mariette, l’amateur des amateurs français du dix-huitième siècle, avait reçu de son père et de son aïeul, un beau cabinet; élevé à leur école, il devient maître dans la science des attributions et augmente leur héritage. Un flair infaillible, une mémoire immense, le rendaient l’oracle des curieux, ses contemporains. 11 meurt en 1775, et sa vente est une des dates de l’histoire du goût. Le roi s’enrichit là de treize cents dessins payés 52,000 livres, tous fort beaux
89 arrive. Des familles de collectionneurs émigrent : le gouvernement confisque leurs
\ . Une indication sur nos gravures désigne les cabinets célèbres traversés par tel dessin, avant son entrée au Louvre.
portefeuilles et les envoie au Louvre. Nos armées d’Italie et d’Allemagne ramènent de leurs conquêtes, des toiles, des dessins. Les commissaires alliés de 1815 décimaient hélas ! ce glorieux butin de nos victoires, et enlevaient le meilleur. Sous Napoléon 1", les recueils de Filippo Baldinucci, historien d’art, furent négociés avec les Strozzi de Florence ; et M. Girard, neveu de Bouchardon, offrait 858 études du statuaire. La Restauration et Louis- Philippe augmentèrent le département des dessins. La vente du roi des Pays-Bas (1850) et le legs de M. Ilis de la Salle (1878) composent les deux accroissements remarquables de ces trente dernières années. Telles sont les assises de ce Musée.
Chaque jour, depuis Colbert, l’a vu grandir. Chaque jour, le Français apporte des croquis, l’étranger des albums ; ils veulent leurs noms sur les catalogues : n’est-ce pas une manière d’immortalité?
Avant le milieu du dix-huitième siècle, les dessins du roi restèrent entassés et soustraits aux regards. Leur première exposition remonte à 1751 . Certains croquis s’échelonnèrent entre les Rubens du Luxembourg ; et l’apothéose de Marie de Médicis enguirlanda ses cadres de Raphaël et de Léonard. Ce début promettait merveille : soit indifférence du public, soit négligence des bureaux, il tint peu.
La Révolution innova. Le 28 thermidor de l’an V (1797), la salle d’Apollon étalait « 415 dessins des plus grands maîtres. » Ils semblent n’avoir point déparé de leur voisinage, les peintures, les bas-reliefs, les bronzes décrits au livret, car chaque nouvel aménagement de 1802, 1811, 1815, 1817, 1820, les développe. Enfin, s’organisait sous Louis-Philippe, l’exhibition actuelle ; et le Conseil d’État, sorti du Louvre, abandonnait le lieu de ses séances à 1 enseignement du génie. — Espace restreint pour trente-sept mille œuvres.
Ces richesses exigèrent toujours une garde spéciale : des Conservateurs furent établis. C’a été avec des titres différents, Lebrun, Mignard, douasse, Gabriel Blanchard, deux des Coypel, Antoine et Charles, Cochin le petit maître, le peintre Vincent, M. Morel d Arleux, M. de Cailleux, M. Frédéric Reiset. Aujourd’hui, c’est M . . Roth de Tauzia. Entre tous, MM. Reiset et de Tauzia ont bien mérité du Louvre. L’un se consacrait à démêler le désordre des amas de dessins, la plupart inconnus de ses prédécesseurs. Il commence en 1850. Des liasses entières poussiéreuses et inouvertes, gisaient dans des recoins; M. Reiset, le Mariette du siècle, débrouille ce chaos, classe les maîtres, et fait de son cabinet, un salon d étude pour les amateurs. M. de Tauzia sait ses écoles italiennes, comme pas homme de France. 11 continue l’œuvre de M. Reiset et achève le perfectionnement de cette conservation.
Il montre avec orgueil les meubles vitrés de ses cabinets, gros de dessins. Là se suivent, compactes, des écoles, des merveilles.- Elles restent ensevelies : le Louvre manque de murailles. Cette infinité de compositions se proportionne aux peintures, aux statues. Combien d’ébauches pour un seul plâtre, pour une seule toile, pour un seul bois de graveur 1